l’Amour de la Raison Universelle


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I - Introduction






Définitions préliminaires

 

 

        Le mot “raison”, avec un “r” minuscule, sera employé comme synonyme du mot cause. Par exemple, une raison est une cause logique, une cause physique, ou encore une cause psychologique.

 

           Le mot “Raison”, avec un “R” majuscule, sera employé comme synonyme du mot Causalité ou pour évoquer cette notion.

 

        Par “Raison humaine”, j’entends notre capacité à utiliser la Causalité, c’est-à-dire le pouvoir de notre pensée à saisir l'enchaînement des causes. La Raison humaine désigne donc les facultés intellectuelles de l’être humain.

 

        Par “principe de Raison”, j’entends le principe de Causalité logique, autrement dit le principe du calcul et du raisonnement (“Raison” provient du latin “ratio” qui signifie calcul). Par exemple, le principe de Raison est ce pourquoi 1+1 = 2 et pas 3, -7, ou autre chose.

 

        Par “Raison universelle”, je désigne la situation où le principe de Raison s’appliquerait à tout le cosmos et même au-delà s’il devait y avoir lieu. Cette position fait du principe de Raison non seulement une faculté humaine, mais aussi une partie fondamentale de la nature, qui implique l’existence de liens entre toutes les choses réelles, de telle sorte que rien n’est jamais sans raison, mais que toute chose possède toujours une cause logique, qui rend compte du fait qu’elle est ainsi et pas autrement. Le concept de Raison universelle s’oppose à celui de “Raison limitée”, défendu par Kant et la plupart des théologiens qui réduisent la Raison à une simple faculté humaine permettant d’ordonner les phénomènes, mais supposent que les fondements de la réalité ne sont pas soumis au principe de Raison.


Le Fond du Secret

 

 

        Paradoxe d’Ouverture. Le principe de Raison proclame que toutes les choses ont une cause. En vertu de cette loi, rien ne saurait exister seul, uniquement parce qu’il est. Toute chose découle d’une autre qui lui est extérieure.

        Cet énoncé est malheureusement confronté à un grave problème. Par définition, l’univers contient tout. Si, rien ne peut être en dehors, rien ne peut le soutenir. Si l’univers n’a pas de raison indépendante d’exister, le néant absolu aurait dû combler l’éternité. Pourtant, une réalité a émergé. Chacun peut s’en rendre compte. La réalité est peut-être très différente de l’image que nous nous en faisons, mais nos existences témoignent d’une certaine forme de présence, définitivement incompatible avec une totale inexistence.

        Ainsi, puisqu’un monde existe, beaucoup en ont conclu que le principe de Raison n’était pas universel. Là où il se serait éteint, notre univers a émergé. Selon eux, tout est, depuis, devenu relatif. Le sens même des choses est circonstanciel. Ce qui est pour les uns, n’est pas pour les autres. Ce qui se passe pour vous, ne se passe pas nécessairement pour moi. Tout et son contraire se seraient déjà produits. Tout et son contraire se vaudraient également. Sans référentiel absolu, le relativisme intégral décompose la réalité qui s’autodétruit. Sans support universel, le sens même des mots disparaît. Aucune vérité absolue ne peut exister. La vérité n’est même pas terrestre, et toutes les questions que nous nous posons resteront à jamais sans réponses.

        Tel est pris qui croyait prendre ! Le raisonnement que vous venez de lire s’applique également à lui-même. Il prétend montrer qu’aucune vérité absolue ne saurait exister, alors même qu’il avance l’affirmation suivante: “aucune vérité absolue ne peut exister”. Bien que le cheminement qui nous a conduits jusqu’à cette conclusion vous paraisse peut-être valide, si la Raison est morte, toute déduction causale n’est que pure chimère et par conséquent même cette simple conclusion ne saurait être universellement énoncée.

        Tel est pris qui croyait prendre encore une fois ! L'absence de vérité empêche toute forme de conclusion. Toutes les phrases que vous venez de lire outrepassent leur droit, ainsi que celles que vous êtes en train de lire ! Je ne peux plus rien vous dire et je n’ai pas le droit de dire que je ne dis rien. Où suis-je ? Tout est complètement bloqué.

 

        Celui qui souhaite sortir de cette spirale d’autodestruction infernale se doit de reconnaître l’universalité absolue du principe de Raison. Etant incapable de réfuter, ni de démontrer formellement l’omniprésence de ce principe, j’observe que seul la reconnaissance préalable de son universalité garantit une signification minimale au réel. Aux portes de la logique rationnelle, toute forme de réalité s'éteint, même la plus extrême. Au nom de l’existence d’au moins une certaine forme de réalité, je n’ai d’autre choix que d’admettre l’universalité du principe de Raison. Si l’esprit humain veut pouvoir penser la réalité, il se doit d’abord de tenir le principe de Raison pour un absolu.

        A cause du principe de Raison, l’univers ne saurait exister seul, sans raisons. Aussi, je me dois de supposer l’existence de ce que j'appellerais, pour le moment, un “support” aux raisons de ce monde. En effet, si tout dépendait de l’univers et s’il n’existait pas un absolu qui lui soit “extérieur” pour fonder et garantir la Causalité, alors le sens des choses disparaîtrait, et tout sombrerait dans la spirale d’autodestruction à laquelle nous nous sommes heurtés. Si par le passé, ce support avait cessé d’être ne serait-ce qu’un bref instant, la réalité aurait disparu à jamais. Tout ne peut être remis en cause. Quelque soit le véritable visage de l’univers, aussi tordu que vous puissiez l’imaginer et bien plus encore, cet univers sera soutenu par un socle indépendant ne serait-ce parce qu’il existe ; et même si celui-ci n’existait pas, une chose immuable définit l’état stable “ne pas exister”. Malgré et contre tout, une garantie à l’universalité du principe de Raison réside nécessairement dans les fondements de toute réalité. Avec ce mystérieux support, l’univers n’est plus seul. Un socle extérieur et indépendant soutient désormais le réel. Il y a quelque part une entité éternelle et irréductible qui donne cours aux choses. Quoi que vous soyez, même si ce monde n’est pas ce que nous croyons, même si je ne suis pas ici, que je n’ai pas vraiment écrit cette phrase et que vous ne la lisez pas tout à fait en ce moment, une entité absolue demeure malgré tout. Sans elle, rien ne peut être et rien ne peut ne pas être. Sans elle, les mots perdent toute signification, les choses deviennent plus floues que des mirages, la réalité tombe plus bas que le néant. Grâce à ce support, la vérité absolue existe, ce qui m’autorise à rechercher la nature et la signification de mon existence.
        Depuis la nuit des temps, les hommes ont admis qu’il existe une chose qui soutient leur monde. Ce support qui maintient tout en place, ils l’ont appelé Dieu. Une grande partie de la confusion qui entoure l’idée que les hommes se font habituellement de Dieu vient du fait que pour beaucoup l'arbitraire n'est pas irrationnel, et qu’un support arbitraire est envisageable, voire nécessaire. Monumentale erreur ! Une chose arbitraire n'a pas de cause. Elle est donc contraire à l’universalité du principe de Raison... universalité qui est nécessaire pour sauver la réalité. En effet, si le support de notre univers était quelque chose d'arbitraire, cela impliquerait qu'il existe un “lieu” où la Causalité n’est plus respectée. Afin que le support arbitraire reste en place et que tout ne finisse pas dans le chaos infini et indescriptible, il se doit d'y avoir “une force”, qui s’apparente en fait à une raison, pour maintenir le premier support. On peut continuer longtemps comme cela à repousser le problème en créant des dieux dans les dieux, mais on ne formera pas de support absolu. Si l'on veut échapper au gouffre, on est contraint d'admettre que curieusement la raison de l’existence du socle du réel est le socle lui-même.

        Je viens de rejeter la thèse du support arbitraire pour défendre celle du support totalement rationnel. J’admets avoir troqué une incohérence contre un mystère brumeux. En effet, comment ce mystérieux socle fait-il pour se contenir et se soutenir lui-même, sans pour autant violer le principe de Raison ? A peine dissipés, les paradoxes resurgissent de plus belle. Cependant, si vous acceptez de faire encore un bout de chemin avec moi, je vous montrerai qu’ils ne sont pas invincibles. Pour cela, il va nous falloir percer le fond du secret, et alors vous verrez, tous les paradoxes se dissiperont.

 

        Avec l’universalité du principe de Raison gravé dans le socle du réel, l'irrationnel sombre dans l’impossibilité d’exister. Toute chose se doit d’avoir une cause. Rien ne peut exister arbitrairement. Par conséquent, l’état originel de l’univers ne pouvait être que le néant le plus absolu. Fermez vos yeux et essayez d’imaginer ce qu’il y avait avant la naissance de tout. Vous voyez des espaces noirs, infinis entièrement vides. Vous pouvez atteindre un état encore plus reculé. Supprimez l’espace et le temps. Imaginez un vide absolu, où tout le volume est confiné en moins d’un point et où le temps ne s’écoule pas. Vous commencez à percevoir ce qu’il y avait avant la naissance de tout. Il n’y avait qu’un vide étrange que j’appellerai le non-néant. Le non-néant est le seul point de départ possible à l’univers. Tout élément arbitraire défie le principe de Raison, or ce principe ne peut être transgressé sans détruire l’essence de la réalité.

