Parallèles entre l’Ethique de Démocrite et celle d’Epicure


 

Démocrite d'Abère                                                                 Epicure

 

  


 Sur cette page, je fais voir que l’on peut mettre en parallèle de nombreuses maximes morales attribuées à Démocrite avec des textes d’Epicure et Lucrèce (en bleu), ce qui a pour conséquence de suggérer que Démocrite a été une source majeur de la morale d’Epicure, et pas seulement de sa physique. Cette thèse a été défendue par James Warren: "Epicurus and Democritean Ethics: An Archaeology of Ataraxia". Jean Salem nous dit que ce fut là « la thèse explicite de Ueberweg, Döring, et C. Bailey ». 

La question de l’authenticité de la morale de Démocrite: Tous les livres de Démocrite ont disparu. Nous possédons seulement les commentaires que les autres philosophes de l’antiquité ont porté sur lui, et deux recueils de maximes qui se recoupent partiellement. Certains érudits restent très prudents quand à l’authenticité des recueils de maximes attribuées à Démocrite. Dans son étude, "The Ethical Fragments of Democritus: The Problem of the Authenticity" F.K. Voros, répond aux principaux arguments avancés contre l’authenticité de la morale de Démocrite. Pour Charles H. Khan "pas tous, mais la plupart de ceux qui ont étudié ces fragments de façon approfondie ont le sentiment qu’ils sont authentiques" (Democritus and the Origins of Moral PsychologyThe American Journal of Philology, vol 106, n°1, 1985 ). En plus de la proximité avec Epicure, je montre également ici que l’on peut mettre en parallèle certains fragments attribués à Démocrite avec d’autres témoignages sur lui (en marron), ce qui ensemble conforte l’idée que les textes de morale démocritéen dont nous disposons sont, au moins en partie, authentiques.


 

 

L’heureuse disposition de l’âme: l'ataraxie

 

Démocrite: « L’heureuse disposition de l’âme naît de la modération du plaisir et de la mesure de la vie » DK B-CXCI « Démocrite appelle le bonheur tranquillités, bien-être et harmonie, ainsi que congruence et ataraxie ». DK A-CLXVII

Selon Diogène Laerce, pour Démocrite « Le souverain bien est le bonheur ou « euthymie », très différent du plaisir, contrairement à ce qu’ont cru ceux qui l’ont mal compris, attitude dans laquelle l’âme est en repos et calme, et ne se laisse troubler par aucune crainte, superstition, ou affection. Il l’appelle de divers noms, entre autres de celui de « bonne humeur »

Pour Cicéron, « le souverain bien, il [Démocrite] l'appelle tranquillité et souvent fermeté d’âme, c'est-à-dire un état d’esprit affranchi de la crainte » DK B-CLXIX

Epicure: « L’ataraxie, l’absence de douleur sont des plaisirs en repos » DL.

 


La béatitude naît de la connaissance rationnelle de la nature

 

Démocrite: « [Démocrite]  faisait résider le bonheur dans la connaissance des choses » DK B-CLXIX (hors recueil de maximes)

Epicure: « Je recommande l’étude constante de la Nature, grâce à laquelle je jouis dans ma vie d’une sérénité parfaite » (lettre à Hérodote) « Dans les autres occupations, la jouissance vient une fois qu’elles ont été menées à bien, mais, en philosophie, le plaisir va du même pas que la connaissance: car ce n’est pas après avoir appris que l’on éprouvons la joie, mais pendant la recherche même. »  MV 27 (voir aussi Us 219).

  

Le bien immortel

 

Démocrite: « Le mieux pour l’homme est de passer sa vie de la façon la plus heureuse possible. Il faut pour y parvenir ne pas faire résider les plaisirs dans les choses mortelles » DK B-CLXXXIX

Epicure: « II n’a plus rien de commun avec les mortels, l’homme qui vit au milieu de biens immortels. » lettre à Ménécée « L'homme est un malade qui ne sait pas la cause de son mal. S'il la pouvait trouver, il s'appliquerait avant tout, laissant là tout le reste, à étudier la nature ; car c'est d'éternité qu'il est question, non pas d'une seule heure ; il s'agit de connaître ce qui attend les mortels dans cette durée sans fin qui s'étend au delà de la mort. » Lucrèce

 
 

 

Les sceptiques ne peuvent pas prouver qu’ils ont raison d’être sceptiques

 

« Démocrite a fait tenir aux sens les propos suivants qui s’adressent à l’entendement « Misérable raison c’est de nous que tu tires les éléments de ta croyance, et tu prétend nous réfuter ! Tu te terrasses toi-même en prétendant nous réfuter »  DK B-CXXV (Galien, de la médecine empirique, fgm H schône, 1259,8 ; p 530) (hors recueil de maximes)

Epicure: « si tu combats toutes les sensations tu n’auras plus ce à quoi tu te réfères pour juger celles d’entre elles que tu prétends erronées » MC XXIII (voir aussi la XXIV)
 

Note: Démocrite doute des sensations et conclut que seule la Raison pure mène à la vérité. Epicure affirme que la sensation est toujours vraie, mais que c’est l’esprit qui l’interprète mal, mais ils sont tous les deux d’accord pour refuser le scepticisme de Pyrrhon.

