Epicure d'Athènes

 

Avis sur Epicure


« Celui-là fut un Dieu, oui un Dieu glorieux Memnius qui nous a indiqué le chemin du bonheur »
Lucrèce, De la nature des choses.

« Epicure, ce grand homme dont la nature est véritablement sacrée et divine, a seul connu la vérité et le bien, et a apporté la libération à ses disciples »
Lucien de Samosate, alexandre ou le faux prophète.

« Et certains hommes ont vécu ainsi, et sans cesse ils ont constamment ressenti leur vie dans le monde et le monde en eux ; et ce fut surtout l’un d’entre eux, un des plus grands hommes qui soient, l’inventeur d’une façon de philosopher à la fois héroïque et idyllique: Épicure »
Nietzsche, Le voyageur et son ombre, 295.

« La sagesse n'a pas dépassé Epicure d'un seul pas, et elle a souvent reculé de plusieurs milliers de pas par rapport à lui »
Nietzsche, la volonté de puissance.






La question qui a amené Epicure à la philosophie


On raconte qu’à l’age de 12 ans, alors qu’Epicure suivait les leçons d’un professeur de lettre qui lisait le vers d'Hésiode :

"d'abord naquit le Chaos, le plus ancien des êtres,
puis la terre aux vastes étendues, siège de toute chose"

Epicure demanda : "et d'où vient le chaos ?" Incapable de l’expliquer, le professeur répondit qu'il n'enseignait pas ces choses-là, mais que c'était le rôle des philosophes. "Il faut donc, dit Epicure, que j'aille les trouver, puisque ce sont eux qui connaissent la vérité des choses"

anecdote rapportée par Sextus Empiricus dans contre les mathématiciens et par DL.

  




Maximes Capitales




I. Ce qui est bienheureux et incorruptible n’a pas soi-même d’ennuis ni n’en cause à un autre, de sorte qu’il n’est sujet ni aux colères ni aux faveurs ;  en effet, tout cela se rencontre dans ce qui est faible.
 
II. La mort n’a aucun rapport avec nous ;  car ce qui est dissous est insensible, et ce qui est insensible n’a aucun rapport avec nous.
 
III. La suppression de tout ce qui est souffrant est la limite de la grandeur des plaisirs.  Et là où se trouve ce qui ressent du plaisir, tout le temps qu’il est, là n’est pas ce qui est souffrants, affligé, ou les deux.
 
IV. Ce qui, dans la chair, est continuellement souffrant, ne dure pas ;  en fait, sa pointe extrême est présente un très court instant, tandis que ce qui, dans la chair, est seulement en excès par rapport à ce qui éprouve le plaisir, se trouve concomitant peu de jours ;  et dans le cas des maladies chroniques, ce qui dans la chair ressent du plaisir l’emporte sur ce qui est souffrant.
 
V. Il n’est pas possible de vivre avec plaisir sans vivre avec prudence, et il n’est pas possible de vivre de façon bonne et juste, sans vivre avec plaisir.  Qui ne dispose pas des moyens de vivre de façon prudente, ainsi que de façon bonne et juste, celui-là ne peut pas vivre avec plaisir.
 
VII .  Certains ont voulu devenir réputés et célèbres, se figurant qu’ainsi ils acquerraient la sécurité que procurent les hommes ;  en sorte que, si la vie de tels hommes a été sûre, ils ont reçu en retour le bien de la nature ;  mais si elle n’a pas été sûre, ils ne possèdent pas ce vers quoi ils ont tendu au début, conformément à ce qui est le propre de la nature.
 
VIII . Nul plaisir n’est en soi un mal ;  mais les causes productrices de certains plaisirs apportent de surcroît des     perturbations bien plus nombreuses que les plaisirs.
 
IX. Si tout plaisir se condensait, et s’il durait en même temps qu’il était répandu dans tout l’agrégat, ou dans les parties principales de notre nature, les plaisirs ne différeraient jamais les uns des autres.
 
X . Si les causes qui produisent les plaisirs des gens dissolus défaisaient les craintes de la pensée, celles qui ont trait aux réalités célestes, à la mort et aux douleurs, et si en outre elles enseignaient la limite des désirs, nous n’aurions rien, jamais, à leur reprocher, eux qui seraient emplis de tous côtés par les plaisirs, et qui d’aucun côté ne connaîtraient ce qui est souffrant ou affligé, ce qui est précisément le mal.
 