        Ce raisonnement nous ramène devant notre paradoxe millénaire. D’une part, l’origine de tout ne pouvait être qu’un néant absolu qui ne contient aucun élément arbitraire ; d’autre part, un support se doit d’être immuable et éternel afin de fonder la Causalité. Ainsi, les croyants proclament que Dieu est nécessaire sans quoi l’univers n’aurait jamais pu exister, et les athées rétorquent que Dieu, conçu comme une entité existant arbitrairement, est une notion irrationnelle, qui viole le principe de Raison et détruit de fait toute légitimité d’explication ou de représentation du réel par la pensée humaine.

 

        Logique et Nécessité. Ce paradoxe a traversé les siècles. Il admet pourtant une solution. Si Dieu ne peut pas être causé, ni existé arbitrairement, il ne peut être que spontané. Si le non-néant est le point de départ à toute forme de réalité, il doit déjà contenir des lois irréductibles et parfaitement nécessaires, qui n’ont pas besoin de créateur pour exister et qui sont capables de donner naissance à notre monde.

        Nous avons parfois l’impression que la nature a décidé que 1+1 = 2 et pas 3 ou 4. Ce résultat nous semble déterminé, comme si une instance supérieure avait dicté le principe de l’addition parmi les lois de la nature. Plaçons deux billes dans un sac. Pour compter le nombre de billes, nous effectuons 1+1 et nous trouvons 2. En fait, si vous y réfléchissez bien, vous réaliserez que ce résultat ne peut pas être différent. L’addition n’est pas un processus. “1+1” et “2” désignent tous deux la même chose: le nombre de billes dans le sac. Il n’y a pas besoin d’instance supérieure. Par conséquent, même dans l’univers le plus chaotique imaginable, 1+1 sera égal à 2. L’addition n’est pas vraiment une loi, puisqu’elle ne peut être différente. L’addition nous apparaît comme une loi, mais en réalité c’est une évidence d’une telle simplicité qu’elle n’a besoin de rien pour s’exercer.

        De la même façon, le théorème de Pythagore est un principe logique universel. Contrairement à l’addition qui est facilement compréhensible, cette loi nous est beaucoup moins familière. Nous avons besoin de l’exprimer à l’aide d’une phrase et de l’apprendre par cœur. Pourtant, de la même façon que 1+1 et 2 sont les deux noms d’une même réalité, dans un espace plat, “le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des cotés de l’angle droit” est synonyme de triangle rectangle.

        A première vue, nous trouvons certaines lois arbitraires car elles ne nous sont pas naturelles, mais en fait, ce ne sont que des points de repère découverts par nos ancêtres pour contenir les contradictions de la pensée humaine. Ces lois apparaissent seulement à l’homme lorsqu’il se retrouve confronté à l'impossibilité des absurdités qu’il est capable d’imaginer. Ces principes logiques universels n’ont pas besoin de créateur pour exister. Leur évidence résout le mystère de leur origine. Leur spontanéité leur permet de s’exercer partout depuis l’éternité. La simplicité logique de ces axiomes mathématiques est si profonde qu’elle les rend indémontrables. Pourtant, leur puissance de vérité ne connaît son pareil dans et au-delà de l’univers. Nous voilà face au fond du secret. Ces principes logiques universels ne font qu’un avec le support qui maintient la réalité en place. Comme la logique rationnelle est l’expression naturelle du principe de Raison, elle n’a besoin d’aucun socle pour se fonder et s’imposer universellement. Elle se suffit à elle-même. Voilà le visage de l’énigmatique support, indépendant de tout, qui seul orchestre la réalité. Dieu est le principe de la logique mathématique, que nous appelons principe de Raison.

        L’entité qui soutient l’univers, étant simplement le principe de Raison, une chose irrationnelle ne peut pas exister dans la réalité, mais uniquement dans la confusion de la pensée humaine. Lorsque nous regardons notre monde si parfaitement construit, si merveilleusement organisé, certains ressentent la présence d’une chose incompréhensible et inimaginable qui surpasse l’entendement humain. De la même façon que l’égalité logique entre le triangle rectangle et le théorème de Pythagore ne nous est pas innée, nous ne voyons pas le lien entre le néant originel et le monde dans lequel nous vivons. Lorsque nous observons le ciel bleu, les étoiles, l’océan… nous restons émerveillés et stupéfaits. Nous nous demandons pourquoi le ciel est bleu et pas vert ? Pourquoi la Terre est ronde et pas plate ? Nous nous demandons pourquoi les choses sont telles qu’elles sont, car nous sommes capables de les imaginer autrement. Nous nous demandons pourquoi 1+1 = 2, car nous sommes capables d’imaginer 1+1 = 3.

        L’universalité du principe du Raison implique l’existence partout de liens logiques qui font que les choses ne peuvent être différentes de ce qu’elles sont. La quête de la science est de montrer que les apparents phénomènes incompréhensibles sont en fait des conséquences plus ou moins évoluées de principes logiques universels. Ces principes s'exerçant partout et pour l’éternité, les démonstrations que nous établissons grâce à eux ne sont pas des descriptions relatives à l’esprit humain, mais les voies sous-jacentes par lesquels un élément est jadis apparu à partir du non-néant. Ainsi, aussi complexes que soient les choses que la nature ait engendrées, elles possèdent toutes une explication rationnelle.

        A l’origine, le non-néant était donc beaucoup plus complexe que ce que nous avions initialement perçu. Il contient une infinité de principes logiques mathématiques éternels. Ces lois ne sont pas des principes imposés, mais seulement une simple description de la logique inéluctable. Par conséquent, l’arbitraire entourant les lois de la nature est une illusion humaine. La seule règle gouvernant le réel est d’être ce qui est logiquement possible. Munis de cette compréhension, nous pouvons résoudre le mystère de l’origine de tout: l’univers est l’expression naturelle de la logique universelle qui contient l’océan infini des possibilités... et nous sommes l’une de ces possibilités.

        Transporté par son imagination débordante, l'homme rêve de choses arbitraires ou contradictoires et ne comprend pas pourquoi ces choses n’existent pas. Ignorant les liens logiques qui lui révéleraient que les choses ne peuvent être différentes de ce qu’elles sont, et oubliant trop vite qu’il ne perçoit qu’une infime partie du cosmos, l’homme ne parvient pas à ressentir le réel comme nécessaire. Perdu, il cherche désespérément un impossible créateur. Comprendre l'origine de l'univers est finalement une difficulté plus psychologique que scientifique.

 

        Paradigme Matérialiste. Cette vision esquisse un chemin rationnel à nos origines. Elle n’est cependant pas encore tout à fait satisfaisante. S’il est désormais clair que certaines évidences ne nous sont pas innées et nous font voir des phénomènes magiques incompréhensibles là où il n’y a que des conséquences logiques inéluctables, les principes logiques universels dissimulent-ils pour autant toute la richesse et la diversité de notre monde et de nos pensées ? Comment d’ailleurs la pensée pourrait-elle émerger d’un non-néant dirigé par des principes mathématiques ? L’immense difficulté de compréhension qu’il nous reste à éclaircir ne réside pas tellement dans le point de départ du réel, mais dans le détail des processus qui, partant du non-néant, ont conduit jusqu’à l’esprit humain et à son imagination débordante, capable de nier la logique rationnelle et de ne pas comprendre l’origine pourtant simple, naturelle et inéluctable de toute chose et de lui-même.

        Entre l’esprit humain et de simples théorèmes mathématiques, il semble y avoir un abîme infranchissable. Pourtant, de spectaculaires transitions se produisent régulièrement devant nos sens ébahis. Lorsque vous étiez enfant peut-être avez-vous fait l’expérience de mélanger de la peinture bleu avec de la jaune et eu la surprise de voir le vert apparaître ? A priori, rien dans l’observation du bleu et du jaune ne laisse présager cela ; ni non plus dans le vert qui semble une entité à part entière, alors qu’elle est en fait construite. Ce même étonnement resurgit avec l’utilisation d’enregistreurs audio, dont le fonctionnement démontre que toute la diversité des sonorités, instruments, voix, mélodies, musiques possibles est en fait réductible à une simple suite de 0 et de 1. Pareillement, l’étude des organismes biologiques nous apprend que des séquences monotones et linéaires d’acides aminés se replient à chaque instant en des complexes catalysant des réactions chimiques spécifiques, qui gouvernent le métabolisme de tous les êtres vivants. Soumis à une nécessité aveugle, des éléments simples peuvent en se combinant, faire émerger des propriétés supérieures. Lorsque certains seuils d’organisation sont franchis, de nouvelles notions qui n’avaient aucune signification auparavant prennent tout à coup sens. Ces extraordinaires, et pourtant parfaitement naturelles évolutions ne rendent plus irrationnelle la métamorphose d’un néant mathématique en univers matériel, de la matière inerte en êtres vivants et des êtres vivants en individus conscients de leur propre existence. Voilà rapidement tracé la manière dont j’entends maintenant vous proposer une explication rationnelle à l’origine de tout. Voilà, l’esquisse du pont logique qui relie le non-néant à notre monde.

 

 

Avertissement

 

        Mes pensées sont incertaines. Elles proviennent de mon esprit, et je sais mon esprit faillible. Il s’égare souvent dans des erreurs de logique. De plus, rien ne m’assure qu’il maîtrise les bons concepts, ni qu’il soit assez puissant pour relever tous les défis, ni non plus que je sois assez libre pour parvenir à certaines conclusions. Je pourrais être en train de nager dans un océan d’erreurs et d’illusions, incapable de comprendre ce qui se passe vraiment. La validation de certaines idées par la science conforte mon sentiment d’être sur le chemin de la vérité. Elles font reculer ce doute affreux. Malheureusement, en aucun cas elles ne pourront le faire complètement disparaître. La certitude de la vérité absolue n’est pas accessible à l’esprit humain. C’est là une limitation intrinsèque à notre condition.