  


La nature est neutre

 

Démocrite: « Les mêmes choses qui nous procurent des biens peuvent également nous causer des maux, tout en nous offrant le moyen de les éviter. Par exemple, l'eau profonde nous est fort utile, mais elle peut aussi nous être nuisible, car nous risquons de nous y asphyxier. Pour parer à ce danger on a trouvé un moyen : apprendre à nager » B-CLXXII

Lucrèce:  « Et quand bien même j'ignorerais la nature des atomes, j'oserais encore, après l'examen des phénomènes célestes et bien d'autres d'ailleurs, affirmer que la nature n'a pas été faite pour nous et qu'elle n'est pas l'œuvre des dieux : tant l'ouvrage laisse à désirer ! »

 

 

L’inexistence des enfers

 

Démocrite: “Bien qu’ils ignorent la décomposition de notre nature mortelle, certains hommes, conscients des mauvaises actions dont leur vie est remplie, passent misérablement en troubles et en frayeur le temps qui leur reste à vivre, inventant des fables mensongères sur le temps qui fait suite à la mort ” DK B-CCXCVII

Epicure: « La mort n’a aucun rapport avec nous ;  car ce qui est dissous est insensible, et ce qui est insensible n’a aucun rapport avec nous » MC II. « Cerbère et les Furies et l'Enfer privé de lumière, le Tartare dont les gouffres vomissent des flammes terrifiantes, tout cela n'existe nulle part et ne peut exister. » Lucrèce livre III « pareils aux enfants qui tremblent et s'effraient de tout dans les ténèbres aveugles, c'est en pleine lumière que nous-mêmes, parfois, nous craignons des périls aussi peu redoutables que ceux dont s'épouvantent les enfants dans les ténèbres et qu'ils imaginent tout près d'eux. Ces terreurs, ces ténèbres de l'esprit, il faut donc pour les dissiper, non les rayons du soleil ni les traits lumineux du jour, mais l'étude rationnelle de la nature »  Lucrèce III

 

 

La nature des Dieux

 

« [Démocrite] pense que l’univers renferme des images dotées d’un caractère divin » DK A-LXXIV (hors recueil de maximes)

« Épicure: [certains dieux] n’ont qu’une existence abstraite » DL

 

Ne demande pas aux dieux de t’aider

 

Démocrite: “Les hommes, dans leurs prières, demandent aux Dieux la santé ; ils ignorent qu'ils ont en eux-mêmes la possibilité de se la procurer » B-CCXXXIV

Epicure: « Il est sot de demander aux dieux ce que l’on peut se procurer par soi-même. » MV 65

 

 

Les insensés se jettent à la mort

 

Démocrite: « Les insensés qui prétendent détester la vie n’en veulent pas moins vivre par la crainte de l’Hadès. » B-CXCIX «  En fuyant la mort les hommes se lancent à sa poursuite » B-CCIII

Lucrèce: « Souvent même la peur de la mort inspire aux humains un tel dégoût de la vie et de la lumière qu'ils vont dans leur désespoir jusqu'à s'assurer de leurs mains le trépas, sans se souvenir que la source de leur souffrance était cette peur elle-même » Lucrèce III (voir aussi Us 496, lucil 24)

 

 

 

Les insensés passent à côté des plaisirs de la vie

 

Démocrite: « Les insensés désirent vivre une longue vie sans savoir se réjouir de cette longue vie. » DK B-CCI « Les insensés vivent sans jouir de ce qu’offre la vie » DK B-CC « De toute leur vie, les insensés ne connaissent nul plaisir » DK B-CCIV

Lucrèce: «Pourquoi la mort te fait-elle gémir et pleurer ? Si la vie jusqu'à ce jour t'a été douce, si tous tes plaisirs n'ont pas été s'entassant dans un vase sans fond et si donc ils ne se sont pas écoulés et perdus, que ne te retires-tu de la vie en convive rassasié ? Es-tu sot de ne pas prendre de bonne grâce un repos qui ne sera plus troublé ! Mais si toutes tes jouissances se sont consumées en pure perte et si la vie n'est plus pour toi que blessure, quelle idée de vouloir la prolonger d'un moment, lequel à son tour finirait tristement et tomberait tout entier inutile. Ne vaut-il pas mieux mettre un terme à ta vie et à ta souffrance ? ».

 

 

Les insensés sont des vivants déjà morts

 

Démocrite: « La vie vicieuse sans raison, sans tempérance, et sans piété, Démocrite disait d’elle non qu’elle est une vie vicieuse, mais une mort qui dure longtemps » DK B-CLX (hors recueil de maximes)

Lucrèce : « Tu as beau vivre et jouir de la vue, ta vie n'est qu'une mort, toi qui en gaspilles la plus grande part dans le sommeil et dors tout éveillé, toi que hantent les songes, toi qui subis le tourment de mille maux sans parvenir jamais à en démêler la cause, et qui flottes et titubes, dans l'ivresse des erreurs qui t'égarent. »

 

 

Le prolongement de la vie

 

Démocrite: « Les sots souhaitent vivre, car ils ne craignent que la mort, au lieu de craindre la vieillesse.” DK B-CCV « les insensés parce qu’ils craignent la mort veulent vivre vieux » DK BCCVI « la vieillesse est un délabrement général: elle possède tout mais manque de tout » DK B-CCXCVI

Lucrèce: « pourquoi donc vouloir plus longue vie ? Qu’en serait-il retranché du temps qui appartient à la mort ? Nous ne pourrions rien en distraire qui diminuât la durée de notre néant. Ainsi tu aurais beau vivre assez pour enterrer autant de générations qu'il te plairait : la mort toujours t'attendra, la mort éternelle, et le néant sera égal pour celui qui a fini de vivre aujourd'hui ou pour celui qui est mort il y a des mois et des années. »