XI . Si les doutes sur les réalités célestes ne  nous perturbaient pas du tout, ni ceux qui ont trait à la mort, dont on redoute qu’elle soit jamais quelque chose en rapport avec nous, ou encore le fait de ne pas bien comprendre les limites des douleurs et des désirs, nous n’aurions pas besoin de l’étude de la nature.
 
XII . Il n’est pas possible de dissiper ce que l’on redoute dans les questions capitales sans savoir parfaitement quelle est la nature du tout –au mieux peut-on dissiper quelque inquiétude liée aux mythes ;  de sorte qu’il n’est pas possible, sans l’étude de la nature, de recevoir en retour les plaisirs sans mélange.
 
XIII.  Il n’y a aucun profit à se ménager la sécurité parmi les hommes, si ce qui est en haut reste redouté, ainsi que ce qui est sous terre et en général ce qui est dans l’illimité.
 
XIV . Si la sécurité que procurent les hommes est due jusqu’à un certain degré à une puissance bien assise et à l’abondance, la plus pure des sécurités st celle qui vient de la tranquillité, et de la vie à l’écart de la foule.
 
XV . La richesse de la nature est à la fois bornée et facile à atteindre ;  mais celle des opinions vides se perd dans l’illimité.
 
XVI . Faiblement sur le sage la formule s’abat :  le raisonnement a ordonné les éléments majeurs et vraiment capitaux, et tout au long du temps continu de la vie les ordonne et les ordonnera.
 
XVII . Le juste est le plus à l’abri du trouble, l’injuste est rempli par le plus grand trouble.
 
XVIII . Dans la chair, le plaisir ne s’accroît pas une fois que la douleur liée au besoin est supprimée, mais varie seulement.  Mais pour la pensée, la limite qui est celle du plaisir naît du décompte de ces réalités mêmes, et de celles du même genre, qui procurent les plus grandes peurs à la pensée.
 
XIX . Un temps illimité comporte un plaisir égal à celui du temps limité, si l’on mesure les limites du plaisir par le raisonnement.
 
XX . La chair reçoit les limites du plaisir comme illimitées, et c’est un temps illimité qui le lui prépare.  De son côté, la pensée, s’appliquant à raisonner sur la fin et la limite de la chair, et dissipant les peurs liées à l’éternité, prépare la vie parfaite – ainsi nous n’avons plus besoin en quoi que ce soit du temps illimité ;  mais elle ne fuit pas le plaisir, et pas davantage, lorsque les circonstances préparent la sortie de la vie, elle ne disparaît comme si quelque chose de la vie la meilleure lui faisait défaut.
XXI . Celui qui connaît bien les limites de la vie sait qu’il est facile de se procurer ce qui supprime la souffrance due au besoin, et ce qui amène la vie tout entière à sa perfection ;  de sorte qu’il n’a nullement besoin des situations de lutte.
 
XXII . Il faut s’appliquer à raisonner sur la fin qui est donnée là, et sur toute l’évidence à laquelle nous ramenons les opinions ;  sinon, tout sera plein d’indistinction et de trouble.
 
XXIII . Si tu combats toutes les sensations, tu n’auras même plus ce à quoi tu te réfères pour juger celles d’entre elles que tu prétends être erronées.
 
XXIV . Si tu rejettes purement et simplement une sensation donnée, et si tut ne divises pas ce sur quoi l’on forme une opinion, en ce qui est attendu et ce qui est déjà présent selon la sensation, les affections et toute appréhension imaginative de la pensée, tu iras jeter le trouble jusque dans les autres sensations avec une opinion vaine, et cela t’amènera à rejeter en totalité le critère.  Mais si tu établis fermement, dans les pensées qui aboutissent à une opinion, aussi bien tout ce qui est attendu que tout ce qui n’a pas de confirmation, tu ne renonceras pas à l’erreur, si bien que tu auras supprimé toute possibilité de discuter ainsi que tout jugement sur ce qui est correct et incorrect.
 
XXV . Si en toute occasion tu ne rapportes pas chacun de tes actes à la fin de la nature, mais tu te détournes, qu’il s’agisse de fuir ou de poursuivre, vers quelque autre chose, tu n’accorderas pas tes actions avec tes raisons.
 
XXVI . Parmi les désirs, tous ceux qui ne reconduisent pas à la souffrance s’ils ne sont pas comblés, ne sont pas nécessaires, mais il correspondent à un appétit que l’on dissipe aisément, quand il semblent difficiles à assouvir ou susceptibles de causer un dommage.
 
