Giordano Bruno


Aperçu de l'homme et de sa philosophie à travers de nombreux extraits de ses oeuvres

 

    Giordano Bruno n’est pas juste un martyr copernicien. Il est le philosophe le plus  profond et original de la renaissance qui s’est sacrifié pour reverser l’empire du mensonge. Il est le précurseur de Spinoza, des Lumières et de Nietzche. Il a également précédé Descartes sur le doute et influencé Leibniz pour sa monade. Son fréquent oubli est un scandale inqualifiable. Combien ont leur place dans le panthéon de la philosophie, pour avoir une pensée bien moins importante que la sienne ? Je suis en admiration devant son talent, son courage et sa détermination. Il est une partie de mon âme. J'espère et voudrais seulement pouvoir être digne d’être son continuateur. Mais il a placé la barre si haut... N’importe qui doit se sent petit face à lui. Il repousse les limites de ce qu'on peut imaginer de la volonté d’un seul homme.

 



Biographie

Giordano Bruno, dit le Nolain, nait en janvier 1548 à Nola, paisible bourgade proche de Naples. A 7 ans, il parle déjà latin. Doté d'une faculté de mémorisation extraordinaire, il est dit qu’il était capable de réciter 7000 passages de la Bible ou encore 1000 poèmes d’Ovide. A 17 ans, il entre au célèbre couvent dominicain de San Domenico Maggiore qui possédait l’une des plus grandes bibliothèques, et loge dans la chambre à côté de celle autrefois occupée par Saint Thomas d’Aquin. Il est ainsi au coeur de l'élite religieuse. Il est ordonné prêtre et promu Docteur en théologie à 27 ans, mais seulement trois ans plus tard, en 1576 il retire les représentations de la Vierge Marie de sa chambre et est accusé d'hérésie par les autres moines. Une enquête est ouverte à son encontre. Il fuit alors durant 15 années à travers la Suisse, la France, l’Angleterre, l’Allemagne, Venise. Alors qu'il est un total inconnu, ses talents d'orateur et sa mémoire extraordinaire font forte impression et lui permettent d’être rapidement reçu à la cour d' Henri III. Impressioné, Henri III le nome lecteur royal, ce qui lui assurera une protection temporaire. Il rencontra également la reine Elizabeth en Anglettere et l'empereur Rodolphe II à Prague. Il exerce dans diverses universités à travers l'europe (Oxford, la Sorbonne...), mais il devra les fuir très régulièrement, dès lors que ses thèses commencent à être connues. Il est excommunié trois fois: par les calvinistes en Suisse, les protestants en Allemange et les catholiques en Italie. Il parvient à publier plusieurs ouvrages de philosophie où il traite à la fois de métaphysique, de physique, de morale, de religion et de politique et y démontre ses talents de poète, d'humouriste et sa grande érudition. Quoi que lui-même soit plutôt identifiable à un pythagoricien, il est le premier à véritablement réactualiser, et prolonger l'héritage des matérialistes de l'antiquité (Démocrite, Epicure, Lucrèce). En 1791, il est arrêté par l'inquisition à Venise et transféré pour un procès en hérésie à Rome où il fait preuve d’une résistance héroïque.

 

Citations pendant son Procès

 

Après 8 ans de prison et une première "censure" (torture), il faint ou hésite à se repentir mais refuse finalement d'abjurer. Le 9 septembre 1599, le tribunal d'inquisisition s'impatiente et décide en conséquence que l'accusé sera donc "fortement tortué", et "plutôt deux fois qu'une", mais cette nouvelle séance de torture ne le fait toujours par cèder. Trois mois plus tard, il répond à ce même tribunal: " Je ne crains rien et je ne rétracte rien, il n'y a rien à rétracter et je ne sais pas ce que j'aurais à rétracter"

Giordano Bruno, Face à l'inquisition, le 21 décembre 1599.

« Le débat ne sera pas clos par mon bûcher mais au contraire, ouvert, après lui, et peut-être par lui, à l’humanité entière »
Giordano Bruno, Face à l'inquisition

le 20 janvier 1600, le pape Clément VIII constate l’incapacité du tribunal d’inquisition à faire plier l'accusé. Il est déclaré que Bruno est "un hérétique impénitent, tenace et obstiné". A la lecture du verdict le condamnant  à mort, Bruno répondit: « Vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à l'accepter » [d'après Gaspard Schopp à Conrad Rittershausen].

