De la Destruction du Paganisme Antique
 à la Renaissance du Panthéisme



I - du Paganisme de l'antiquité au moyen-âge Chrétien

la destruction totale du paganisme par le christianisme

d'après "Histoire du déclin et de la chute de l'Empire romain : Rome de 96 à 582". Edward Gibbon. Robert Laffont. 1983.




Peinture Cole Thomas Consummation- A la fin du IIe siècle, le philosophe païen Celse prédit la chute future de l'empire romain si un terme n'est pas rapidement mis à la diffusion du christianisme. Le très sage et très modéré empereur Marc-Aurèle prend des mesures, mais condamne seulement les agitateurs chrétiens qui pronent l'intolérance religieuse. Son successeur, Commode, le pire empereur romain, inaugurera la tolérance (temporaire) des chrétiens.

- A la menace chrétienne,
s'ajoute en plus l'ouverture trop rapide de la citoyenneté romaine à des peuples peu éclairés qui fragilisent la culture gréco-romaine (exemple: édit de Caracalla en 212). Au milieu du IIIe siècle, « les 35 tribus (originelles) du peuple romain composées de guerriers, de magistrats et de législateurs avait disparu dans la masse commune du genre humain: elles étaient confondues avec des millions d'esclaves habitants des provinces, et qui avait reçus le nom de Romains, sans adopter le génie de cette nation si célèbre. La liberté n'était plus le partage que de ces troupes mercenaires levées parmi les sujets et les barbares des frontières qui souvent abusaient de leur indépendance. Leurs choix tumultuaires avaient élevés sur le trône de Rome un Syrien, un Goth, un Arabe et les avaient investi du pouvoir de gouverner despotiquement les conquêtes de la patrie des Scipions » (Gibbon, chap VII, p145).
     Dans ce contexte, mauvaise gouvernance + épidémies + fiscalité qui asphyxie l'économie -> famines + baisse de la natalité + défaites militaires + monté générale de superstitions dont le christianisme + corruption de la philosophie (Gibbon, chap XIII p291. chap XXIII, p 638).

-  En 313, Constantin s'allie aux chrétiens
(10% de la population de l'époque)
pour devenir Empereur. Il fait transférer la capitale de l'empire romain à Constantinople (Istanbul) pour favoriser le pouvoir de cette nouvelle religion impopulaire à Rome et confie à des chrétiens les postes clefs de l'administration.
    

- En 361, l'empereur Julien
(
bien que lui-même superstitieux) écrit que le christianisme "n’est qu’une fourberie purement humaine, et malicieusement inventée, qui, n’ayant rien de divin, est pourtant venue à bout de séduire les esprits faibles, et d’abuser de l’affection que les hommes ont pour les fables, en donnant une couleur de vérité et de persuasion à des fictions prodigieuses." (Contre les galiléens). Il voit une menace dans cette religion et prend des mesures drastiques pour revenir au paganisme, mais il meurt acidentellement en 363. Selon ses contemporains, s'il avait vécu plus longtemps, il serait vraisemblablement parvenu à "éteindre la religion de Jésus-Christ" (Gibbon, chap XXIII, p 665).

- En 389-391, les chrétiens prennent le pouvoir total. Théodose édicte des décrets qui interdisent le paganisme, amorçant la crise terminale de l'empire romain.

Peinture Cole Thomas Destruction- En 394, les païens encore majoritaire à Rome s'allient à un chrétien modéré, l'empereur Eugène (Flavius Eugenius Augustus), contre les fanatiques chrétiens qui ont pris le pouvoir à Constantinople ; mais Eugène échoue à les renverser. La civilisation gréco-romaine est perdue.

- En 410, la ville de Rome est mise à sac.

- En 528, Justinien ferme la dernière école philosophique néoplatonicienne d'Athènes (les autres écoles ayant déjà été détruites au IVe siècle).

- Au VIIIe siècle, Charlemagne, le soldat de l'église, parcourt l'Europe pour faire aux païens ce qu'Hitler a fait aux juifs. Les dernières poches de résistances païennes sont éradiquées. En 772, il fait exécuter 4500 prisonniers païens qui refusent de se convertir au christianisme en une seule journée ! (Massacre de Verden).
Note: A titre de comparaison, pendant la terreur à Paris durant 2 ans (entre 1793 et 1795),
dans un climat de guerre civile et d'invasion étrangère, 2 639 personnes sont condamnées à mort par le Tribunal révolutionnaire. L'établissement du christianisme a donc été très violent ce que les chrétiens ont oublié !




Au IXe siècle le paganisme est complètement détruit.
La victoire chrétienne semble totale et pourtant...