XXVII . Parmi les choses dont la sagesse se munit en vue de la félicité de la vie tout entière, de beaucoup la plus importante est la possession de l’amitié.
 
XXVIII . C’est le même jugement qui nous a donné confiance en montrant qu’il n’y a rien d’éternel ni même d’une longue durée à redouter, et qui a reconnu que la sécurité de l’amitié, dans cela même qui a une durée limitée, s’accomplit au plus haut point.
 
XXIX . Parmi les désirs (non nécessaires), les uns sont naturels et non nécessaires, les autres ne sont ni naturels ni nécessaires mais proviennent d’une opinion vide.
 
XXX . Parmi les désirs naturels qui ne reconduisent pas à la souffrance s’ils ne sont pas réalisés, ceux où l’ardeur est intense sont les désirs qui naissent d’une opinion vide, et ils ne se dissipent pas, non pas en raison de leur propre nature, mais en raison de la vide opinion de l’homme.
 
XXXI . Le juste de la nature est une garantie de l’utilité qu’il y a à ne pas se causer mutuellement de tort et de ne pas en subir.
 
XXXII . Pour tous ceux des animaux qui ne pouvaient pas passer des accords sur le fait de ne pas causer de tort, mais également de ne pas en subir, pour ceux-là rien n’était juste ni injuste ;  et il en allait de même pour ceux des peuples qui ne pouvaient pas ou ne voulaient pas passer des accords sur le fait de ne pas causer de tort et de ne pas en subir.
 
XXXIII . La justice n’était pas quelque chose en soi, mais dans les groupements des un avec les autres, dans quelque lieu que ce fût, à chaque fois, c’était un accord sur le fait de ne pas causer de tort et de ne pas en subir.
 
XXXIV . L’injustice n’est pas un mal en elle-même, mais elle l’est dans la crainte liée au soupçon qu’elle ne puisse rester inaperçue de ceux qui sont chargés de punir de tels actes.
 
XXXV . Il n’est pas possible que celui qui, en se cachant, commet ce que les hommes se sont mutuellement accordés à ne pas faire, afin der ne pas causer de tort ni en subir, soit certain que cela restera inaperçu, même si à partir de maintenant cela passe dix mille fois inaperçu, même si à partir de maintenant cela passe dix mille fois inaperçu ; car jusqu’à sa disparition, il n’y a nulle évidence que cela continue de rester inaperçu.
 
XXXVI . Considérant ce qui est commun, le juste est le même pour tous, car c’est quelque chose d’utile dans la communauté mutuelle des hommes ;  mais considérant la particularité du pays et toutes les autres causes que l’on veut, il ne s’ensuit pas que la même chose soit juste pour tous.
 
XXXVII . Ce qui confirme son utilité dans les us de la communauté mutuelle des hommes, parmi les choses tenues pour légalement justes, vient occuper la place du juste, que ce soit la même chose pour tous ou non.  Mais si on l’établit seulement, sans se conformer à ce qui est utile à la communauté mutuelle des hommes, cela n’a plus la nature du juste.  Et même si c’est l’utile conforme au juste qui vient d’en change, du moment qu’il s’accorde un temps à la prénotion, il n’en était pas moins juste pendant ce temps-là, pour ceux qui ne se troublent pas eux-mêmes avec des formules vides, mais regardent le plus possible les réalités.
 
XXXVIII . Là où, sans que des circonstances extérieures nouvelles soient apparues, dans les actions mêmes, ce qui avait été institué comme juste ne s’adaptait pas à la prénotion, cela n’était pas juste ;  en revanche, là où, à la suite de circonstances nouvelles, les mêmes choses établies comme justes n’avaient plus d’utilité, alors, dans ce cas, ces choses avaient été justes, lorsqu’elles étaient utiles à la communauté des concitoyens entre eux, et ultérieurement ne l’étaient plus, lorsqu’elles n’avaient pas d’utilité.
 
XXXIX . Celui qui a le mieux aménagé le manque de confiance causé par ce qui est au-dehors, celui-là s’est fait un allié de ce qui pouvait l’être, et de ce qui ne pouvait pas l’être, il n’a pas fait du moins un ennemi.  Mais ce sur quoi il n’avait même pas ce pouvoir, il ne s’en est pas mêlé, et il a lutté pour tout ce à propos de quoi il lui était utile de le faire.

