Freud et la fausse Causalité "théologique"



    La psychanalyse affirme l'existence d'un déterminisme inconscient et absolu de la vie psychique, qui exclut toute forme de hasard et de non-sens. Freud présuppose que tout élément apparaissant dans la conscience à une signification. Voilà un extrait d'un de ses ouvrages où il prétend avoir trouvé le sens des nombre apparaissant dans un rêve:

III. Une jeune femme, mariée depuis plusieurs années, apprend qu'une de ses connaissances qui est à peu près de son âge, Mlle Elise L., vient de se fiancer. La nuit suivante, elle fait le rêve suivant:
Elle se trouve au théâtre avec son mari. A l’orchestre, bon nombre de places sont encore inoccupées. Le mari raconte qu'Elise L. et son fiancé avaient l'intention de venir, mais qu’il ne restait que des places à 1 florin 50 kreuzer les trois et qu'ils les ont jugées inacceptables. Elle répond que le malheur n'est pas grand.
Ce qui nous intéresse ici c’est de savoir comment les chiffres tirent leur origine des idées latentes du rêve, et quelle transformation ils ont subie. D'où vient la somme 1 florin 50 kreuzer ? Elle vient d’une circonstance insignifiante de la veille : la belle-soeur de cette dame avait reçu de son mari un cadeau de 150 florins et s'était dépêchée de les dépenser pour s'acheter un bijou. Remarquons que 150 florins représentent cent fois plus que 1 florin 50 kreuzer. Pour le chiffre 3 qui accompagne le prix des billets de théâtre, nous ne trouvons qu'une seule association : la fiancée, Elise L., est de 3 mois plus jeune que son amie. La situation du rêve reproduit une petite aventure qui a été plus d'une fois motif à taquineries entre les époux : la jeune femme s'était dépêchée de prendre à l'avance des billets de théâtre et avait fait son entrée dans la salle de spectacle quand tout un côté de l'orchestre était encore inoccupé. Il aurait donc été inutile de tant se dépêcher. Remarquons enfin que ce rêve renferme une absurdité : le fait de deux personnes prenant 3 cartes d'entrée pour le théâtre ! Les idées latentes du rêve sont évidemment celles-ci : « Ai-je été sotte de me marier si jeune ! Quel besoin ai-je eu de tant me dépêcher ? Je vois bien par l'exemple d'Elise que j'aurais toujours fini par trouver un mari, je n'avais qu'à attendre, j'en aurais trouvé un cent fois meilleur (mari, ou bijou). Pour cet argent (la dot) j'aurais pu m'en acheter trois ! »
Extrait de "Sur le rêve", VII

    Si vous n'avez rien compris à cette pseudo-explication très tirée par le cheveux, c'est normal, ça n'a aucun sens. Voilà l'exemple typique d'aberations que l'on produit à vouloir donner à tout prix un sens à des choses qui n'en ont pas.



    « Marx et Freud, partagent l'erreur de vouloir systématiquement expliquer l'ordre l'humain en transportant la signification humaine dans des structures en amont. Cette méthode qui a l'apparence de la scientificité, car elle repose sur l'idée que tout à une cause, réplique en fait l'erreur originelle des théologiens qui cherchaient à expliquer le lieu où s'est abattu la foudre en invoquant les fautes morales commises par les hommes dans cet endroit. Tout a une cause, certes, mais tout n'a pas une cause significative. Etant donné que dans le cosmos matériel, il y a une échelle dans l'organisation des différentes types de choses (matière, vie, conscience), il faut bien aussi reconnaître une limite au sens véhiculable par la Causalité. »

    « Lorsque je peins un tableau et traduit des sentiments, l'image que je peins exprime une partie de mon être, et contient une information partiellement intelligible, qui influencera probablement les émotions d'autres esprits qui viendront regarder mon tableau; mais dans un futur lointain lorsque ce tableau sera tombé en poussière, aucun effet intelligible de mon tableau n'aura encore d'effet sur le monde; même si l'impulsion des coups de pinceau que j'avais jadis donné, aura placé nombres d'atomes dans des positions qui auront encore des répercutions sur l'ordre du monde. Dans cet exemple, on voit clairement que si il y a a priori des conséquence potentiellement infinies de mes actes sur la configuration future de la matière, il y a en revanche une limite au sens que je peux transmettre. Ce qui est vrai pour le futur de l'influence de mon être doit également être vrai pour son passé. De la même façon que la signification de mes actions finit par se diluer, même si il y aura toujours des effets causals non significatifs, l'esprit apparaît à partir de causes non-significatives, avant que l'intelligibilité n'émerge en lui. L'intelligibilité n'est pas initialement présente dans le corps depuis le stade embryonnaire, mais elle émerge lentement, parallèlement au raffinement continuel de l'appareil conceptuel et de l'apprentissage de sa langue maternelle. Lors de cette genèse, un passage entre le monde physico-biologique et l'ordre humain a eu lieu, et cette transition a produit une irréductibilité du sens à l'échelle humaine. C'est donc abuser de la recherche des causes que de vouloir toujours trouver une explication significative aux caractères humains. Vouloir systématiquement rendre compte de l'essence des choses par une raison du même ordre, c'est là l'erreur fondamentale des théologiens et de tous ceux qui partagent cette façon abusive d'extrapoler la Causalité. »

    « Durant des millénaires, des générations de théologiens ont recherché une raison au nombre de planètes dans le système solaire, alors qu'il n'y a pas de raison. Démocrite voyait que l'univers est soumis au hasard (de sens) et à la nécessité (mécaniste). Tout a une cause physique, mais il n'y a pas de raison supérieure au nombre de planètes dans le système solaire. Il pourrait très bien y en avoir plus ou moins. »

Extraits de l'Amour de la Raison Universelle

Page principale