        Je dois donc me contenter de la meilleure vérité présente. Je sais que ma certitude la plus solide est ma conscience de moi-même. Elle me prouve mon existence, ce qui implique nécessairement la présence d’une certaine forme de réalité... réalité que je ne saurais penser sans l’universalité du principe de Raison. Tant que l’on considère la logique rationnelle comme une simple faculté de la pensée humaine, on la supposera limitée et probablement incapable de nous révéler les secrets cachés du réel. En revanche, à partir du moment où l’on reconnaît l’universalité du principe de Raison, alors la vérité absolue existe, et se conquiert si nos pensées s’accordent pleinement avec ce principe ultime. La pensée rationnelle devient alors une lumière divine qui nous illumine le fond des choses. Toutes les lois de la nature étant des états complexes de la logique rationnelle, en étudiant toutes les possibilités offertes par la Raison pure, une très grande intelligence pourrait découvrir l’ensemble des lois de la nature, et sans être elle-même totalement certaine des résultats de sa propre pensée, avoir malgré tout saisi l’entière nature des choses.

        L’histoire qui va être présentée maintenant expose une telle tentative. Les trois chapitres qui vont suivre sont une anticipation de ce à quoi pourrait ressembler cette explication finale à nos origines. J’ai essayé de m’approcher au plus près de cette connaissance ultime, toutefois la limite de notre compréhension actuelle m’a forcé à emprunter des théories scientifiques non-confirmées, et à réaliser de nombreuses conjectures. Si aujourd’hui, cette tentative de cerner l’explication finale à nos origines a toutes les chances d’être au moins inexacte sur certains points, alors me demanderez-vous: pourquoi l’avoir rédigée ?

        Dans les commentaires en fin d’ouvrage, je reviendrai sur de nombreuses idées en discutant de mes sources scientifiques et des positions alternatives. Toutefois, l’ambition de cet essai n’est pas de fournir un traité de sciences, mais de faire percevoir l’essence du réel pour amener ensuite à la vraie philosophie. Nous allons donc nous contenter d’une explication spéculative qui aura le mérite de montrer comment franchir ce qui pour beaucoup parait encore infranchissable, en dévoilant comment des événements aussi incroyables que l’apparition de la réalité physique, d’êtres vivants et d’individus conscients est possible dans un ordre parfaitement rationnel. Comme nos connaissances actuelles sont insuffisantes pour prétendre conclure sérieusement sur le détail exact des processus, je vous propose une explication simplifiée, basée sur des principes généraux, communs à de nombreuses théories scientifiques, qui permettent d’entrevoir l’explication complète et entièrement rationnelle à l’origine de tout. Pour le moment, je ne vois d’autre possibilité que d’admettre que les événements ont dû globalement ressembler à ce qui va être décrit maintenant, c’est-à-dire que les ponts tracés entre toutes les lois de la nature existent véritablement. Je vous invite à utiliser les clefs de compréhension fournies par cette vision globale pour commencer à entrevoir le cosmos dans sa totalité.

        Que les savants considèrent ce texte comme une source de propositions, d’idées et d’hypothèses. Que la superstition voit ici se cristalliser la quintessence de tout ce qu’elle prétend impossible. A l’heure actuelle, cet exposé a avant tout un objectif psychologique. L’avenir dira jusqu’à quel point il correspond à la réalité scientifique.

 

L’Origine des Mondes

 

        Création ex nihilo. Le non-néant est partout et nulle part. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes à l’instant zéro, ni dire combien de temps dure cette période, car le temps n’est pas encore défini. De même, l’espace et ses dimensions n’existent pas encore. Le non-néant n’est pas un vide physique. Ce n’est pas une immense étendue vide, mais c’est un vide logique. Le non-néant s'apparente au chiffre zéro.

        En vertu de la logique naturelle, zéro est et demeure égal à zéro. Comme rien ne pourra jamais en jaillir sans renier le principe de Raison, l’univers est condamné à demeurer égal à zéro pour l’éternité. Ce point est acquis. Je ne vous jouerai pas la farce d’y revenir. Mais alors comment notre monde peut-il exister ?

        Zéro est en fait beaucoup plus complexe que la façon dont nous nous le représentons habituellement. Zéro est égal à (1 – 1), à (2 + 1 – 3) ou encore à (5 + 3 – 8). Zéro n’est donc pas seulement 0, mais il est l’infinité des formules mathématiques dont la somme est nulle. Chaque formule exprimant zéro existe séparément des autres. Elle est un univers mathématique indépendant contenant une suite de nombres dont la somme est nulle. Le non-néant est donc en fait un multivers mathématique composé de toutes les formulations possibles de zéro, de la plus simple des suites numériques aux équations les plus sophistiquées.
        Dans certains univers mathématiques, zéro s’écrit (x + 3y) ou encore (x + 2y + 3z –1). De telles équations-univers admettent une infinité de solutions associées en couple, en tétrade… ou plus selon le nombre de variables contenues dans l’équation. Par exemple, dans l’équation-univers (x + 3y) = 0, on trouve les couples de solutions (x = 3 ; y = -1) (x = 6 ; y = -2) (x = -1; y = 1/3)... Chaque équation-univers est remplie de l’infinité des nombres-solutions qui garantissent la nullité de son équation. Comme chaque variable x, y, z... renferme une série infinie de nombres, la cohabitation de ces multiples ensembles infinis dans le même univers fait émerger la notion de dimension. Les variables x, y, z... donnent sens à l’espace pluridimensionnel. Selon leurs nombres de variables, les équations-univers acquièrent une, deux, trois… dimensions spatiales. Spontanément, la géométrie apparaît au sein de cet ensemble arithmétique.

 

        Temporalité. Observons mieux les équations-univers, car dans certaines d’entre elles est apparu une propriété extraordinaire qui ne nous est pas immédiatement perceptible. Pour l’apercevoir, commençons par essayer d’imaginer le point de vue d’une chose finie, c’est-à-dire l’image que se ferait un observateur imaginaire situé dans un de ces univers. Pour voir la géométrie interne de son univers, notre observateur relie entre eux les couples, tétrades… de nombres-solutions. Par exemple, dans l’univers (x + 3y = 0), à chaque valeur de x correspond une seule valeur définie de y. Imaginez un segment reliant chaque valeur de x à sa valeur y correspondante. La forme géométrique de cet univers vous apparaît alors clairement. Elle est observable comme une infinité de segments de taille finie et enchevêtrés dans toutes les directions. Cette vision géométrique qu’aurait un observateur à l’intérieur et la vue globale qu’offre l’équation depuis l’extérieur ne sont que deux points de vue équivalents sur le même univers. La réalité mathématique peut se percevoir comme une entité absolue (vue arithmétique) ou s’observer comme une infinité d'éléments finis (vue géométrique).

        Le travail de notre observateur se complique dans les univers possédant au moins trois dimensions. Par exemple, dans l’univers (x + 2y + 3z), si notre observateur imaginaire part d’un point au hasard, et essaie ensuite de dessiner un triangle liant les trois nombres-solutions, il réalise qu’il ne connaît pas les cordonnées dans les deux autres dimensions. S’il part du point x = 1, il lui reste une infinité de y et de z possibles pour que la somme de l’équation soit nulle. A toute valeur dans une dimension correspond une infinité d’autres valeurs possibles dans les deux autres dimensions. Y a-t-il vraiment une géométrie dans cet univers ? A l’évidence oui, mais alors pourquoi ne parvenons-nous pas à l’observer ? Cette difficulté nous montre que quelque chose de subtil s’est produite ici. Pour percevoir la géométrie interne, nous devons décompacter le nouvel infini que nous venons de rencontrer. Au lieu de considérer en même temps l’infinité des correspondances possibles, pour dessiner notre triangle, il faut décomposer ce nouvel infini en une infinité d’instants montrant chacun une seule correspondance. Prenons notre espace, et étirons-le comme un accordéon pour en faire sortir une nouvelle dimension infinie, de telle sorte que chaque tranche de cette dimension montre notre triangle dans une de ses configurations possibles. L’observateur qui regarde notre triangle le long de cette nouvelle dimension le voit se déformer éternellement dans l’espace infini. En passant de tranches en tranches, les extrémités du triangle bougent et explorent toutes les combinaisons possibles. Au bout d’un temps infini, notre triangle aura réalisé toutes les configurations imaginables. Elevez-vous hors de cet univers et repliez toute l’éternité en un instant. Voyez, vous obtenez l’univers statique, perceptible depuis l’extérieur, contenant toutes les solutions possibles. A nouveau, les deux points de vue décrivent exactement la même réalité.

        A l’intérieur des univers possédant au moins trois dimensions spatiales, la notion même de dimension s'approfondit jusqu’à engendrer une nouvelle dimension qui les englobe toutes. Cette autre dimension d’espace logique, nous l’appelons le temps. Le temps n’existe pas hors des équations-univers et n’a pas non plus de sens absolu pour un univers pris dans sa globalité. Le temps n’existe que du point de vue des choses finies et géométriques. Il n’y a donc pas de temps absolu, pas de gigantesque pouls cosmique synchronisé pour tout l’univers, mais l’écoulement temps dépendra et variera selon les observateurs.

        Puisque le temps n’a pas de sens hors des univers et que tous ces événements sont des conséquences logiques les unes des autres, tout ce qui vient de se produire a été instantané. Nous avons simplement fait un bond conceptuel pour nous les humains. En fait, tout ce qui a existé, existe ou existera est déjà réalisé. L’infinité des univers est de toute éternité. La réalité est depuis toujours fractionnée en un nombre infini d’expansions mathématiques qui coexistent parallèlement. Ici commence et se termine la véritable histoire de tout. Zéro a instantanément et pour toujours atteint son degré de complexité maximal.