XL . Tous ceux qui ont pu se pourvoir de la force de la confiance, surtout grâce à leurs proches, ont ainsi aussi vécu les uns avec les autres, avec le plus de plaisir, le mode de vie le plus ferme, puisqu’ils avaient la certitude ;  et comme ils en avaient retiré la plus pleine des familiarités, ils ne se sont pas lamentés, comme par pitié, sur la disparition





Sentences Vaticanes


1. Maxime Capitale I

2. Maxime Capitale II

3. Ce qui dans la chair est souffrant ne dure pas : en effet sa pointe extrême est présente un très court instant, tandis que ce qui dans la chair, est seulement en excès par rapport à ce qui éprouve le plaisir, s’en trouve concomitant un faible nombre de jours ;  et dans le cas des maladies chroniques, ce qui dans la chair, ressent du plaisir est plus important que ce qui est souffrant.

4. Toute douleur peut facilement être méprisée:  celle qui a la souffrance intense a la durée brève, celle qui dure dans la chair a la souffrance faible.

5. Maxime Capitale IV

6. Maxime Capitale XXXV
 
7. Il est difficile, pour qui commet l’injustice, de rester caché, mais avoir la certitude de continuer à le rester, cela est possible.
 
8. Maxime Capitale XV

9. La nécessité est un mal, mais il n’y a aucune nécessité de vivre avec la nécessité.
 
10. Tout en ayant une nature mortelle et en disposant d'un temps limité, tu t'es élevé grâce aux raisonnements sur la nature jusqu'à l'illimité et l'éternité, et tu as observé: ce qui est, ce qui sera et ce qui a été

11. Chez la plupart des hommes, ce qui est en repos est engourdi, ce qui est un mouvement est enragé.

12. La vie juste est la plus dépourvue de trouble, la vie injuste est remplie par le plus grand trouble

13. Parmi les choses dont la sagesse se munit pour la félicité de la vie tout entière, de beaucoup la plus importante est la possession de l'amitié

14. Nous sommes nés une fois, il n’est pas possible de naître deux fois, et il faut n’être plus pour l’éternité : toi, pourtant, qui n’es pas de demain, tu ajournes la joie ; la vie périt par le délai, et chacun de nous meut affairé.
 
15. De même que nous apprécions les coutumes, celles qui nous sont propres, qu’elles soient bonnes et enviées par les autres hommes ou non, ainsi faut-il faire avec celles de nos voisins, s’ils sont équitables à notre égard.
 
16. Personne, voyant le mal, ne le choisit, mais attiré, comme par le bien, vers le mal plus grand que lui, on est pris au piège.
 
17. Ce n’est pas le jeune qui est bienheureux, mais le vieux  qui a bien vécu : car le jeune, plein de vigueur, erre, l’esprit égaré par le sort ; tandis que le vieux, dans la vieillesse comme dans un port, a ancré des biens qu’il avait auparavant espérés dans l’incertitude, les ayant mis à l’abri par le moyen sûr de la gratitude.
 
18.  Si l’on supprime la vue, et les rencontres, et la vie ensemble, la passion amoureuse disparaît.
 
19. Le vieux oublieux du bien passé est dans l’état de quelqu’un qui est né aujourd’hui.

20. Parmi les désirs, les uns sont naturels et nécessaires, les autres ne sont ni naturels ni nécessaires, mais proviennent d’une opinion vide.
 
21. Il ne faut pas faire violence à la nature, mais la persuader :  nous la persuaderons en contentant les désirs nécessaires, et aussi les désirs naturels s’ils ne sont pas nuisibles, mais en repoussant durement les nuisibles.

22. Maxime Capitale XIX

23. Toute amitié est par elle-même désirable ; pourtant elle a eu son commencement de l’utilité.
 
24. Les visions des rêves n’ont pas reçu en partage la nature divine ni non plus le pouvoir divinatoire, mais elles se produisent suivant l’impact des simulacres.
 
25. La pauvreté, mesurée à la fin de la nature, est grande richesse ; la richesse sans la limite est grande pauvreté.
 
26.  Il faut voir nettement que le discours abondant et le discours bref tendent vers le même « but ».
 
27. Dans les autres occupations, une fois qu’elles ont été menées à bien avec peine, vient le fruit ; mais, en philosophie, le plaisir va du même pas que la connaissance : car ce n’est pas après avoir appris que l’on jouit du fruit, mais apprendre et jouir vont ensemble.
 
28. Il ne faut approuver ni qui est trop prompt à l’amitié, ni qui est trop lent : car il faut être prêt même à s’exposer hardiment au danger, en faveur de l’amitié.
 