 

Le suicide

 

Démocrite: « Démocrite, lorsque le poids de l'âge l'avertit que les ressorts de la mémoire faiblissaient en lui, alla de lui-même offrir sa tète à la mort »  (Lucrèce, III, ; confirmé par DL)

Epicure: « Cherche bien lequel est plus commode, que la mort vienne à nous, ou nous à elle. » lucil 26

 

 

Eloge du vieillard

 

Démocrite: « Le vieillard a été jeune mais le jeune homme on ne sait pas si il atteindra la vieillisse. Donc le bien accompli l’emporte sur le bien encore à venir qui nous est inconnu » DK B-CCXCV

Epicure: « Ce n’est pas le jeune qui est bienheureux, mais le vieux  qui a bien vécu: car le jeune, plein de vigueur, erre, l’esprit égaré par le sort ; tandis que le vieux, dans la vieillesse comme dans un port, a ancré des biens qu’il avait auparavant espérés dans l’incertitude, les ayant mis à l’abri par le moyen sûr de la gratitude. » MV 17 . (Voir aussi l’éloge de la vieillisse par Diogène d’Oenenda).

 

 

La philosophie comme médecine de l’âme

Démocrite: « la médecine guérit les maladies du corps, et la philosophie débarrasse l’âme des passions » DK B-XXXI (hors recueil de maximes)

Epicure: « la médecine ne serrait d’aucune utilité si elle ne guérissait pas les maladies du corps, de même pour la philosophie si elle ne guérissait pas les maux de l’âme » Us 221  « Il ne faut pas faire semblant de philosopher, mais philosopher pour de bon ; car nous n’avons pas besoin de paraître en bonne santé, mais de l’être vraiment » MV 54 

 

 


La  modération accroît le plaisir

Démocrite: «  la  modération accroît le plaisir, et rend la volupté encore plus grande » DK B-CCXI « les plaisirs les plus rares sont les plus délicieux » DK B-CCXXXII

Epicure: « L’habitude d’une vie simple […] permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l’occasion » lettre à Ménécée

 

 

Hédonisme

 

Démocrite: « Une vie sans fêtes est comme une longue route sans auberge » B-CCXXX

Epicure: « toi qui ne serras plus demain, tu diffère la joie, mais la vie périe par le délai, et chacun d’entre nous meurt à se priver de loisirs » MV 14 « Pour moi, je ne sais pas ce que je pourrai appeler bien, si j’ôte les plaisirs de la table, de l’amour, de la conversation, et des belles choses. » DL   

 

 

Contre les débauchés: la rectitude de la pensée

 

Démocrite: « Ce ne sont ni les corps, ni les richesse qui rendent les hommes heureux, mais la rectitude de la pensée et la largeur de vue » maxime n°6 «  Le bonheur est formé par la distinction et la séparation des plaisirs » DK A-CLXVII

Epicure: « ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l’on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d’aversion, et rejetant les opinions susceptibles d’apporter à l’âme le plus grand trouble. » lettre à Ménécée

 

 

Prend conscience du bonheur présent

 

Démocrite: « Il suffit de contempler la vie des malheureux et de considérer l’étendue de ce qu’ils endurent pour que ce que tu as et ce dont tu disposes t’apparaissent relevé et enviable et pour que tu n’ais plus à souffrir en ton âme à force de désirer toujours plus » DK B-CXCI

Note: Démocrite précise qu’« il convient puisque nous sommes hommes de ne pas rire des malheurs des hommes mais de les déplorer » maxime 74 « ceux qui trouvent plaisir aux malheurs de leurs voisins ne se rendent pas compte que les coups du sort son communs à tous et ne connaissent pas la chance qu’ils ont » DK B-CCXCIII.

Lucrèce: « Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents, d'assister du rivage à la détresse d'autrui ; non qu'on trouve si grand plaisir à regarder souffrir ; mais on se plaît à voir quels maux vous épargnent. » II,1.

 

 

Prend conscience de ce que tu possèdes

 

Démocrite: « Les insensés désirent ce qu’il n’ont pas mais négligent ce qu’ils ont sous la main et qui est plus profitable que ce qu’ils ont laissé partir» DK B-CCII « Sage est celui qui ne s'afflige pas de ce qui lui manque et se satisfait de ce qu'il possède» DK B-CCXXXI

Epicure: «  celui qui n’est pas tout à fait satisfait de ce qu’il possède serra malheureux fut il le maître du monde » Us 474, Lucil 9

 

 

Suffisance à soi

 

Démocrite: « Celui qui suffit à ses besoins en nourriture ne trouve jamais la nuit courte » DK B-CCIX

Epicure: « Voix de la chair: ne pas avoir faim, ne pas avoir soif, ne pas avoir froid, celui qui dispose de cela et à l’espoir d’en disposer à l’avenir, peut lutter pour le bonheur » MV 33 (voir aussi Us 68) « Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien […] Il ne s’ensuit pas qu’il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l’abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu » lettre à Ménécée

 

La nature se suffit à elle-même

 

Démocrite: « la fortune est prodigue de dons mais inconstante. Au contraire, la nature se suffit à elle–même » DK B-CLXXVI «  tout ce dont l’enveloppe charnelle a besoin est à portée de la main de tous, sans peine ni souffrance: mais ce qui exige peine et souffrance et rend la vie douloureuse est l’objet de convoitise, non de la chair, mais d’une conscience sans but » B-CCXXIII