 

Le 17 février 1600, il est installé sur le bûcher sur le Campo Dei Fiori. Alors « qu’on lui montrait l’image du Sauveur crucifié, il l’a repoussée avec dédain et d’un air farouche » [d'après Gaspard Schopp à Conrad Rittershausen]. Giordano Bruno a alors tourné son regard vers le ciel, ce ciel qu'il décrivait infini et multiple... désormais voilé par la fumée des flammes qui montent vers lui.

Le cardinal Bellarmin qui a instruit le procès de Bruno fit écrire sur sa tombe cette contre-vérité « j’ai plié par la force le cerveau du superbe ».

Note: Outre Bruno, d’autres précurseurs des lumières comme Giulio Cesare Vanini, Étienne Dolet, Michel Servet ont également été exécutés à la même époque.

 

9 ans auparavant il avait écrit...

 

« J'ai combattu, et c'est beaucoup. J'ai pensé que je pourrais gagner mais... la nature et la chance ont limité mon effort. C'est déjà quelque chose d'avoir essayé. Depuis je vois que la victoire est entre les mains du destin. En ce qui me concerne, j'ai fait tout mon possible, ce qu'aucune génération ne pourra me refuser: que je n'ai pas craint la mort, que je ne me suis soumis à aucun comme personne ; et que j’ai préféré une mort courageuse à une vie non combattante.» « Je ne recule point devant le trépas et mon cœur ne se soumettra à nul mortel. »

Giordano Bruno, De monade, numero et figura (1591)
Note: Ces écrits n'étaient donc pas des fanfaronnades.


Poème Autobiographique

 

“Échappé de l'étroite prison trouble
Où pendant tant d'années l'erreur m'a retenu fermement,
Ici je laisse la chaîne qui me liait
Et l'ombre de mon ennemi farouchement malveillant
Qui ne peut plus me forcer au sombre crépuscule de la nuit.
Car celui qui a vaincu le grand Python
Avec le sang duquel il a teint les eaux de la mer a
mis en fuite la fureur qui m'a poursuivi. 
Vers toi je me tourne, je plane, ô ma voix de soutien;
Je te rends grâce, mon Soleil, ma Lumière divine,
Car tu as ajourné cette horrible torture,
Tu m'as conduit vers un tabernacle plus beau; 
Tu as apporté la guérison à mon cœur meurtri.

Tu es ma joie et la chaleur de mon cœur; 
Tu me fais sans crainte du destin ou de la mort;
Tu brises les chaînes et les barres
d'où peu sortent libres.
Les saisons, les années, les mois, les jours et les heures -
Les enfants et les armes du temps - et cette cour
où ni l'acier ni le trésor ne
m'ont protégé de la fureur [de l'ennemi].
Désormais j'étends mes ailes confiantes à l’air;
Je ne crains aucune barrière de cristal ou de verre;
Je clive les cieux et monte à l'infini.
Et pendant que je jailli de mon propre globe vers les autres mondes
Et que je pénètre toujours plus à travers le champ éternel,
Ce que les autres ont vu de loin, je le laisse loin derrière moi. ”

Giordano Bruno, l’infini, l’univers et les mondes, épître liminaire




L'Amour Héroïque

 

" L'amour héroïque est un tourment, car il ne se réjouit pas du présent comme l'amour animal, mais du futur et de l'absence" "S'il n'y avait pas d'amertume dans les choses, il n'y aurait pas de joie, tout comme le dur labeur nous fait trouver la joie du repos; la séparation est la cause de notre plaisir à l'union; et si nous enquêtons sur la question en général, on trouvera toujours que l'un des contraires est l'occasion de l'opportunité et du plaisir de l'autre." "Aimer et aspirer plus haut s'accompagne en effet de plus de gloire et de majesté, comme aussi de plus de tristesse et de douleur" "Ah, quelle condition, quelle nature ou quel destin est le mien! […] Vidé d'espoir aux portes de l'enfer, débordant de désir, j'atteins le ciel; et en tant qu'esclave éternel de deux contraires, je suis banni du ciel et de l'enfer"
Giordano Bruno, Les Fureur héroïques, I, 2 ; II, 1.

" L'aspiration au désir héroïque porte [le frénétique] bien au-delà de la limite de sa propre nature". "[cette frénézie] consiste en un certain ravissement divin qui fait que certains deviennent supérieurs aux hommes ordinaires"
Giordano Bruno, Les Fureur héroïques, I, 2 et 3.

