De la Destruction du Paganisme Antique
 à la Renaissance du Panthéisme





Marc-AurêleLe panthéisme était une conception commune au paganisme /polythéisme de l'antiquité. L'empereur Hadrien fit élever un temple à tous les dieux (le panthéon) et on retrouve cette notion chez divers philosophes païens.
   
"Dieu lui-même est un corps, comme le soutiennent les stoïciens" nous dit Origène, contre Celse. En effet, pour le stoïcien Chrysippe "le monde lui-même est dieu" (Cicéron, de la nature des dieux, I, XIII-XV). Pour l'épicurien Lucrèce la Terre est "la mère des dieux". Pour l'empereur Marc-Aurèle (IIe siècle): "Il n'y a, en effet, qu'un seul monde qui embrasse tout, qu'un seul Dieu répandu partout, qu'une seule substance, une seule loi, une seule raison commune à tous les êtres intelligents ; une aussi est la vérité, puisque la perfection pour les êtres de même nature et participants de la même raison, est une aussi" Pensées, VII, IX.





Au IXe siècle le paganisme est complètement détruit.
La victoire chrétienne semble totale et pourtant...




    « Nous trouvons au commencement du XIIIe siècle un certain David de Dinant, qui ne mettait nulle distinction entre Dieu et la matière première. On se trompe quand on affirme qu’avant lui personne n’avait débité cette rêverie. Albert-le-Grand ne parle-t-il pas d’un philosophe qui l’avait débitée ? (Alexandre d'Aphrodise "qui a enseigné que Dieu, l'intellect et la matière sont une seule substance"). Quelques-uns croient que cet Alexandre a vécu au temps de Plutarque; d’autres marquent en propres termes qu’il a précédé David de Dinant. [...] Thomas d’Aquin réfute cette extravagante et monstrueuse opinion. David de Dinant ignorait peut-être qu’il y eût un tel philosophe de la secte d’Épicure ; mais pour le moins faut-il qu’on m’avoue qu’il savait très-bien qu’il n’inventait pas de dogme. Ne l’avait-il pas appris de son maître ? N’était-il pas le disciple de cet Amaulri, dont le cadavre fut déterré et réduit en cendres l’an 1208, et qui avait enseigné que toutes choses étaient Dieu, et un seul être ? »
Bayle, Dictionnaire historique et critique



    Les Amauriciens, disciples du théologien et philosophe Maître Amaury de Bène (né vers 1150 ; mort en 1206 ou 1209) furent, à Paris au début du XIIIe siècle, les tenants et propagateurs d'un mouvement religieux voisin du panthéisme.


    David de Dinant (vers 1165 - vers 1215) est le plus radical des amauriciens. Il était un philosophe et théologien français qui vécut à la cour du pape Innocent III et enseigna vraisemblablement à l'université de Paris. Il a fait un voyage en Grèce pour ses études, d'où son titre de magister. Il fut sans doute médecin. Il a voyagé en italie où il a peut-être indirectement influencé François d'Assise (1181 - 1226), soupçonné de panthéisme à cause de ses louanges cosmiques et sa vision de la nature.

      

    Amaury de Bène et David de Dinant ont tous deux soutenu des thèses "panthéistes". Pour le premier, "tout est un parce que tout ce qui est, est Dieu", "Dieu est le principe formel de toutes choses". Il n'est pas très clair si Amaury rompt avec le mysticisme de Jean Scot Érigène. En revanche, David de Dinant semble être allé plus loin en défendant un panthéisme matérialiste où la matière, l'intellect et Dieu sont une seule et même chose ! Il dit explicitement: "Dieu est la matière" !



Condamnation d'hérétiques au bucherLa condamnation
 
     Quatre des principaux prédicateurs amauriciens furent emprisonnés à vie, et dix autres (ceux qui refusent d'abjurer) furent dégradés en public puis brûlés vifs. L'exécution eut lieu en novembre 1210, à Champeaux, hors les murs de Paris. David de Dinant s'était enfui et disparut.
D'après Prateolus (in Elencho Hæresum, voce Almaricus).

    Le panthéisme est condamné par l'Université de Paris en 1204, et par le pape Innocent III  en 1215.
L'œuvre de David de Dinant, considérée comme hérétique, fut brûlée après une condamnation d'un concile provincial dirigé par l'évêque de Sens en 1210. Elle est partiellement connue par un texte attribué à Albert le Grand, le maître de Thomas d'Aquin.


Les successeurs
Giordano Bruno

     Le courant amauricien survécut cependant, et ressurgit sous une forme voisine: le mouvement des Frères du Libre-Esprit, caractérisé par un sentiment anticlérical ; une doctrine selon laquelle rien n'est un péché sauf ce qui est censé être un péché ; le déni de la nécessité du Christ, de l'Église et de ses sacrements pour le salut; un autothéisme - en d'autres termes, une croyance que l'âme parfaite et Dieu sont indiscernables.

    On retrouve cette conception panthéiste à la renaissance chez Giordano Bruno qui reconnaitra explicitement reprendre la thèse de David de Dinant selon laquelle "Dieu est la matière".


Spinoza    Au XVIIe siècle, Spinoza ne mentionnera ni Bruno, ni Dinant, mais il est clairement leur continuateur. L'inquisition recevra un manuscrit de l'éthique de Spinoza avant même sa publication et condamnera sa philosophie.
The Vatican Manuscript of Spinoza's Ethica. British Journal for The History of Philosophy, 2012.Einstien




  En 1930, Albert Einstein explique ses opinions philosophiques et religieuses. Le Vatican dénonce « un authentique athéisme même s'il est dissimulé derrière un panthéisme cosmique » avant de retirer cette condamnation... voyant que les gens pensent qu'Einstein est croyant et que cette incompréhension les favorise.
Max Jammer, Einstein and Religion p.151.




        ► Celse: le premier philosophe païen contre les Chrétiens


        Giordano Bruno



         Spinoza: les errreurs d'interprétation



         Einstein, Dieu et la religiosité cosmique



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