Epicure: « grâce soit rendue à la bienheureuse nature qui a fait que les choses nécessaires sont faciles à se procurer tandis que les choses difficiles à obtenir ne sont pas nécessaires » Us 469 « La richesse de la nature est à la fois bornée et facile à atteindre ; mais celle des opinions vides se perd dans l’illimité » MC XV. « Parmi les désirs les uns sont naturels et non nécessaires, les autres ne sont ni naturels ni nécessaires, mais proviennent d’une opinion vide » MC XXIX
 

Epicure classe les désirs en 3 catégories:
1 - désirs nécessaire (et naturels): faim, soif, froid… (d’où l’agriculture, le tissage…)
2 - désirs naturels (non nécessaires): mets délicats, amitié, amour, étude de la nature…
3 - désirs non naturels : couronnes, statues, honneurs, célébrité…

 

 
 

Il faut savoir désirer avec mesure

Démocrite: « Le désir sans mesure est le propre de l’enfant non de l’homme » maxime n°35  « Il faut prend conscience que la vie humaine est fragile, éphémère et mêlée de nombreux soucis et ennuis, afin de borner ses désirs à une possession mesurée et pour que ce soient les choses nécessaires qui sont la mesure de nos tourments » DK B-CCLXXXV (voir aussi pseudo-hippocrate, lettre n°17)

Lucrèce: « Un jour, les vêtements faits de peaux de bêtes un jour n'eurent plus de valeur : et pourtant leur découverte avait excité tant d'envie qu'un guet-apens mortel avait attiré, j'en suis sûr le premier qui les porta ; et cette dépouille disputée entre les meurtriers, toute sanglante, fut déchirée, et aucun d'eux ne put en jouir. Alors, c'étaient donc les peaux de bêtes, aujourd'hui c'est l'or et la pourpre qui préoccupent les hommes et les fait se battre entre eux : ah ! C’est bien sur nous, je le pense, que retombe la faute. Car le froid torturait ces hommes nus, ces enfants de la terre, quand les peaux leur manquaient : mais pour nous, quelle souffrance est-ce donc de n'avoir pas un vêtement de pourpre et d'or rehaussé de riches broderies ? Une étoffe plébéienne ne suffit-elle pas à nous protéger ? Ainsi donc le genre humain se donne de la peine sans profit et toujours consume ses jours en vains soucis. Faut-il s'en étonner ? Il ne connaît pas la borne légitime du désir, il ne sait les limites où s'arrête le véritable plaisir. Voilà ce qui peu à peu a jeté la vie humaine en pleine mer orageuse et déchaîné les pires orages de la guerre » Lucrèce, V, 1410

 

 

Relativité de la pauvreté et de la richesse

 

Démocrite: « Pauvreté et richesse sont des noms par lesquels on désigne le besoin et la satiété. Donc celui qui ressent le besoin n’est pas riche et celui qui ne connaît pas le besoin n’est pas pauvre» DK B-CCLXXXIII « si ton désir est mince le peu te semblera beaucoup. Car la minceur de l’appétit rend la pauvreté égale à la richesse » DK B-CCLXXXIV

 

Epicure: « Quelqu’un ayant demandé à Epicure comment il fallait s’y prendre pour devenir riche celui-ci répondit «  ce n’est pas en augmentant les biens, mais en diminuant les besoins » » Us 135. « La pauvreté mesurée selon la fin de la nature est un grande richesse ; une richesse qui ne connaît pas de limite est une grande pauvreté » MV 25

 

Dignité dans la pauvreté

 

Démocrite: « supporter avec dignité la pauvreté est signe d’empire sur soi-même » B-CCXCI

Epicure: « La belle chose, que le contentement dans la pauvreté ! » lucil 2, Us 475

 

La richesse et la liberté 

 

Démocrite: « L’esclave de l’argent ne saurait être juste » maxime 16

Epicure: « Seul celui qui peut se passer de la richesse est digne d’en jouir » Lucil 14

 


La fortune et la Raison

 

Démocrite: « Les hommes se sont forgés de la fortune une image qui justifiât leur propre manque de sagacité. Car la fortune s’oppose à la réflexion et, à ce qu’ils ont prétendu, elle est la pire ennemie de la raison » DK B-CXIX

Epicure: « la fortune a peu d’emprise sur le sage, c’est sa raison qui règle les chose les plus grandes et les plus importantes durant toute la durée de a vie » MC XVI

 

 

Le contentement et la gêne

 

Démocrite: « le contentement et la gène définissent l’utile et le nuisible » DK B-CLXXXVIII

Clément d’Alexandrie attribue également cette maxime à Démocrite et nous dit qu’il la répétait souvent. DK B-IV.

Note: C’est peut-être là, la source de la théorie du plaisir comme guide, d’Epicure: « Il faut estimer le beau, les vertus et autres chose semblables s’ils nous procurent du plaisir, sinon non » Us 70.

 

 

Eloge du discours bref

 

Démocrite: « Il faut dire la vérité et ne pas trop parler »  DK B-XLIV « Celui qui se contredit et parle trop n’est pas naturellement disposé à apprendre ce qu’il faut faire » DK B-LXXXV


Epicure: « Il faut voir nettement que le discours abondant et le discours bref tendent vers le même but » SV 26.