 

        Atomisme. Je vous emmène explorer les recoins cachés du non-néant, là où rien n’est jamais créé, et où nous contemplons simplement ce qui est de toute éternité. Dans ces lieux, lorsque la logique rationnelle nous fait voir des choses, celles-ci ne peuvent pas ne pas exister. En effet, l’essence des concepts mathématiques n’est pas dissociable de leur existence. Retournons dans ces contrées où l’apparition spontanée de l’espace et du temps, a réuni les prémisses de la réalité physique.

        Essayons de visualiser les points et les triangles, en les dessinant sur une feuille de papier. La feuille de papier peut être parfaitement droite, ou bien courbée, pliée, froissée, de telle sorte que les points, les droites, les plans qui sont dessinés dessus... deviennent des points, des cordes, des membranes.... En géométrie, l’espace n’est pas forcément plat, mais peut être plus ou moins courbe.

        Qu’est ce qui peut bien déterminer le degré de courbure de l’espace ? Force est de reconnaître que la forme de l’espace n’a pas été prévue ! Cette notion supérieure n’a de sens que dans les propriétés émergentes. La logique fait donc apparaître l’espace, mais elle est elle-même dépassée parce qu’elle engendre. Comme la notion de forme de l’espace a indiscutablement émergée, mais qu’elle n’a pas été prévue, elle ne saurait être contrainte. En chaque lieu, la forme de l’espace oscille donc librement. Elle se courbe, se détend, se modifie sans cesse. L’espace vibre aléatoirement, pour réaliser tous les degrés de courbures possibles à travers l’univers infini, et ainsi combler le vide laissé par la logique.

        L’espace n’est pas une entité en soi. Il n’existe que par les nombres qui le constituent. En réalité, il n’y a pas d’espace. Dans l’univers, il n’y a pas de support comme la feuille de papier. Au niveau fondamental, il n’y a que les points correspondant aux nombres-solutions de l’équation-univers, qui définissent eux-mêmes l’espace. En chaque lieu, le degré de courbure de l’espace est donc un potentiel porté par un point. Chaque point de l’espace possède donc une grandeur supplémentaire, aléatoire.

        Prenons une certaine zone d’espace possédant un certain degré de courbure. Ce degré de courbure est une grandeur finie. Si nous cherchons à connaître le potentiel d’un des points de cette zone, nous nous retrouvons confrontés à un sérieux problème. En effet, dans toute partie de l’espace, il y a une infinité de points, donc nous devrions répartir une valeur finie dans une infinité de point, or une telle division par l’infini est impossible.

        Ce problème nous fait voir, que nous sommes allés trop vite, et nous n’avons pas tenu compte d’une nouvelle contrainte associée aux nouvelles notions qui viennent d’émerger. La notion de courbure de l’espace implique nécessairement une borne dans l'infiniment petit, afin que le degré de courbure soit représenté par un nombre fini de points, ayant chacun un potentiel fini. L’espace courbe n’est pas découpable à l’infini, mais il contient une limite inférieure, insécable.

        Qu’est ce qui peut bien fixer la valeur d’une telle borne ? Pas plus que le degré de courbure n’était prévu, ce paramètre n’était attendu. Afin de combler cet espace logique, l’univers réalise encore toutes les valeurs possibles pour cette borne à travers l’infini. Dans certains lieux, cette limite est très grande, dans d’autres elle est toute petite, mais elle est toujours un paramètre fini. Comme il ne peut plus y avoir de continuité entre ces différentes régions, le visage de l’univers se transforme complètement. Nous percevons qu’il n’y avait pas qu’un seul type d’espace par univers. Il n’y a pas un seul bloc unifié, mais l’univers est fragmenté en une infinité de bulles-univers possédant chacune localement une borne inférieure qui limite la taille possible dans son infiniment petit. L’univers infini est en fait morcelé en une infinité de bulles-univers finies. A l’intérieur de chacune des bulles, il y a une taille minimale en deçà de laquelle rien ne peut exister. L’espace possède comme une maille interne. Tout segment reliant deux points de la maille possède exactement la distance minimale possible dans l’espace. Il n’est pas divisible. Les points de l’espace dessinent des segments, des triangles, des tétraèdres tout aussi insécables. Voilà les atomes véritables.

 

        Histoires et Aléatoire. A tout instant, chaque point définit également un certain degré de courbure de l’espace qui varie aléatoirement à une cadence elle aussi aléatoire le long de la dimension temporelle. Si nous considérons une petite zone d’espace, formée d’un faible nombre de points, il y a peu de chance de voir longtemps se dessiner une courbure stable. En revanche, si nous observons une très grande région, contenant un nombre gigantesque de points, nous trouverons, au sein de cette immensité, quelques rares points dont la cadence d’oscillation est suffisamment lente pour dessiner des courbures stables, au sein d’une mer agitée par des fluctuations éphémères. Ainsi, bien qu’à l’échelle microscopique l’espace oscille de manière chaotique et imprévisible, à l’échelle macroscopique, se dessine quelques grandes structures stables dont les possibilités d’évolution le long de la direction temporelle sont statistiquement contraintes par leur disposition passée. A grande échelle, les structures ne se transforment que partie par partie, et les états s'enchaînent les uns les autres: la Causalité physique émerge.

        Plus une courbure est grande, plus elle a de chance d’être formée de points évoluant lentement, et donc plus elle a de probabilité d’être stable. Toutefois aussi gigantesque soit-elle, toute courbure de l’espace évolue et n’est pas éternelle. Même les bulles-univers subissent ces transformations. Ici une nouvelle bulle-univers jaillit, là une autre s’estompe, et ainsi disparaissent et renaissent continuellement de nouvelles bulles-univers au sein de l’espace infini. A l’intérieur de chaque bulle, apparaît une réalité physique avec des atomes qui vont dessiner des mondes. L’évolution de ces figures géométriques fait naître une histoire. Si dans une bulle, un observateur voit effectivement des structures évoluer avec le temps, en fait à tout instant, n’importe quelle structure imaginable est formée une infinité de fois, à travers les autres bulles. Si un temps et une histoire sont bien perceptibles en chaque endroit de l’univers, du point de vue global, l’ensemble de toutes les bulles est statique. L’équation-univers n’évolue pas. A travers l’univers infini, tous les types de mondes possibles existent simultanément une infinité de fois, à tous les stades de leur évolution. Rien n’a été créé. Rien ne fut détruit. Tout était déjà là. Et par la présente spéculation, nous pouvons contempler ce qui est de toute éternité.
        Ainsi naquirent les mondes. Limité par ses sens et ses a priori conceptuels, les hommes ne perçoivent pas aisément la nécessité absolue qui fonde toute chose. Ils s’imaginent que l’impossible s’est réalisé. Muni des yeux de la logique rationnelle, le sage voit que rien n’a été ébranlé. La réalité que nous percevons n’est qu’une infime partie de l’état ultra-complexe du non-néant. Derrière le mystère de l’origine des mondes, se cache un processus d’une imparable simplicité. Il n’y avait pas de choix de la création. Le non-néant est l’autre nom du tout-infini, par conséquent l’infinité des univers ne peut pas ne pas exister. La réalité est le fruit de la logique pure. Dieu n’est pas la cause première de l’univers. Dieu est le principe de Causalité logique qui se révèle à travers le cosmos. Du principe de Causalité découle spontanément la seule loi régissant le multivers: réaliser l’océan infini des possibilités. Ainsi, à chaque instant et pour l’éternité, les filles de la logique dirigeront le destin des mondes.

        Les filles de la logique ordonnent les mondes, cependant nous avons vu qu’elles traînent parfois derrière l’envol vertigineux dans lequel la réalité s’est engouffrée ! Revenons par exemple à nos triangles. A chaque instant, ils bougent dans le temps, et à chaque instant, la disposition suivante du triangle est confrontée à un choix multiple. Rien ne peut choisir quelle solution doit être préférée plutôt qu’une autre. Aucun principe causal ne peut déterminer quelle position sera sélectionnée parmi l’immensité des solutions proposées. La réalité est encore confrontée à un manque d’information. Puisque la logique est la seule loi, et qu’elle est incapable de déterminer un choix plutôt qu’un autre, les solutions adoptent des valeurs aléatoires parmi l’infinité des possibilités. A la croisée des chemins, le hasard tranche. Lorsque la logique de l’univers est incapable de choisir, le hasard comble le fossé et achève la construction de la réalité. Ce hasard véritable règne perpétuellement en maître au cœur de toute chose. Avec cette incertitude omniprésente, émerge l’imprévisibilité de chacun des mondes.   

        Depuis toujours, l’histoire est une suite de causes et de conséquences. Néanmoins, la nature n’a pas engendré ses éléments totalement soudés à sa nécessité cosmique. Libérés par les insuffisances de la logique, les choses apparaissent avec des propriétés aléatoires. Dans chacun des univers, l’incertitude met un terme définitif au mot destin. L’avenir de chaque monde n’est pas gravé dans son passé. L’imprévisibilité inhérente au cœur de la matière rend le sort de chaque univers indéfini. Même si vous aviez un film montrant parfaitement chacun des atomes émergeant avec une bulle-univers, vous ne pourriez complètement prévoir la suite des événements. En suivant chaque grain de matière, vous seriez confronté à la croisée des chemins. La logique de l’univers ouvre le champ des possibilités. Elle dit ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Seule la réalité écrit l’histoire.