" Pour les hommes bien disposés, l'amour de la beauté matérielle non seulement ne les éloigne pas du tout des grandes entreprises, mais leur donne plutôt des ailes pour les accomplir"
Giordano Bruno, Les Fureur héroïques, II, 1.

" Nous arrivons maintenant à notre but. Ces fureurs dont nous parlons, et dont les manifestations se manifestent dans ces dialogues, ne naissent pas de l'oubli de soi, mais d'un souvenir. Ce ne sont pas des délires non dirigés, mais de l'amour et du désir du beau et du bien, un modèle de perfection que l'on se propose d'atteindre pour soi-même en se transformant à sa ressemblance. Ce n'est pas le ravissement de celui qui est pris au piège de la passion bestiale sous la loi d'un destin indigne; mais une force rationnelle suivant la perception intellectuelle du bien et du beau compréhensible à l'homme à qui ils donnent du plaisir quand il se conforme à eux, de sorte qu'il s'enflamme par leur noblesse et leur lumière, et est investi de la qualité et de la condition qui font de lui un illustre et un digne. Par contact intellectuel avec cet objet divin, il devient un dieu; et se montre insensible et invincible aux choses que les hommes ordinaires ressentent le plus et par lesquelles ils sont le plus tourmentées; lui ne craint rien, et dans son amour de la divinité, il méprise les autres plaisirs et ne pense pas à sa vie. Ce n'est pas la frénésie mélancolique qui - au-delà du conseil, de la raison et de la prudence - le fera s'égarer à la merci du hasard et le porter dans le courant de sa tempête ruineuse, comme ceux qui, ayant transgressé certaines lois de la divine Adrastia, ont été condamnés à la boucherie des Furies et à la perte de toute paix par un conflit physique, résultant en trouble, délabrement et maladies, autant que spirituel, résultant de la perte d'harmonie entre les pouvoirs rationnels et le désir; mais c'est une chaleur allumée dans l'âme par le soleil de l'intellect, et un élan divin qui lui donne des ailes; de sorte qu'en le rapprochant toujours du soleil intellectuel, en rejetant la rouille des soins terrestres, il devient éprouvé et pur, acquiert le sentiment de l'harmonie divine et intérieure, et conforme ses pensées et agit à la mesure commune de la loi innée en toutes choses." Tout comme l’amant héroïque, en m’élevant sur les ailes de l'intellect, je me transforme en une divinité à partir d'une créature inférieure”.
Giordano Bruno, Les Fureur héroïques, I, 3.
Note: Bruno expose ici ce que Spinoza appele "l'amour intellectuel de Dieu", et que j'appelle Amour de la Raison Universelle.

Je me nourris de ma haute entreprise; et bien que l'âme n'atteigne pas la fin désirée et soit consommée par tant de zèle, il suffit qu'elle brûle dans un si noble feu”.
Giordano Bruno, Les Fureurs Héroïques, I, 3.

" Il n'est ni convenable, ni naturel que l'infini soit compris, ou qu'il se présente comme fini, car alors il cesserait d'être infini; mais il est parfaitement en accord avec la nature que l'infini, parce qu'il est infini, soit poursuivi sans fin"
Giordano Bruno, Les Fureur héroïques, I, 4.

" Un esprit héroïque préférera tomber ou manquer noblement dans une entreprise élevée, par laquelle il manifeste la dignité de son esprit, qu'obtenir la perfection dans des choses moins nobles, sinon viles"
Giordano Bruno, Les Fureur héroïques, I, 3.

" Il faut donc être élevé à cet intellect supérieur qui est beau en soi et bon en soi. C'est ce seul et suprême capitaine qui, seul, placé à la vue de pensées militantes, les illumine, les encourage, les renforce et les assure de la victoire par le mépris de toute autre beauté et la répudiation de tout autre bien. C'est donc cette présence qui surmonte toutes les difficultés et vainc toutes les violences." "Le frénétique est fier d'avoir la force et la robustesse du chêne"

Giordano Bruno, Les Fureur héroïques, I, 5.