 
 

Le Franc-parler

 

Démocrite: « Le franc-parler est le propre de la liberté mais le risque gît dans la reconnaissance du moment opportun » DK B-CCXXXVI

Epicure: «  Les éloges que nous adressent nos semblables doivent être spontanées » MV64 (voir le traité sur le franc-parler de Philodème)

 

La prudence

 

Démocrite: « Ne soi pas soupçonneux envers tout le monde, mais soit prudent et ferme » DK B-XCI

Epicure: « la prudence estimée comme la philosophie » lette à Ménécée (certainement inspiré aussi d’Aristote)

 


Amitié et utilité

 

Démocrite: « Tous nos parents ne sont pas nos amis, mais seulement ceux qui s’accordent avec nous sur ce qui est utile » DK B-CVII

Epicure: « Toute amitié est par elle-même une vertu ; pourtant elle a eu son commencement de l’utilité » MV 23

 


 

Importance majeure de l’amitié

 

Démocrite: « II ne vaut pas la peine de vivre, si l'on n'a pas un bon ami» maxime 65 « Nombreux sont ceux qui paraissent être nos amis et ne le sont pas, et nombreux sont ceux qui le sont sans le paraître » maxime 63 « L'amitié d'un seul homme censé vaut mieux que celle de tous les insensés ensemble » maxime 64

Epicure: « Parmi les choses dont la sagesse se munit en vue de la félicité, de beaucoup la plus importante est la possession de l’amitié » MC 27

 

Les petits services

 

Démocrite: « De petits services rendus à propos sont les plus grands pour ceux qui les reçoivent » DK B-XCIV

Epicure: « N’évite pas de rendre de petits services car tu paraîtras capable d’en rendre des grands » Us 214.

 

 

Le rire

 

« Un rire perpétuel secouait Démocrite » DK A-XXI

Epicure: « il faut rire et vivre en philosophe… » MV 41

 
 
 

Sur la procréation

 

Démocrite:  « Les hommes rangent au nombre des choses nécessaires, à ce qui leur semble, d’avoir des enfants, c’est la une obligation de la nature en même temps qu’une institution primitive. Les enfants évidemment, c’est aussi le fait des autres animaux: c’est la nature qui les pousse tous à avoir des descendants, sans considération aucune de l’utilité. Une fois nés, leurs parents peinent à les nourrir, tremblent pour eux tant qu’ils sont petits et souffre de ce qu’il leur arrive de facheux… » DK B- CCLXXVIII « Elever des enfants est chose difficile: réussir en la matière implique bien des combats et des soucis y échouer apporte un chagrin sans égal » DK B- CCLXXV « Je n'approuve pas chez l'homme la procréation, car dans le fait d'avoir des enfants j'aperçois de nombreux et considérables dangers ; j'y vois, au contraire, peu de satisfactions ; encore sont-elles minimes et sans poids… » DK B- CCLXXVI « Pour quiconque a besoin d'assurer sa descendance, le mieux, me semble-t-il, est d'adopter le fils d'un de ses amis. On aura un enfant tel qu'on le désire. » DK B- CCLXXVI

Clément d’Alexandrie: « Démocrite invite à ne pas se marier ni avoir d’enfants: ce serait s’exposer à bien des tracas ainsi qu’à des questions frivoles qui nous détourneraient des plus nécessaires. Epicure est d’accord avec lui » DK A-CLXX

Epicure: «Le sage ne doit ni se marier ni avoir d’enfants. Il pourra cependant le faire dans des circonstances particulières » DL

 

 

Importance de l’éducation jointe à la nature

 

Démocrite: «  il y a en un sens de la réflexion chez les jeunes gens et de l’irréflexion chez les vieillard ce n’est pas le temps qui apprend à être raisonnables mais une éducation précoce jointe à la nature » DK B-CLXXXIII « il y a plus de gens qui deviennent valeureux grâce à l’exercice qu’il n’y en a par nature » DK B-CCXLII «  si nous permettons aux enfants de ne pas s’extérioriser en se donnant de mal, ils n’apprendront ni la lecture et l’écriture, ni la musique, ni la compétions sportive, ni par dessus tout renfermer la vertu à savoir le respect» DK B-CLXXIX « on peut sans engager de grandes dépenses donner de l’éducation à ses enfants » DK B-CCLXXX  « il faut le plus possible partager sa fortune avec ses enfants » DK B-CCLXXIX

Epicure: « Je vous demande, au nom de votre sympathie pour moi et pour ma philosophie, sympathie que vous m’avez témoignée dès votre jeunesse, de prendre soin des enfants de Métrodore » testament, DL. (Apia, la fille de Métrodore était éduquée comme les garçons). « L’étude de la nature ne forme ni des vantards, ni des fabricants de formules… »

   

 

Les désirs désordonnés de la jeunesse


Démocrite: « la pire chose que l'on puisse apprendre aux enfants, c'est la frivolité ; elle provoque les plaisirs qui développent la perversité. » DK B-CLXXVIII

Epicure: « pour le jeune, la part première du salut est de conserver la force de sa jeunesse, et de se préserver de ce qui souille tout à la suite des désirs enragés » MV 80

 

 

L’inné-l’acquis

 
Démocrite: « connaissent et recherchent le bien ceux que la nature a doués pour cela » DK B-LVI

Epicure: « Tous les corps, tous les pays ne sont pas également propres à la sagesse » DL « L'éducation peut former certains hommes et les polir uniformément ; le caractère de chacun n'en garde pas moins son empreinte première. Nos défauts, croyons-le, ne peuvent être si bien extirpés, que l'un ne reste toujours sur la pente qui fait glisser à la colère, que l'autre ne se tourmente trop vite de crainte, qu'un troisième n'ait trop de facilité à s'accommoder des choses. [...] Il est une évidence que je puis cependant proclamer, c'est que les traces du naturel premier, que la raison est incapable d'effacer, s'atténuent cependant au point que rien ne peut nous empêcher de mener une vie digne des dieux » Lucrèce III