 

        Big Bang. Il y a environ quatorze milliards d’années, une nouvelle bulle-univers jaillit. Celle-ci appartient à une équation-univers incroyablement plus complexe que toutes celles que nous avons étudiées. A l’intérieur, l’espace est agencé en des structures sophistiquées. Le comportement des atomes s’en trouve fortement compliqué. Ils subissent ces contraintes naturelles qui se font ressentir comme des forces, et les poussent à s’assembler en des structures évoluées.

        A grande échelle, les fluctuations originelles ont laissé des disparités. Certaines régions sont plus concentrées que d’autres. Par la force de gravité, elles attirent la matière avoisinante pour former de gigantesques nuages de poussière et de gaz. Quelques centaines de millions d’années après l’expansion créatrice, notre bulle-univers compte des milliards de galaxies, elles-mêmes formées de centaines de milliards de nuages gazeux plus petits. La force de gravité contraint ces nuages à s’effondrer sur eux-mêmes. La température dans leur cœur s'accroît au fur et à mesure qu’ils se contractent, jusqu’à ce que des réactions nucléaires s’enclenchent. Les agrégats de particules s’agitent, s’entrechoquent jusqu’à se souder en des éléments plus complexes, libérant au passage une gigantesque quantité d’énergie. La boule de gaz arrête soudain de se contracter. Elle vient d’atteindre un équilibre entre sa propre force de gravité qui tend à la comprimer et l’énergie des réactions nucléaires qui tend à la faire éclater.

        Lorsque la première étoile est née, la lumière a recommencé à briller dans l’obscurité de l’espace. Puis très loin, une deuxième étoile s’est mise elle aussi à briller, rapidement suivie par de nombreuses autres jusqu’à ce que des milliards de milliards d’étoiles illuminent notre bulle-univers de toute part. A l’intérieur de ces boules gazeuses, les éléments simples sont transformés en éléments complexes. Lorsqu’une grande partie du combustible est consommée, les réactions nucléaires ralentissent, le rayonnement s’affaiblit et la gravité reprend le dessus. Le cœur de l’étoile se contracte, sa température augmente et se stabilise temporairement grâce à de nouvelles réactions plus fortes, jusqu’à ce que la gravité reprenne définitivement le dessus. Alors, le cœur de l’étoile s’effondre provoquant une onde de choc qui conduit à une gigantesque explosion. Les 92 éléments de la nature sont désormais disponibles. Descendant des principes physiques, les lois de la chimie acquièrent leur sens et vont combiner ces éléments primordiaux pour former des molécules.

        Neuf milliards d’années se sont écoulées depuis le Big Bang. Dans une galaxie du nom de Voie Lactée, une étoile vient d’exploser. Elle laisse place à un gigantesque nuage interstellaire. Sous l’effet de sa propre gravité, ce nuage se condense et donne naissance à une étoile plus petite. Des fragments du nuage se contractent eux-aussi pour former des planètes. Des pluies de météorites s'abattent à leur surface, déversant les éléments fabriqués par l’étoile défunte. Selon les conditions de luminosité et de gravité qu’offrent les planètes, les éléments déposés évoluent de différentes manières. Sur l’une d’elle, l’eau s’accumule jusqu’à en recouvrir la surface. Des gaz s’évaporent, créent une atmosphère, et au fond de son océan se réunissent les ingrédients de la vie.

 

 

La Vie

 

        Chimie du Vivant. Dans l’océan de la Terre primitive, les diverses molécules fusionnent ou s'accrochent ensemble grâce aux lois de la chimie. Avec la complexification des structures moléculaires, les associations deviennent de plus en plus spécifiques. Selon sa structure spatiale et électronique, chaque molécule est comme une clef qui ne peut s’insérer que dans les molécules présentant une serrure complémentaire.

        Les réactions chimiques aléatoires se poursuivent et génèrent des milliards de nouvelles molécules toujours plus complexes. Chacune de ces grosses molécules attire de nombreuses autres, plus petites, qui lui sont localement complémentaires. En s’agglutinant, ces petites molécules fusionnent parfois entre elles et forment une nouvelle molécule, associée à la première. Par ce processus, certaines grosses molécules créent spontanément des moules d’elles-mêmes.

        Chaque couple ainsi formé est un réplicateur: il est doté de la fabuleuse capacité de se reproduire. En effet, lorsque les deux membres du couple se dissocieront, chacun se mettra à attirer sur lui des petites molécules qui s'agrégeront et fusionneront entre elles à nouveau pour reformer le membre complémentaire. A chaque cycle de séparation, les effectifs sont dupliqués. Le réplicateur catalyse sa propre synthèse. Sa population croit alors exponentiellement et des milliards de milliards de copies se diffusent rapidement dans l’océan primitif.

        Idéalement, un réplicateur doit être formé de deux partenaires établissant des liaisons faibles entre eux, car ces liaisons doivent se rompre facilement pour permettre le prochain cycle de réplication. Inversement, les petites molécules précurseurs qui fusionnent pour recréer chaque partenaire doivent avoir la propriété d’établir des liaisons fortes entre elles, afin de former un réplicateur robuste. Parmi les innombrables types de réplicateurs qui sont apparus sur notre planète, une seule grande famille a résisté à l’épreuve du temps: les acides ribonucléiques, dont fait partie notre ADN.

        Les différences physico-chimiques qui séparent les nombreux types de réplicateurs ont un impact sur leur résistance, leur capacité à attirer leurs précurseurs et bien d’autres paramètres qui au final, modifient leur aptitude à se reproduire. Dans chaque environnement, les réplicateurs moins aptes à se reproduire se retrouvent submergés par tous les autres. A force de dilutions, ils finissent par disparaître. Cette reproduction différentielle, entre réplicateurs bien et moins bien adaptés, engendre une amélioration continuelle de leur capacité de réplication au fils des générations. Comme de nouveaux variants apparaissent sans cesse à cause de l’imperfection du processus de réplication, l’ensemble des différents réplicateurs est soumis à une compétition constante qui sélectionne les plus aptes à se perpétuer. La capacité imparfaite de reproduction de ces molécules les soumet à une évolution constante. Aveuglement, cette pression sélective fait naître une volonté apparente de survie qui fait basculer les lois de la chimie dans le monde du vivant.

 

        Evolution. Rapidement, la prolifération incessante des réplicateurs finit par épuiser les réserves de précurseurs nécessaires à leur élaboration. Dès lors, la lutte pour la survie s'accélère. Par sélection naturelle, apparaît des réplicateurs capables d’en digérer d’autres et d’en récupérer les fragments pour leur propre reproduction. A la première sélection effectuée sur leur seule résistance physique, fait suite une deuxième sélection sur ce que les réplicateurs sont capables de faire pour survivre.

        Lorsqu’elles se séparent, chacune des deux parties du réplicateur s’associent avec des petits précurseurs. La plupart du temps, ce processus est interrompu avant d’avoir complètement reproduit un réplicateur complet et seuls des fragments partiels sont synthétisés. Au lieu de subir passivement ce défaut, le réplicateur va l’utiliser à son avantage. Chaque région du réplicateur, appelée gène, donne naissance à un fragment du réplicateur possédant une activité particulière. Rapidement, les réplicateurs sont sélectionnés pour leurs gènes et se mettent ainsi à produire un nombre croissant de molécules aux effets divers. Afin d’accroître ses capacités de survie, le réplicateur produit des fragments de lui-même qui sont capables de se lier à des métaux, et à bien d’autres types de molécules plus aptes à servir ses intérêts. Des molécules très variées se greffent sur des fragments de réplicateur et donnent lieu à de nouvelles possibilités. Cette stratégie va s'avérer tellement efficace, que rapidement les fragments du réplicateur perdront quasiment toute activité et ne serviront que de matrice pour ordonner l’assemblage de complexes supérieurs.

        Quelques centaines de millions d’années après l’apparition du premier réplicateur, la lutte pour la survie bat son plein. Parmi les nombreuses stratégies qui sont apparues, une nouvelle astuce est sur le point de devenir une véritable révolution. Par l'intermédiaire des produits de leurs gènes, certains réplicateurs parviennent à fabriquer des molécules qui les entourent et les protègent. Cette dernière innovation présente l’extraordinaire avantage de mieux retenir les produits du réplicateur qui se perdaient jadis dans l’océan. Les réplicateurs enveloppés supplantent rapidement les réplicateurs nus. En leur sein, ils synthétisent des myriades de molécules qui favorisent leur réplication. Ainsi naquit la première cellule...

        Lorsque bien plus tard, la vie parvient au sommet de l’évolution cellulaire, une nouvelle innovation apparaît: les différentes copies d’un même réplicateur apprennent à collaborer entre eux. Les cellules porteuses d’un réplicateur identique s’assemblent en un organisme pluricellulaire. Selon leur position dans le corps, les réplicateurs se modulent mutuellement pour produire les substances qui donnent à chaque zone une spécificité. Tous nés au fond du même océan, végétaux, mollusques et vertébrés peupleront bientôt la surface des continents. Nul ne sait jusqu’où les réplicateurs iront. Guidés par leur appétit de survie, ils ont déjà inventé tant d’astuces pour envahir la mer, la terre et le ciel. Par-delà la complexité de toutes les innovations ultérieures, force est de reconnaître à la première entité moléculaire capable de se répliquer, le principe révolutionnaire, qui a engendré tout ce qui est apparu par la suite.