" Cesarino: Comment comprenez-vous que l'esprit aspire à s'élever? Par exemple, serait-ce en se tournant vers les étoiles, ou le ciel cristallin?
Maricondo: Certainement pas, mais en allant au fond de l'esprit; et pour ce faire, il n'est pas du tout nécessaire de regarder les yeux grands ouverts vers le ciel, de lever les mains, de diriger ses pas vers le temple, de lasser les oreilles des statues avec les chants que nous faisons; mais il faut descendre plus intimement en soi et considérer que Dieu est proche, que chacun l'a avec lui, et en lui, plus qu'il ne peut l'être en lui-même, car Dieu est l'âme des âmes, la vie de toute la vie, l'essence des essences; et les planètes que vous voyez au-dessus et au-dessous de la canopée du ciel (comme il vous plait de l'appeler), ne sont que des corps, des créations similaires à notre terre, dans lesquelles la divinité n'est présente ni plus ni moins qu'elle n'est présente dans ce corps qui est notre terre aussi bien qu'en nous-mêmes. Ce sont les raisons pour lesquelles il doit d'abord quitter la multitude et se replier sur lui-même. Ensuite, il doit atteindre l'état dans lequel il ne regarde plus mais méprise chaque lutte, de telle sorte que plus les passions et le vice l’attaque de l'intérieur et ses ennemis vicieux de l'extérieur, plus il récupère son souffle et se relève, et avec une expiration (si possible) surmonte la pente raide. Alors il n'a plus besoin d'armes et de boucliers que la grandeur d'une âme invaincue et l'endurance d'un esprit capable de maintenir sa vie en équilibre et en continuité, un esprit qui procède de la connaissance et qui est régulé par l'art de spéculer sur des choses nobles."
Giordano Bruno, Fureurs Héroïques, II, 1.


" Si les héros, les dieux et les hommes m'encouragent à ne pas désespérer, ni la peur de la mort, ni la douleur corporelle, ni aucun obstacle au plaisir ne me causera de terreur, de souffrance ou de désir excessifs; que je puisse voir clairement mon chemin devant moi, que le doute, la douleur et la tristesse soient éteints par l'espoir, la joie et la joie intérieure." "si ma divinité brille sur moi, m'allume et se tient près de moi, elle me donnera la lumière, la puissance et la béatitude".
Giordano Bruno, Fureurs Héroïques, II, 1.


" Nous comprenons le sentiment exprimé ici à la lumière de notre explication dans les discours précédents, en particulier où nous avons montré que le sens des choses inférieures est atténué et même annulé lorsque les pouvoirs supérieurs sont vaillamment attentifs à l'objet plus glorieux et héroïque. La vertu de la contemplation est si grande (comme le note Jamblique) que parfois l'âme non seulement se détourne des actes inférieurs, mais échappe également complètement au corps." [...] "d'autres arrivent héroïquement au point de ne plus ressentir la peur de la mort, ni de souffrir la douleur du corps, ni de ressentir les obstacles du plaisir; car l'espérance, la joie et les délices de l'esprit supérieur rassemblent une telle force qu'elles abolissent toutes les passions qui peuvent engendrer le doute, la douleur et la tristesse."
Bruno illuste cette idée par une citation d'Epicure mourant et atteind de calcul reinaux: "Ayant atteint le dernier et le plus heureux jour de ma vie, j'ai prévu pour ce jour la paix, la santé et la tranquillité d'esprit; car peu importe combien la plus grande douleur me tourmente, ce tourment est complètement absorbé par le plaisir que nous avons pris dans nos créations et dans la considération de notre objectif".
Giordano Bruno, Fureurs Héroïques, II, 1.


"Toi ne cède pas au malheur, au contraire va de l'avant avec plus d'audace".
Giordano Bruno, L’expulsion de la bête triomphante, deuxième dialogue, III. (Citation de Virgile, Eneide, VI, 95).


"Fortitude, remplace donc Hercule, en portant devant toi la lanterne de la Raison car sinon tu ne serais plus fortitude mais stupidité, furie et témérité"
Giordano Bruno, L’expulsion de la bête triomphante, deuxième dialogue, III


« Même le soleil brille avec moins d'éclat que celui qui fait de moi le dieu le plus glorieux de la grande création des mondes »
Giordano Bruno, Les Fureurs Héroïques, chanson de l’éclairé.

 

note: Shakespeare avait été impressioné par les "fureurs héoïques" de Bruno et s'en inspira pour le personnage de Berowne dans Peines d’amour perdues.