 


Le trouble moral

Démocrite: « l’heureux homme naturellement porté à accomplir des actions justes et légales est jour et nuit réjoui sur de lui et sans souci, mais celui qui ne tient pas compte delà justice et n’accomplit pas ses devoirs, trouve en toutes choses sujet de s’affliger lorsqu’il y repense: il connaît la crainte et se blâme lui-même » DK B-CLXXIV (également B-CCLXII)  «  la gloire que confère la justice est la fermeté du jugement et la sérénité, mais la crainte de l’injustice est le comble du malheur » DK B-CCXV

Epicure: « Le juste est le plus à l’abri du trouble, l’injuste est rempli par le plus grand trouble » MC XVII. «  Il n’est pas possible que celui qui, en se cachant, commet ce que les hommes se sont mutuellement accordés à ne pas faire, afin der ne pas causer de tort ni en subir, soit certain que cela restera inaperçu, même si à partir de maintenant cela est passé dix mille fois inaperçu ; car jusqu’à sa disparition, il n’y a nulle évidence que cela continue de rester inaperçu » MC XXXV « pour le crime, il y a l'expiation de la prison, la chute horrible du haut de la Roche Tarpéienne, les verges, les bourreaux, le carcan, la poix, le fer rouge, les torches ; et même à défaut de tout cela, il y a l'âme consciente de ses fautes et prise de peur, qui se blesse elle-même de l'aiguillon, qui s'inflige la brûlure du fouet, » « il n'est pas facile de couler des jours paisibles à qui viole par ses actes le pacte de paix publique. En vain les a-t-il dérobés aux regards des dieux et des hommes, il vit sans cesse dans l'angoisse de les voir découverts : ne dit-on pas que beaucoup, par des paroles échappées dans le sommeil ou le délire de la maladie, ont révélé des fautes longtemps cachées ? » Lucrèce

 

 

La conscience de sa faute

 

Démocrite: « Le commencement du salut, c’est la connaissance de sa faute » DK B-XLIII

Epicure: « celui qui est conscient de sa faute est sur la voie de se corriger » Us 522 ; lucil 28

 

 

Le respect de soi: l'héritage Pythagorycien ?


Diogène Laerce: « Il semble, dit Thrasyle, que Démocrite fut disciple des Pythagoriciens, il parle d’ailleurs souvent de Pythagore et l’admire dans son livre du même nom. Il semble avoir tout reçu de lui, et nous dirions qu’il fut son élève, si la chronologie ne nous interdisait de le faire. » Parmi les livres de morale écrit par Démocrite, on trouve un livre intitulé: “Pythagore, ou de l’état de la sagesse”

l'infuence pythagorycienne sur Démocrite: Arimnestos, Leuccipe et Philolaos de Crotone, tous trois donnés comme des maîtres de Démocrite. Le premier était pour un des fils de Pythagore, les deux autres des élèves de la première génération (Démocrite DK A-I; EP p401. Pythagore DK-VI; EP p113. Leuccipe DK A-V; EP p385. Philolaos DK A-II; EP p249. Démocrite DK B-XII; EP p503).


Pythagore: “Ne pratique de chose honteuse jamais ni avec un autre, ni en particulier ; mais plus que tout respecte-toi toi-même” vers d’or de Pythagore n°11-12.

Démocrite: «Même dans la solitude, ne dis rien ni ne fais rien de blâmable. Apprends à te respecter beaucoup plus devant ta propre conscience que devant les autres » DK B-LXXXIV, B-CCXLIV, B-CCLXIV (le premier recueil s'apelle paroles d'or de Démocrite)


 

La sagesse est indépendante des autres

 

Démocrite: « Ce n’est pas la crainte mais le devoir qui doit détourner des fautes » DK B-XLI « meilleur guide en matière de vertu apparaît celui qui use de l’encouragement et de la persuasion verbale plutôt que de la contrainte de la loi. Car celui que la seule convention détourne de l’injustice selon toute probabilité agit mal en cachette alors que celui que la persuasion convint ne commet selon toute probabilité rien de répréhensible ni en cachette ni ouvertement B-CLXXXI «  les nature viles ne tiennent pas les serments arrachés sous la contrainte lorsque le danger a disparu » B-CCXXXIX

Epicure: « Le sage qui possède le plus grand bien du genre humain est également sage même si il n’y a aucun témoin » Us 533

Note: d’après Plutarque, lorsque l’on aurait demandé à Epicure ce que ferrait le sage si il pouvait commettre un méfait sans être pris, Epicure répondit que l’on est jamais certain de ne pas être pris. Si l’on insiste et prétexte que grâce à un pouvoir magique, il aurait la certitude absolu de ne pas être pris, Epicure aurait alors dit qu’il n’est pas facile de répondre à cette question, ce que certains interpréteront peut-être comme un niveau d’exigence morale un peu moins fort chez Epicure que chez Démocrite.

 
 
 

Le plaisir de soi-même

 

Démocrite: «… et il s’accoutume à prendre plaisir de lui-même »  (hors recueil de maximes)

Lucrèce : «l’esprit a le privilège de penser par lui-même et pour lui, et aussi de se réjouir en soi » III.