 

        Après presque quatre milliards d’années de perfectionnement continu, les réplicateurs se sont bâtis des machines à survie ultrasophistiquées. Leurs nano-rouages ont atteint le degré de virtuosité qui permet aux organismes que nous sommes d’exister. Les tout premiers êtres vivants étaient d’une simplicité exceptionnelle et ont mis beaucoup de temps à apparaître. Puis, progressivement l’évolution s’est accélérée. Les brusques variations climatiques ont sélectionné les individus capables de s’adapter rapidement. Les cataclysmes incessants ont forcé les êtres vivants à développer des systèmes capables d’amplifier les innovations du hasard. Ainsi, il a fallu attendre presque trois milliard d’années entre l’apparition des premières bactéries et celle des premiers assemblages cellulaires, alors qu’en seulement quelques dizaines de millions d’années, les oiseaux se sont mis à voler, les insectes sont apparus avec une organisation sociale, et les mammifères se sont diversifiés de telle sorte qu’une variété de rongeur engendre des espèces aussi différentes que nous, les chevaux et les dauphins.

        Chez les premières espèces, les transformations étaient lentes car linéaires. La nature devait attendre qu’une même lignée d’individus réunisse successivement toute une série d’adaptations avant de franchir un nouveau cap. Aspirés par leur volonté aveugle de survie, certains êtres vivants ont inventé le moyen de réunir toutes les améliorations existantes en une seule étape. Au lieu de se reproduire à l’identique, les individus vont se croiser. A chaque génération apparaîtront des descendants différents. Certains réuniront en eux les combinaisons nécessaires au franchissement d’un nouveau seuil.

        Les premiers organismes à pratiquer ce mode de reproduction fusionnaient, mélangeaient leurs réplicateurs, puis se séparaient. Afin d’améliorer la productivité et les chances de rencontre, les êtres vivants ont développé une nouvelle stratégie consistant à sécréter de petits morceaux d’eux-mêmes, appelés gamètes, qui fusionneront avec ceux d’un autre membre de l’espèce pour former un nouvel individu. Néanmoins, les gamètes sont petits et fragiles, et peu arrivent à former un œuf. Pour accroître la rentabilité du système, certains individus se mirent à fabriquer des gamètes plus gros, contenant des réserves énergétiques. Ces super-gamètes étant volumineux, et coûtant cher en nourriture, leur production et leur mobilité diminuèrent. Cette stratégie réussit car elle connut l’évolution coordonnée d’autres membres de la même espèce. Ceux-ci fabriquèrent des gamètes ultra-mobiles en très grande quantité. Ce système a été adopté par tous les êtres vivants depuis les champignons et a fait apparaître deux sous-catégories distinctes dans chaque espèce: le mâle et la femelle.

 

        Comportement Animal. La volonté inconsciente de survie est le moteur de l’évolution. Elle façonne les corps et retentit bien au-delà. Elle a vocation à réguler l’interaction de l’animal avec son environnement. Pour cela, les réplicateurs ont inventé le système nerveux, dans lequel ils gravent leurs directives. Ils disent aux poissons de nager, aux félins de bondir et aux abeilles de danser ! Soucieux de leur survie, les réplicateurs n’ont pas laissé les êtres vivants agir à leur guise. Très tôt dans l’évolution, ils ont parsemé leur enveloppe de récepteurs, de voies de signalisations et d’effecteurs pour doter le corps de réflexes. Lorsque certains événements extérieurs sont détectés, le signal est transmis jusqu’aux muscles pour qu’ils se contractent ou se relâchent. Par exemple, la sensation d’une forte chaleur au bout d’une patte provoque sa rétraction. Les réflexes sont un gain fantastique pour la survie de l’animal. Cependant, de par leur caractère automatique, ces réponses sont loin d’être toujours appropriées.

        Afin d’améliorer la pertinence des réflexes, de nouvelles structures, plus évoluées, apparaissent pour moduler les réactions selon les circonstances. Elles sont formées de réseaux de neurones qui centralisent localement les signaux provenant de différents sens, comparent les informations, puis transmettent ou non l’alerte si un certain seuil a été dépassé. Au départ dispersées, ces structures s’interconnectent rapidement et s’assemblent en une structure centrale. Chez les invertébrés, le cerveau primitif prend forme et finit par regrouper la majeure partie de l’activité décisionnelle de l’animal. Les signaux provenant de l'estomac, des organes sexuels, et des différents sens affluent dans les aires cérébrales. Là, selon la manière dont le réplicateur a structuré les connexions neuronales, divers instincts voient le jour. Comme le cerveau est directement conçu par le réplicateur, il possède la mémoire de l’espèce. Chaque type d’animal a son propre comportement. A l’intérieur du cerveau, l’agencement des neurones définit différents instincts et leur importance relative. Désormais capable d’effectuer la synthèse de tout ce qu’il perçoit, l’animal fixe des priorités. Par exemple, la détection de grands mouvements signale un danger potentiel qui réfrène certains instincts peu discrets comme un cri d’appel aux femelles. La régulation des réflexes et des instincts est un immense progrès et va considérablement améliorer la survie.

 

        Intelligence. Jusqu’à ce degré d’évolution, l’animal est un automate complet. Il n’éprouve pas d’émotions, mais réagit seulement selon la manière dont ses gènes l’ont programmé. Ces gènes ont été sélectionnés dans un environnement donné, toutefois l’environnement change constamment. Les réplicateurs ne peuvent pas se contenter de leur évolution trop lente. Ils auraient besoin qu’une deuxième évolution se produise en accéléré dans les êtres vivants, pour les adapter à leur environnement actuel. Face à l’urgente nécessité de créer un système capable d’inventer rapidement de nouvelles solutions, les poissons et les reptiles apparaissent avec un second cerveau, adjacent et relié au premier, mais avec un fonctionnement révolutionnaire. Au lieu de directement programmer tous les neurones de ce nouveau cerveau, les réplicateurs ont élaboré un système plus ouvert. Après avoir ébauché certaines structures, ils laissent les connections entre neurones évoluer librement, et dessiner des cartes quasiment au hasard ; et ils vont confier au cerveau primitif le rôle d’ordonner ce nouveau cerveau.

        A chaque instant, les signaux provenant des sens se propagent dans le nouveau cerveau. Là, les ensembles de neurones fonctionnent comme des filtres activables. Selon la disposition de leurs connexions, celles-ci forment des cartes qui n’émettront elles-mêmes que lorsqu’elles seront stimulées par un type bien particulier de signal. Parmi le nombre colossal de cartes existantes, seules un faible nombre est sensible à un certain type de signal. Par exemple, lorsque l'œil convertit la lumière en impulsion électrique, les différents types d’oscillations électriques transmises par le nerf optique correspondent aux éléments présents dans la vision, et ces oscillations activent seulement quelques cartes particulières dans le nouveau cerveau. Certaines cartes sont sensibles au signal correspondant à une orientation particulière des objets ou encore à une couleur.

        Tout signal provenant des sens active donc à la fois quelques cartes spécifiques dans le nouveau cerveau, et stimule parallèlement des instincts dans l’ancien cerveau. Le cerveau primitif est incapable de comprendre ce que le nouveau cerveau perçoit, mais il peut tester si l’extension d’un de ses instincts à certaines de ces cartes favorise ou non son ordre interne. Le fait même que certaines cartes s’éveillent dans le même contexte qu’un de ses instincts suggère qu’elles pourraient être des capacités de reconnaissance supplémentaire dans cet environnement. Toutefois, comme ces cartes sont apparues par hasard, rien ne garantit qu’elles soient utiles, ni que leur utilisation ne soit pas carrément néfaste. Le cerveau primitif est là pour mettre de l’ordre.

        Le cerveau primitif connecte temporairement un de ses instincts aux cartes du nouveau cerveau qui se sont éveillées en même temps que lui, puis en fonction avec le temps, décidera de renforcer ou d’abandonner cette connexion. Pour mieux comprendre, prenons l’exemple d’une carte sensible à une odeur ou une forme. Si une proie de notre animal possède cette odeur particulière ou qu’elle vit près d’une plante facilement identifiable par sa forme, certaines cartes neuronales se sont régulièrement activées par le passé lorsque notre animal a consommé cette nourriture. Le cerveau primitif a alors relié ces cartes à ses instincts innés qui lui permettent ordinairement de reconnaître la nourriture. Ultérieurement, lorsque notre animal passera de nouveau à proximité de cette odeur et/ou de cette plante, ces cartes activeront la valeur nourriture dans le cerveau primitif et orienteront les réflexes pour stimuler la prédation. Si après coup, l’animal obtient effectivement de la nourriture, et que s’en suit une satiété, le cerveau primitif verra son ordre interne conforté. Il enverra alors un signal de survie à ces cartes et renforcera sa connexion avec elles. Dans le cas contraire, si la connexion n’est pas validée, elle sera progressivement éliminée.