II - Renaissance du panthéisme au Moyen-âge


    « Nous trouvons au commencement du XIIIe siècle un certain David de Dinant, qui ne mettait nulle distinction entre Dieu et la matière première. On se trompe quand on affirme qu’avant lui personne n’avait débité cette rêverie. Albert-le-Grand ne parle-t-il pas d’un philosophe qui l’avait débitée ? (Alexandre d'Aphrodise "qui a enseigné que Dieu, l'intellect et la matière sont une seule substance"). Quelques-uns croient que cet Alexandre a vécu au temps de Plutarque; d’autres marquent en propres termes qu’il a précédé David de Dinant. [...] Thomas d’Aquin réfute cette extravagante et monstrueuse opinion. David de Dinant ignorait peut-être qu’il y eût un tel philosophe de la secte d’Épicure ; mais pour le moins faut-il qu’on m’avoue qu’il savait très-bien qu’il n’inventait pas de dogme. Ne l’avait-il pas appris de son maître ? N’était-il pas le disciple de cet Amaulri, dont le cadavre fut déterré et réduit en cendres l’an 1208, et qui avait enseigné que toutes choses étaient Dieu, et un seul être ? »

Bayle, Dictionnaire historique et critique


Marc-AurêleNote: Le panthéisme était une conception commune au paganisme/polythéisme de l'antiquité. On la retrouve chez divers philosophes païens.
    Pour
le stoïcien
Chrysippe "le monde lui-même est dieu" (Cicéron, de la nature des dieux, I, XIII-XV).
    Pour  Marc-Aurèle (IIe siècle):
"Il n'y a, en effet, qu'un seul monde qui embrasse tout, qu'un seul Dieu répandu partout, qu'une seule substance, une seule loi, une seule raison commune à tous les êtres intelligents ; une aussi est la vérité, puisque la perfection pour les êtres de même nature et participants de la même raison, est une aussi" Pensées, VII, IX.



    Les Amauriciens, disciples du théologien et philosophe Maître Amaury de Bène (né vers 1150 ; mort en 1206 ou 1209) furent, à Paris au début du XIIIe siècle, les tenants et propagateurs d'un mouvement religieux voisin du panthéisme.


    David de Dinant (vers 1165 - vers 1215) est le plus radical des amauriciens. Il était un philosophe et théologien français qui vécut à la cour du pape Innocent III et enseigna vraisemblablement à l'université de Paris. Il a fait un voyage en Grèce pour ses études, d'où son titre de magister. Il fut sans doute médecin. Il a voyagé en italie où il a peut-être indirectement influencé François d'Assise (1181 - 1226), soupçonné de panthéisme à cause de ses louanges cosmiques et sa vision de la nature.

      

    Amaury de Bène et David de Dinant ont tous deux soutenu des thèses "panthéistes". Pour le premier, "tout est un parce que tout ce qui est, est Dieu", "Dieu est le principe formel de toutes choses". Il n'est pas très clair si Amaury rompt avec le mysticisme de Jean Scot Érigène. En revanche, David de Dinant semble être allé plus loin en défendant un panthéisme matérialiste où la matière, l'intellect et Dieu sont une seule et même chose ! Il dit explicitement: "Dieu est la matière" !



Condamnation d'hérétiques au bucherLa condamnation
 
     Quatre des principaux prédicateurs amauriciens furent emprisonnés à vie, et dix autres (ceux qui refusent d'abjurer) furent dégradés en public puis brûlés vifs. L'exécution eut lieu en novembre 1210, à Champeaux, hors les murs de Paris. David de Dinant s'était enfui et disparut.
D'après Prateolus (in Elencho Hæresum, voce Almaricus).

    Le panthéisme est condamné par l'Université de Paris en 1204, et par le pape Innocent III  en 1215.
L'œuvre de David de Dinant, considérée comme hérétique, fut brûlée après une condamnation d'un concile provincial dirigé par l'évêque de Sens en 1210. Elle est partiellement connue par un texte attribué à Albert le Grand, le maître de Thomas d'Aquin.


Les successeurs
Giordano Bruno

     Le courant amauricien survécut cependant, et ressurgit sous une forme voisine: le mouvement des Frères du Libre-Esprit, caractérisé par un sentiment anticlérical ; une doctrine selon laquelle rien n'est un péché sauf ce qui est censé être un péché ; le déni de la nécessité du Christ, de l'Église et de ses sacrements pour le salut; un autothéisme - en d'autres termes, une croyance que l'âme parfaite et Dieu sont indiscernables.

    On retrouve cette conception panthéiste à la renaissance chez Giordano Bruno qui reconnaitra explicitement reprendre la thèse de David de Dinant selon laquelle "Dieu est la matière".


Spinoza    Au XVIIe siècle, Spinoza ne mentionnera ni Bruno, ni Dinant, mais il est clairement leur continuateur. L'inquisition recevra un manuscrit de l'éthique de Spinoza avant même sa publication et condamnera sa philosophie.
The Vatican Manuscript of Spinoza's Ethica. British Journal for The History of Philosophy, 2012.Einstien




    En 1930, Albert Einstein explique ses opinions philosophiques et religieuses. Le Vatican dénonce « un authentique athéisme même s'il est dissimulé derrière un panthéisme cosmique » avant de retirer cette condamnation... voyant que les gens pensent qu'Einstein est croyant et que cette incompréhension les favorise.
Max Jammer, Einstein and Religion p.151.




        ► Celse: le premier philosophe païen contre les Chrétiens


         Giordano Bruno



         Spinoza: les errreurs d'interprétation



         Einstein, Dieu et la religiosité cosmique



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