 


Combativité et sens de l’effort

 

Démocrite: «Les fatigues de toutes sortes sont plus agréables que l’oisiveté, lorsque nous touchons au but que nos peines visent à atteindre ou lorsque nous savons que nous y parvenons» B-CCXLIII.  Plusieurs autres maximes vantent les mérites de l’effort: de DK B-CCXL à CCXLIII

 
Diogène Laerce: «  [Démocrite] était si travailleur qu’il se fit une petite cellule dans le jardin entourant sa maison pour s’y enfermer »

 
Epicure: « L’habitude d’une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l’homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu’il doit nécessairement remplir dans la vie …  il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir » lettre à Ménécée (voir aussi MC XXVIII, et Cicéron des fins I)

 

 

Espoir du possible et satisfaction du présent


Démocrite: « L'audace est le commencement de l'action, mais c'est la fortune qui est maîtresse deson achèvement » DK B-CCLXIX «  Il faut appliquer sa réflexion au possible et se contenter de ce que l’on a » DK B-CXCI.

Epicure:  « Essayons de faire que la prochaine étape soit meilleur que la précédente, tant que nous sommes en chemin, mais une fois que nous atteignons la limite, réjouissons-nous de façon égale » MV48 (voir aussi MV 35)

  

  

L’espoir raisonnable

 

Démocrite: « Les espoirs d’un homme intelligent sont atteignables, ceux du sot sont impossibles.» DK B-CCXCII

Epicure: « Il faut donc se rappeler que l’avenir n’est ni à nous, ni tout à fait étranger à nous, en sorte que nous ne devons, ni l’attendre comme s’il devait arriver, ni désespérer comme s’il ne devait en aucune façon se produire. » lettre à Ménécée.

  

 

La parole est l’ombre de l’action

 

Démocrite: « C’est dans les actions et dans la conduite qu’il faut rechercher la vertu et non en paroles » DK B-LV

Diogene Laerce et Plutarque attribuent à Démocrite: « La parole est l’ombre de l’action »  DK B-CXLV

 

 

La politique

 

Démocrite: « Il faut accorder la plus grande importance aux questions politiques afin que l’administration de la cité soit bonne » DK B-CCLII

Plutarque: « Démocrite admoneste par ses écrits d’apprendre la science politique » DK B-CLVII

Note: Il y a là une opposition avec Epicure pour qui « le sage n’approchera pas les affaires publiques à moins que quelque circonstance ne l’y oblige » Us 9 (MV 58) Toutefois, la maxime suivante nous montre qu’en fait ils n’étaient peut-être pas si éloignés.

 

 

Pour vivre tranquille

 

Démocrite: « Pour vivre tranquille, il faut embrasser peu d’affaires publiques ou privées » DK B-III

Cette même maxime est également attribuée à Démocrite par Sénèque DK B-III


 

Déconsidération des rois et des puissants

 

Démocrite: « Démocrite déclara qu’il préféra trouver une seule certitude causale plutôt que devenir le roi des perses » DK B-CXVIII. Une autre anectode le fait traiter le roi Darius, de « plus fou de tous les mortels » DK A-XX (hors recueil de maximes)

Epicure:
«  le philosophe ne veut ni l’autorité ni le pouvoir d’Alexandre » Diogene d’Oenenda fragment 54 « Puisque les trésors ne sont pour notre corps d'aucun secours, et non plus la noblesse ni la gloire royale, comment seraient-ils plus utiles à l'esprit ? » Lucrèce . Usener 560 p153

 

 

Contre la culture mondaine

 

Démocrite: « L'éducation est pour les gens heureux une parure, pour les malheureux un refuge » B-CLXXX « Beaucoup d’hommes très instruits n’ont aucune intelligence » DK B-LXIV  « Beaucoup qui n’ont pas appris la Raison, vivent cependant d’après la Raison » DK B-LIII

Epicure: “L’étude de la nature ne forme ni des vantards, ni des fabricants de formules, ni des individus exhibant la culture convoitée par le plus grand nombre, mais des hommes vifs, qui se suffisent à eux-mêmes, et fiers des biens qui leur sont propres, non des biens d’occasion.”

 

 

Les lois sont une invention des hommes (elles ne viennent pas des dieux)

 

Démocrite: DL « les lois n’interdiraient pas à chacun de vivre selon son penchant si les gens ne se faisaient pas tord mutuellement »  B-CCXLV

Diogène Laerce: pour Démocrite « Le droit est une invention des hommes, tandis que les atomes et le vide existent selon la nature. »

Epicure:  « La justice n’existe pas en elle-même, mais […] c’est un contrat conclu pour ne pas se causer de tort et ne pas en subir » MC XXXIII « quand les rois furent égorgés, il ne resta plus rien de l'antique majesté des trônes ni de l'orgueil des sceptres, et le superbe diadème d'une tête souveraine, tout sanglant sous les pieds du vulgaire, pleura ses anciens honneurs ; car ce que l'on a craint, on se passionne à le briser. Aussi les affaires publiques, tombées dans la plus basse lie, retournaient-elles au désordre de la multitude ; chacun voulait le pouvoir et le premier rang. Alors quelques hommes apprirent aux autres à créer des magistrats et à fonder la justice, en vue d'un régime légal. Car le genre humain, fatigué de vivre dans l'anarchie, épuisé par la discorde, se plia d'autant mieux à l'autorité des lois et de la stricte justice. Comme chacun dans sa colère était disposé à pousser la vengeance plus loin que ne le permettent aujourd'hui les justes lois, on comprend que les hommes en soient venus à se lasser d'un régime de désordre. Désormais la crainte du châtiment trouble les douceurs coupables de l'existence ; le violent, l'injuste, se prend dans ses propres filets et c'est sur son auteur que l'iniquité presque toujours retombe ; il n'est pas facile de couler des jours paisibles à qui viole par ses actes le pacte de paix publique. » Lucrèce