        Le cerveau primitif est chargé de juger les trouvailles du nouveau cerveau. Avec le temps, les cycles de sélection continuels qu’il opère sur ses connexions conduit au renforcement des structures qu’il valide et à la disparition de toutes les autres. En consolidant préférentiellement ses connexions avec les cartes qui s’accordent avec ses valeurs, le cerveau primitif étend ses aptitudes de reconnaissance selon le vécu de l’animal. Désormais, certaines couleurs, certaines formes, certains sons de l'environnement sont associés à des instincts comme la nourriture, le danger, la chaleur. Une mémoire inconsciente du vécu se forge. Les échanges corrélés de ces cartes interconnectées donnent ensuite naissance à des capacités de reconnaissance supérieures. En associant les circuits neuronaux sensibles à certaines formes et à certaines couleurs, apparaît le moyen de reconnaître des objets particuliers. Par la sélection de ses propres cartes neuronales, l’animal apprend à reconnaître des objets inconnus et découvre des solutions inédites. A force d’essayer, il ajuste rétroactivement sa perception et parfait ses réactions. Grâce à ce système, le nouveau cerveau est à même de trouver des réponses à des problèmes pour lesquels il n’a pas été initialement programmé: ce cerveau est intelligent. De même que la nature puise son ingéniosité dans la sélection des réplicateurs, le cerveau forge son intelligence par sélection de ses cartes neuronales. Le réplicateur laisse le hasard des connexions entre neurones travailler pour lui et se contente de bâtir un système qui prélève ce qui s’accorde avec ses valeurs. Il s’économise ainsi un gigantesque travail de programmation et offre à son enveloppe le bonus de s’adapter à son environnement. En effet, bien que ce soit les directives internes au cerveau primitif qui décident de conserver ou non les nouvelles cartes, c’est l’environnement qui fournit l’information pour tester et valider ou non ces réseaux. Grâce à leur second cerveau, les vertébrés acquièrent la capacité d’identifier des éléments inconnus et d’inventer des réactions intelligentes.

 

        Ainsi va la vie. L’extraordinaire intelligence du grand horloger se manifeste réellement partout, elle retentit jusque dans le comportement animal, sans jamais n’avoir été autre chose que la logique universelle exprimée par l’instinct de survie du réplicateur. L’évolution par sélection naturelle est probablement l’exemple le plus flagrant de la spontanéité des lois de la nature. A travers la volonté de survie des êtres vivants, la nature ne fait qu’accomplir la logique implacable de l’univers. Devant la stupéfaction et l’incompréhension des êtres humains, portée par ses principes spontanés, la nature poursuit inlassablement sa création avec panache et intelligence.

 

L’Esprit

        Conscience Primaire. Tout au long de la vie de l’animal, le cerveau s’adapte à son environnement. Malgré cette présence manifeste d’intelligence, l’animal n’a pas conscience de tout ce qui se produit en lui. Son cerveau fonctionne en aveugle. Il ne réagit que selon des instructions innées ou sélectionnées. Comme un automate, il traite les informations sans les comprendre.

        Tardivement dans l’évolution, le cerveau des vertébrés supérieurs acquiert l’aptitude de stocker les éléments vécus sous forme de souvenirs qui pourront ensuite venir compléter les instincts du cerveau primitif en fonction de l’expérience vécue. Le cerveau copie, trie, classe et hiérarchise l’information contenue dans les cartes activées par la perception, et établit de nouvelles cartes formant une mémoire du vécu. Contrairement à la perception rudimentaire des ordinateurs numériques qui ne voient que des 0 et des 1 puis se rattrapent aveuglément par la force brute du calcul, les super-cartes mémorielles sont des arrangements qui par analogie structurale confèrent la capacité de reconnaître directement le sens supérieur de choses complexes sans calcul. Les super-cartes de la mémoire sont forgées par un long processus de sélection interne qui transforme des territoires cérébraux vierges en multiples réseaux de neurones stockant les souvenirs. Le lent travail de mémorisation dessine des cartes sensibles à des notions de plus en plus complexes. Avec la sophistication de ces cartes, une véritable mémoire conceptuelle voit le jour. A la différence des programmes des automates, dont la signification est contenue et cachée dans l’agencement de leurs circuits, avec les super-cartes, l’animal acquiert une sensibilité au sens des choses. Ses valeurs et ses instincts ne sont plus seulement présents dans son corps, du fait de circuits automatiques qui les définissent, mais l’idée même de ses instincts est désormais également représentée par un second niveau, dans les cartes mémorielles. Chaque chose vécue, et chaque notion innée (peur, faim, froid…) est désormais reproduite dans la mémoire par une carte reconnaissant ces notions pour ce qu’elles sont. Le cerveau n’est plus seulement un programme qui obéit aveuglément à des instructions intégrées. Il est désormais capable d’identifier ses propres notions.

        Imaginez-vous être cet animal. Que voyez-vous ? Quelque chose ? Un tel animal n’est effectivement plus complètement aveugle. Dans le noir absolu qui régnait dans son cerveau, sa mémoire conceptuelle fait naître une petite lumière qui éclaire désormais par intermittence le sens des choses. Des flashs lui apparaissent. Ils montrent des images partielles avec une signification et une valeur émotionnelle. Grâce à leur mémoire conceptuelle, les mammifères ressentent intérieurement leurs valeurs innées et acquises sous forme d’émotions qui guident leurs instincts. Ils se souviennent d’éléments déjà rencontrés, et leur associent une valeur affective.

        Rapidement ces animaux arrivent à interconnecter en temps réel les cartes activées par leur perception avec leur mémoire conceptuelle. A chaque instant, leur cerveau identifie les éléments perçus dans l’environnement et peut presque immédiatement les rattacher à un concept. Grâce à la corrélation dynamique établie entre les cartes de la perception et celles de la mémoire conceptuelle, les éléments identifiés par la vision, l'ouïe et les autres sens s’assemblent en une scène cohérente et significative. En se remémorant presque immédiatement le présent, l’animal voit une scène, qui n’est en fait qu’un ensemble de corrélations dans son cerveau. En rattachant les éléments de sa perception aux concepts dans sa mémoire, l’animal prend conscience du présent qui défile devant lui.
        Plus tard, lorsqu’il ira se reposer, et que ses sens seront mis en veille, le processus de la conscience pourra parfois fonctionner en sens inverse. Pendant le sommeil, ce ne sont plus les cartes perceptives qui stimulent la mémoire, mais c’est la mémoire qui rétroactive les cartes de la perception. L’animal se met à percevoir les images, les sons, et les odeurs imaginaires qui ornent ses rêves.

        Le cerveau animal est passivement conscient du monde externe. Il vit telle une feuille dans le vent, au gré des rencontres, et comme la feuille, il n’est pas source de ce qu’il vit. La signification de ce qu’une conscience animale ressent provient de l’extérieur. Elle ne fait que subir des affects subjectivement sans porter en elle de véritables raisons intimes. Bien que doté d’une sensibilité évoluée, il est dépourvu de volonté propre, et demeure est un pantin conscient. Les forces qui le conduisent restent extérieures à lui-même. La signification de ce qu’il vit ne lui appartient pas. Les inclinaisons de sa conscience restent causées par le monde extérieur. Sans âme, il demeure libre au gré du vent, sans véritable conscience d’exister.

 

        Conscience Secondaire. Il y a trois millions d’années, un groupe de primates développent de nouvelles capacités de manipulation des concepts mémorisés. Ces pré-humains sont capables d’établir des concepts de concepts et d’associer leurs idées en un nombre important de combinaisons. Vu de l’extérieur, le langage animal, qui ne produisait auparavant qu’un seul mot à la fois, est désormais capable de composer des phrases significatives. L’explosion conceptuelle qui en découle confère à ces pré-humains une capacité d’analyse sans précédents. Ces nouvelles fonctions décuplent la compréhension qu’ils peuvent se faire du monde.

        A chaque instant, des événements extérieurs éveillent des souvenirs qui se combinent ensuite pour former des multi-concepts. La réflexion prend alors une toute autre ampleur. Devant une situation, au lieu de simplement réagir selon un instinct plus ou moins modulé par sa mémoire puis d’oublier, ce nouvel animal utilise ses souvenirs pour penser. Les concepts éveillés par les sens s’associent et en éveillent d’autres qui, à leur tour, s'engouffrent dans cette cascade qui revient sur elle-même et s’enrichit à chaque nouveau cycle. La mémoire détrône la perception de son exclusivité à pouvoir déclencher des analyses. Désormais, des pensées s’initient continuellement à partir des souvenirs et ne sont plus seulement une réponse brève à un stimulus sensoriel.

        Cette instance de délibération intérieure libère de l’instant présent. En associant ses souvenirs avec des concepts temporels, la pensée anticipe et imagine. Elle découvre tant de choses qui n’éveillaient pas l’attention des instincts génétiquement programmés. La conscience élargit son champ de connaissance. Les instincts n’ont plus un contrôle total. La curiosité l’emporte sur les peurs primaires et ce pré-humain s’approche du feu. Détaché d’anciennes contraintes, son champ d’intérêt s’étend. Tous les éléments qui composent son monde sont examinés un à un, et ce qui devait arriver se produit enfin. Par recoupements, l’animal finit par se trouver lui-même. Lorsqu’il prend conscience de soi, il ressent sa propre existence pour la toute première fois: une personne est née.

 

        La personne nouveau-née est traversée par le sentiment d’être elle-même, d’être quelqu’un, d’exister. Elle pose sa première affirmation: je suis. Son propre souvenir provoque un sentiment intérieur. Elle investit son soi mémorisé. Cette boucle est son sanctuaire. Dans cette bulle, elle est seule avec elle-même. Seule, devant le fait qu’elle est elle. Un sentiment de soi vient d’apparaître. Il génère une subjectivité, une originalité et une imprévisibilité En s'associant à la pensée multi-conceptuelle, il ferra vivre un esprit.

 

        L’individu était une notion intégrée depuis bien longtemps par les concepts relationnels ; cependant, avant la conscience d’être conscient, le concept de soi était resté à l’état rudimentaire. Il n’avait pas fait l’objet d’un souvenir approfondi. Il n’y avait pas à proprement parler d’image étendue du soi. A partir du moment où le sentiment de soi apparaît, il provoque un choc si profond que l’individu en porte depuis constamment le souvenir. Les impressions résultant du sentiment même de soi deviennent le socle de son unicité. Bien que des introspections ultérieures se produiront au cours de sa vie, elles n’auront que peu d’effets sur l’image déjà établie. L’essentiel se joue lors de la formation de ce sentiment. Le contrecoup mémoriel de cette révolution décide de notre nature. Enfoui au fond de ses souvenirs, chacun porte le secret de lui-même. Tant que l'agencement matériel qui a produit cette structure restera intact, l’essence d’un être unique perdurera.