29. Pour ma part, je préférerais, usant de la liberté de parole de celui qui étudie la nature, dire prophétiquement les choses utiles à tous les hommes, même si personne ne devait me comprendre, plutôt que, en donnant mon assentiment aux opinions reçues, récolter la louange qui tombe en abondance, venant des nombreux.

30. Certains tout au long de leur vie, préparent ce qui les fera vivre, sans voir en même temps que l'on nous a versé à tous la pharmacie de la naissance, qui est mortelle.

31. A l’égard de toutes les autres choses, il est impossible de se procurer la sécurité, mais, à cause de la mort, nous, les hommes, habitons tous une cité sans murailles.
 
32. La vénération pour le sage est un grand bien pour qui le vénère.
 
33. Le cri de la chair : ne pas avoir faim, ne pas avoir soif, ne pas avoir froid.  Celui qui a ces choses, et l’espoir de les avoir, peut lutter pour le bonheur.
 
34.  Nous ne recevons pas autant d’aide, de la part des amis, de l’aide qui nous vient d’eux, que de la confiance au sujet de cette aide.
 
35.  Il ne faut pas gâter les choses présentes par le désir des absences, mais considérer que celles-là même étaient appelées de nos vœux.

36. la vie d'Epicure, comparée à la vie des autres hommes, pourrait être considérée, en raison de sa douceur et de sa suffisance à soi, comme une fable

37. Faible, la nature est en relation avec le mal, non avec le bien : par les plaisirs, en effet, elle est conservée, mais, par les douleurs, elle est détruite.
 
38. Homme de rien du tout que celui aux yeux de qui nombreuses sont les bonnes raisons de quitter la vie.
 
39. N’est ami ni celui qui cherche toujours l’utile, ni celui qui jamais ne le joint à l’amitié : car le premier, avec le bienfait, fait trafic de ce qui se donne en échange, l’autre coupe le bon espoir pour l’avenir.
 
40. Celui qui dit que tout arrive par la nécessité n’a rien à reprocher à celui qui dit que tout n’arrive pas par la nécessité, puisqu’il dit que cela même arrive par la nécessité.
 
41. Il faut rire et ensemble philosopher et gouverner sa maison et user de toutes les autres choses qui nous sont  propres, et ne jamais cesser de proclamer les maximes de la droite philosophie.
 
42. Le même temps est à la fois celui de la naissance du plus grand bien et celui de la délivrance.
 
43. Aimer l’argent en enfreignant la justice est impie, sans l’enfreindre est laid :  car il est malséant  sordidement, même en respectant la justice.
 
44. Le sage, confronté aux nécessités de la vie, sait, dans le partage, plutôt donner que prendre : si grand est le trésor de la suffisance à soi-même qu’il a trouvé.
 
45. Ce ne sont pas des fanfarons, ni des artistes du verbe, ni des gens qui font étalage de la culture jugée enviable par la foule, que forme l’étude de la nature, mais des hommes fiers et indépendants, et s’enorgueillissant de leurs biens propres, non de ceux qui viennent des circonstances.
 
46. Chassons complètement les mauvaises habitudes, comme des hommes méchants qui nous ont fait beaucoup de mal pendant longtemps.

47. Je t’ai devancée Fortune et j’ai fait pièce à toutes tes intrusions. Et nous ne nous livrerons nous-même à toi ni à aucune autre sorte d’embarras, mais lorsque l’inéluctable nous ferra partir, lançant un grand crachat sur la vie et sur ceux qui s’attachent à elle, nous sortirons de la vie, clamant en un péan plein de beauté que nous avons bien vécu.  

48. Essayons de faire de la prochaine étape soit meilleure que la précédente, tant que nous sommes en route, mais arrivés à terme, que la joie reste unie.

49. Maxime Capitale XII 

50. Maxime Capitale VIII

51. Tu m’apprends que le mouvement de ta chair est fort généreux pour la relation amoureuse : pour ce qui te concernes, si tu ne renverses pas les lois, si tu n’ébranles pas les bonnes coutumes en place, si tu n’afflige pas l’un de tes proches, si tu n’épuises pas ta chair et si tu ne sacrifies pas les nécessité vitales, exerce ton penchant à ta guise ; il est toutefois impossible  de ne pas se trouver soumis à l’un de ces inconvénients : les choses de l’amour en effet sont jamais profitables, et il faut se réjouir qu’elles ne nous nuisent pas.