Le bien, le juste et le vrai sont universels parmi les hommes

 

Démocrite: « Pour tous les hommes, le bien et la vérité sont les mêmes, seul le plaisant varie entre les individus » DK B-LXIX

Epicure: « Considérant ce qui est commun, le juste est le même pour tous, car c’est quelque chose d’utile dans la communauté mutuelle des hommes » MC XXXVI

 

 

  Pour un traitement plus humain des esclaves

 

Démocrite: « Les hommes n’ont pas honte de se déclarer heureux en [trouvant de l’or] parce qu’ils ont creusé les profondeurs de la terre par les mains d’esclaves enchaînés dont les uns périssent sous les éboulements et les autre soumis pendants des années à cette nécessité demeurent dans ce châtiment comme dans une patrie » pseudo-Hippocrate lettre n°17

Diogène Laerce écrit à propos d’Epicure « on a des témoignages suffisants de son incroyable justice envers tous [...] Que l’on songe encore à son amour filial, à sa bienfaisance à l’égard de ses frères, à sa douceur pour ses esclaves, mise en évidence par son testament, et ce fait qu’il les admettait à son enseignement philosophique, puisque le plus célèbre de ses disciples fut ce Mus que j’ai cité plus haut. En un mot, il était un ami de tous les hommes. »
 
Note sur le féminisme: Pour Epicure, cette douceur vaut aussi avec les femmes, ce qui tranche avec les maximes machistes de Démocrite et des Pythagoriciens. Epicure accorde la Présidence accordée à Leotion qui a écrit des ouvrages de philosophie dont Cicéron loue son style ( ne natura deorum I 93). Un portrait peint la montrait en train de méditer (Pline NH 35, 99) Thémista (Cicéron contre pison 63, usener 125)

 

 

la Terre s’ouvre tout entière à l’âme de valeur

 

Démocrite: « la vie à l’étranger apprend à se suffire à soi-même » DK B-CCXLVI « la Terre s’ouvre tout entière à l’âme de valeur, car la patrie du sage, c'est l'univers »

Clément d’Alexandrie cite Démocrite: « Je suis assurément de tous mes concitoyens celui qui a le plus voyagé de tous, de part toute la Terre pour m’instruire, j’ai vu quantité de cieux et de contrées, j’ai écouté quantité d’hommes instruits, et nul ne m’a surpassé dans l’art de composer des écrits accompagnés de démonstrations pas même les géomètres égyptiens » DK B-CCXCIX   

Diogène Laerce: « [Démocrite] quitta son pays pour aller en Égypte apprendre des prêtres la géométrie, et qu’il poussa jusqu’en Chaldée, en Perse, et à la mer Érythrée. On dit même qu’il fréquenta les gymnosophistes en Inde et qu’il alla en Éthiopie ». Suidas rapporte les même faits DK A-II.


 

Progrès et histoire de l’humanité

 

Démocrite: « les hommes primitifs menaient une vie désordonnée et sauvage, dispersés dans la campagne et se nourrissant  des herbes les plus tendres et des fruits sauvages qui naissent spontanément sur les arbres ; et comme ils avaient à subir les assauts des bêtes sauvages, ils se vinrent mutuellement en aide et à l’école de la nécessité, sous l’effet de la crainte qui les réunissait, ils en vinrent peu à peu à reconnaître leurs différents caractères […] La connaissance du feu et des autres inventions utiles entraîna petit à petit l’invention des arts et de toutes les techniques susceptibles d’être utiles à la vie en communauté» DK B-V

Lucrèce: « d'où vient qu'au delà de la guerre des Sept Chefs contre Thèbes et de la mort de Troie on ne connaisse point d'autres événements chantés par d'autres poètes ? Où se sont donc engloutis tant de fois les exploits de tant de héros, et pourquoi les monuments éternels de la renommée n'ont-ils pas recueilli et fait fleurir leur gloire ? Mais, je le pense, l'ensemble du monde est dans sa fraîche nouveauté, il ne fait guère que de naître. C'est pourquoi certains arts se polissent encore aujourd'hui, vont encore progressant que n'a-t-on pas, de nos jours, ajouté à la navigation ! Que de nouveaux accords ont inventés les musiciens ! Enfin ce système de la nature que j'expose, c'est aussi une découverte récente, et personne avant moi ne s'était rencontré pour le faire passer dans la langue de notre patrie » « on ne peut faire remonter guère plus haut l'invention de l'écriture. C'est pourquoi les anciens temps échappent aujourd'hui à nos regards, et la raison ne nous en fait entrevoir que quelques vestiges » « Navigation, culture des champs, architecture, lois, armes, routes, vêtements et toutes les autres inventions de ce genre, et celles mêmes qui donnent à la vie du prix et des plaisirs délicats, poèmes, peintures, statues parfaites, tout cela a été le fruit du besoin, de l'effort et de l'expérience ; l'esprit l'a peu à peu enseigné aux hommes dans une lente marche du progrès. C'est ainsi que le temps donne naissance pas à pas aux différentes découvertes qu'ensuite l'industrie humaine porte en pleine lumière. Les hommes voyaient en effet les arts éclairés d'âge en âge par des génies nouveaux, puis atteindre un jour leur plus haute perfection. »

 

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