        Le sentiment de soi est propre à chaque individu. Il émerge comme le produit de l'organisation supérieure de la conscience, soutenu par des milliards de neurones qui se sont agencés pour former cette structure unique. Le sentiment de soi est formé par un ensemble de cartes neuronales qui ne sont pas isolées du reste du cerveau, mais qui interagissent avec les autres cartes, et affectent les éléments présents dans la conscience. Grâce à l’intelligibilité produite par les facultés rationnelles, une Causalité entre propriétés des cartes neuronales opère, et permet à certaines d’influencer significativement les autres. Comme une recomposition entre figures géométriques fait découler de nouvelles propriétés, dans l’âme matérielle, les divers modes d’association du sentiment de soi avec les autres cartes présentes dans le cerveau génèrent divers états de conscience. Le sentiment de soi transforme progressivement le présent animal en une conscience de l’instant présent, vécu comme une appropriation du réel. Désormais, pendant la conscience du présent, ce ressenti intérieur va se mêler en permanence aux émotions, choix et sentiments actuellement en formation. Les cartes du sentiment de soi s’associent aux cartes adjacentes, et pèsent sur les émotions en formation. Si le sentiment de soi est assez fort il peut même s’en approprier certaines et les transformer en raisons intimes. Le fond de la conscience capte les données primaires fournies par les sens et les fait mûrir, jusqu’à parfois devenir la cause principale du résultat obtenu. Ainsi, à chaque instant, les particularités du sentiment de soi s’unissent plus ou moins intensément aux choix, actes et émotions du corps. Le sentiment de soi devient alors la source de désirs qui dessinent une véritable Causalité interne à l’individu. Il fait apparaître une Raison intime qui s’appartient totalement. De son ressenti intérieur, l’esprit de l’enfant engendre une volonté, des idéaux et des rêves...

        Malgré l’apparente continuité de l’émergence de désirs conscients avec l’évolution de la nature, quelque chose de complètement révolutionnaire vient de se produire dans l’histoire logique de l’univers. Quelque chose est née avec l’esprit… quelque chose qui n’est pas seulement une énième cause noyée dans l’enchaînement infini des causes. Si l’esprit appartient tout entier à la Causalité universelle, et que l’on puisse remonter la succession des causes matérielles de chacun des plus petits constituants ayant contribués à sa formation, la signification globale est irréductible et émerge localement avec la forme prise par le sentiment de soi, créant ainsi le cœur d’une véritable Causalité psychologique. L’esprit est l’origine définitive du sens de ses désirs intimes. Il forme une Causalité d’ordre supérieur à l’intérieur de la Causalité universelle. Il est un microcosme. Avec l’esprit, une Raison miniature apparaît à l’intérieur de la Raison universelle. Tel le principe de Raison, d’où a jadis découlé l’océan infini des possibilités, la Raison humaine, animée par le sentiment de soi, produit un microcosme d’où jaillissent d’innombrables désirs intimes.

       

        Liberté et Aliénation. Si les modalités émanant du sentiment de soi peuvent influencer et parfois même dominer leur environnement, l’inverse est aussi possible et c’est même le plus souvent le cas. L’esprit nouveau-né débarque tout droit du monde animal. Il émerge initialement dans un flot d’émotions qui ne lui appartiennent pas. Il arrive nu dans un corps dirigé par un réplicateur. Il faudra des années de maturation pour que le sentiment de soi se renforce, organise ses émotions intimes, et structure suffisamment ses désirs pour prendre réellement possession du corps, s’il y parvient un jour... Tout au long de la vie, des déterministes venant du monde extérieur contraignent le soi, et limitent son influence. L’esprit continue alors toujours de fonctionner, mais sous l’action d’une psychologie frustrée, productrice de ressentiment, de refoulement, et de mensonges compensatoires.

        La liberté relative dont jouit l’esprit dépend d’un rapport de force dynamique. L’esprit est libre lorsqu’il agit en vertu des déterminations qui proviennent de l’ensemble des atomes qui définissent son essence unique dans son cerveau, contre toutes les forces qui s’y opposent dans le reste de sa psychologie, de son corps, ainsi que dans l'ordre du monde. La liberté effective d’une personne humaine correspond à sa capacité individuelle à faire triompher ses causes intérieures contre l’ordre des causes extérieures. L’âme matérielle permet, en théorie, l’exercice d’une telle liberté car elle ne fonctionne pas selon un déterminisme linéaire. Sous l’influence du sentiment de soi, elle initie des délibérations intérieures qui peuvent suspendre les jugements en cours, et lui permettent d’attendre que le flot des connections aléatoires entre neurones tombe par hasard sur une solution qui s’accorde avec elle. Les idées, actes et sentiments que nous exprimons ne sont pas toujours des constructions mentales évoluées issues d’influences du monde extérieur, mais peuvent majoritairement provenir de notre être intérieur. C’est ainsi qu’est apparu une Causalité libre, d’ordre supérieur, irréductible à l’individu, et vivant grâce à sa conscience d’être conscient. Animé par son sentiment de soi, l’esprit résiste aux contraintes extérieures et fait vivre sa nécessité intérieure. En son cœur, à force d’efforts, la personne forge les sentiments, les idéaux et initie les actes qui découlent de sa Raison intime. De là, viendra sa capacité d’exister par elle-même et de résister aux forces extérieures. Ses instincts et les conventions sociales essaieront de la contrôler, mais elle trouvera, dans le sentiment d’être elle-même, les ressources pour faire émerger sa propre volonté.

 

 

La Condition Humaine

 

        Au cours de son évolution, la nature fait apparaître de nouvelles valeurs dans les choses finies. Ces valeurs n’ont pas de sens dans la logique originelle. Elles n’existent que pour elles-mêmes, indépendamment du niveau fondamental qui les a engendrées. Ainsi, les lois physiques ont produit la volonté de survie des êtres vivants, qui a ensuite aveuglement créé la Raison intime de l’esprit libéré. Les lois physico-mathématiques n’ont aucune raison d’être en accord avec les nouvelles valeurs apparues dans ces niveaux supérieurs. La météorite qui vient du fond de l’espace pour s’abattre sur notre planète, et y détruire la vie, obéit aussi bien au principe de Raison que le faisaient les êtres conscients qui peuplaient sa surface. Ainsi, là où l’origine du mal demeure un mystère insoluble pour un théologien, elle s’explique naturellement dans le cadre de la présente métaphysique matérialiste. Le principe du Réel est inconscient et aveugle. Il ne perçoit pas les valeurs singulières apparues dans les choses finies. Il est donc naturel que certaines lois de la nature nous ignorent. Ce fait a des conséquences profondes. Dieu ne reconnaissant pas la valeur de la vie humaine, ce sont des parties entières de ce monde qui se trouvent aujourd’hui en désaccord avec le sens et la valeur de notre existence. La libération dont joui l’esprit a clairement un prix. L’homme ne peut pas compter sur l’ordre naturel. Jadis, la transformation qu’a constituée l’apparition d’individus conscients d’eux-mêmes aurait dû bouleverser l’ordre des lois de la nature. En effet, les principes de la vie n’attribuent que très peu de valeur à l’individu. Seule la survie du réplicateur à travers sa population a de l’importance. Avec l’émergence d’esprits, les lois de la vie sont devenues complètement obsolètes. Chaque esprit est unique. Il contient en lui son identité qui le rend irremplaçable. Il vit son expérience et conduit sa propre destinée. Mais, comme les lois de la nature ne le reconnaissent pas, elles sont incapables de respecter son sens. Elles ne tiennent pas compte de notre unicité et demeurent aveugle au réel prix de notre existence. Voilà comment nos désirs et la condition offerte par ce monde ont pu devenir incompatibles. Si l’essence de chaque esprit avait été reconnue par Dieu, alors l’homme ne serait jamais libre. Prisonnier, où qu’il aille, son existence serait parfaite. Son sort resterait toujours juste. Mais l’homme porte en lui une essence libérée de l’ordre du cosmos.

        Les rêves et désirs de l’homme libéré sont la manifestation d’une Raison-fille, apparue à l’intérieur de cette Raison universelle qu’est l’univers matériel. L’esprit conscient de lui-même est une divinité enfermée dans le cosmos, condamnée à vivre une existence limitée, comme une simple chose. Voilà le cœur de l'enfant qui prend conscience du monde pour la première fois. Voilà le secret, que nous avons presque tous oublié pour nous protéger de la triste vérité. Bien qu’en nous-mêmes le microcosme formule des désirs intimes, libérés de l’ordre qui l’entoure, il voit la réalisation effective de ses désirs restreinte et broyée par l’ordre aveugle du macrocosme.

        L’âme de l’homme est malade de sa condition. Ce trouble est à l’origine des religions qui résolvent la tension en inventant des fables mensongères (monothéisme), ou en nous poussant à éteindre notre singularité (bouddhisme). Deux trahisons que certains êtres ne sont toutefois pas prêt à accepter. Pour eux, reste alors, loin, très loin... l’idéal philosophique, ce rêve de pouvoir surmonter sa condition avec ses seules forces morales et intellectuelles, et de parvenir à faire son salut de son vivant, sans jamais avoir renoncé à son Désir intime, ni à la vérité de l’univers matériel.



 

 

 

► Deuxième Partie: Philosophie

 

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