52. L’amitié mène sa ronde autour du monde habité, comme un héraut nous appelant tous à nous réveiller pour nous estimer bienheureux.
 
53. Il ne faut envier personne : les bons ne sont pas dignes d’envie, et les méchants, plus ils réussissent plus ils se font de mal à eux-mêmes.
 
54.  Il ne faut pas faire semblant de philosopher, mais philosopher pour de bon ; car nous n’avons pas besoin de paraître en bonne santé, mais de l’être vraiment.
 
55. Il  faut  guérir les malheurs par le souvenir reconnaissant de ce que l’on a perdu, et par le savoir qu’il n’est pas possible de rendre non accompli ce qui est arrivé.
 
56. Le sage ne souffre pas plus s’il est torturé que si son ami est mis à la torture.
 
57. Sa vie toute entière sera, par le manque de certitude, jetée dans la confusion et l’incapacité d’aller de l’avant.
 
58. Il faut se libérer de la prison des occupations quotidiennes et des affaires publiques.
 
59. Ce n’est pas le ventre qui est insatiable, comme le dit la foule, mais l’opinion fausse au sujet de la réplétion illimitée du ventre.
 
60. Tout homme sort de la vie comme s’il venait juste de naître.
 
61. Très belle aussi est la vue de ceux qui nous sont proches, quand les liens premiers de parenté concourent à l’union : car elle produit beaucoup de zèle en vue de cela.
 
62. Si c’est légitimement que les parents se mettent en colère contre les enfants, il est certes, sans objet, de résister et de ne pas demander à obtenir le pardon ; si ce n’est pas légitimement mais d’une manière déraisonnable, il est tout à fait ridicule d’enflammer leur déraison en nourrissant sa propre colère, et de ne pas chercher, par d’autres dispositions, à les changer en parents bienveillants.
 
63. Il y a, même dans les restrictions, une mesure : celui qui n’en tient pas compte se trouve à peu près dans la situation de celui qui s’égare par manque de limitation.
 
64. Il faut que la louange des autres suive spontanément, et nous, nous en tenir à la guérison de nous-mêmes.
 
65. Il est sot de demander aux dieux ce que l’on peut se procurer par soi-même.
 
66. Soyons en sympathie avec nos amis non en gémissant, mais en méditant.
 
67. Une vie libre ne peut pas acquérir de grandes richesses, parce que la chose n’est pas facile sans se faire le serviteur des assemblées populaires ou des monarques, mais elle possède tout dans une abondance incessante ; et s’il lui arrive de disposer de grandes richesses, facilement aussi elle les distribue, en vue de la bienveillance du voisin.
 
68. Rien n’est suffisant pour celui pour qui le suffisant est peu.
 
69. L’ingratitude de l’âme rend le vivant avide à l’infini des variétés dans le genre de vie.
 
70. Puisses-tu ne rien faire dans ta vie qui te causera de la crainte si cela est connu du voisin.
 
71. A tous les désirs, il faut appliquer cette question : que m’arrivera-t-il si est accompli ce qui est recherché conformément à mon désir, et quoi si ce n’est pas accompli ?
 
73. Même le fait que certaines douleurs se produisent dans le corps est utile pour nous mettre en garde contre celles du même genre.
 
74. Dans la recherche en commun par la discussion, celui qui est vaincu gagne plus, dans la mesure où il a accru son savoir.
 
75. Ingrate envers les biens passés, la maxime disant « Regarde la fin d’une longue vie ».
 
76. Tu es en vieillissant tel que moi je conseille d’être, et tu as su bien distinguer ce qu’est philosopher pour la Grèce : je m’en réjouis avec toi.
 
77. Le fruit le plus grand de la suffisance à soi-même : la liberté.

78. L’homme bien né s’adonne surtout à la sagesse et à l’amitié : desquelles l’une est un bien mortel, l’autre un bien immortel.
 
79. Celui qui est sans trouble n’est à charge ni à lui-même, ni aux autres
 
80. Pour le jeune homme, la principale part du salut est la sauvegarde de la jeunesse, et la vigilance contre ce qui se salit tout en suivant les désirs furieux.
 
81. Ne délivrent du désordre de l’âme ni non plus n’engendrent une joie digne qu’on en parle : ni la richesse la plus grande qui soit, ni l’honneur et la considération dont on jouit auprès du grand nombre, ni rien d’autre qui dépende de causes sans limites définies.


La philosophie du Bonheur: Epicure et Spinoza

La signification de l'Epicurisme

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