Un Philosophe pas un Theologien

 

" Que celui qui désire philosopher, doutant d'emblée de tout, ne se démarque pas a priori d'un parti contradictoire plutôt que d'écouter les débats, et qu'il juge et définisse selon des raisons bien perçues et recueillies non pas de ce qui se dit, de la réputation, de la foule, de la longévité, des titres et décorations, mais qu'il juge  d'après lui-même et les choses selon la constante vigueur de l'enseignement et selon la vérité examinée à la lumière de la raison."
Giordano Bruno, Du triple minimum, I.

« Le juge suprême du vrai c’est l’évidence. Si l’évidence nous manque, si les sens ou la raison sont muets sachons douter et attendre. L’autorité n’est pas hors de nous mais au-dedans. Une lumière divine brille au fond de notre âme pour inspire et conduire toutes nos pensées. Voilà l’autorité véritable ».
Giordano Bruno, Lettre de réponse adressée à Filesac, le recteur de la Sorbonne.

" Celui qui jugerait correctement doit, comme je l'ai dit, pouvoir renoncer à l'habitude de croire. Il doit considérer deux points de vue opposés comme également possibles et doit rejeter tous les préjugés imprégnés depuis sa naissance - à la fois celui que nous rencontrons dans la conversation générale et celui [...] des universitaires estimés sages par la majorité des hommes à une certaine période."
Giordano Bruno, L'Univers, l'Infini, et les Mondes, V.

" Il se peut que je sois devenu stupide et que j'ai perdu la raison. Puisqu'il s'agit d'une maladie que personne ne perçoit moins que le patient lui-même"
Giordano Bruno, L'Univers, l'Infini, et les Mondes, V.

" Le contenu de mes livres est généralement philosophique et j'ai toujours parlé en tant que philosophe selon la lumière naturelle, sans penser à ce que la foi nous ordonne d'admettre" "Nous savons que vous n'êtes pas un théologien mais un philosophe, et que vous traitez de philosophie, pas de théologie".
Giordano Bruno, Fureurs Héroïques, II, I.



L'aveuglement des Ignorants


" L'habitude de croire, l’inculcation de certaines convictions depuis l'enfance ont assez de force pour nous interdire l'intelligence des choses les plus manifestes. De même, quand on s'est accoutumé à ingérer du poison, non seulement la complexion n’en ressent en fin de compte aucun dommage, mais elle a si bien fait de ce poison son aliment naturel que désormais le danger de mort vient de l'antidote lui-même"
Giordano Bruno, Le Banquet des Cendres, I.


" Certains deviennent impuissants et incapables d'appréhender la vérité, dans la mesure où leur affection l'emporte sur leur intellect. Tels sont ceux qui placent l'amour avant la compréhension, de sorte que tout leur apparaît coloré par leur affection; car c'est un fait établi que pour ceux qui veulent atteindre la vérité par la contemplation, une purification parfaite de la pensée est nécessaire".
Giordano Bruno, Les fureurs Héroïques, II, IV.




Tout ce qui est beau est aussi difficile que rare


" Teofilo — [...] Malgré sa solitude, ce solitaire [lui-même] peut et pourra remporter la victoire, triomphant en fin de compte de l'ignorance générale ; ce ne sont pas les témoignages de la multitude aveugle et sourde, non plus que les injures où les vaines paroles, qui permettront de trancher l’affaire, mais la force d'une pensée bien dirigée, qui finira par s'imposer. Car la foule des aveugles ne vaut pas un seul voyant, non plus que la foule des sots ne peut égaler un sage [...]
Smitho — Pourtant on s'en remet communément à l'opinion commune, afin de ne commettre aucune erreur qui n'ait la faveur et la compagnie de la foule.
Teofilo — Pensée bien indigne d'un homme ! Voilà pourquoi les hommes sages et divins sont si rares ; ainsi l'ont voulu les dieux, car ce qui est commun et général n'est ni estimable ni précieux.
Smitho— La vérité, je te crois volontiers, n'est connue que d'un petit nombre ; et seul un très petit nombre possède ce qui a du prix. Mais je demeure perplexe : il n'est pas rare de trouver chez un petit nombre, voire chez un seul homme, des raretés qui ne sont nullement estimables, qui ne valent rien, et qui peuvent même être des vices ou des folies d'une pire espèce.
Teofilo— Soit ; mais en fin de compte il est plus sûr de chercher hors de la foule ce qui est vrai et convenable, car de la multitude n'est jamais rien sorti de précieux ni de digne ; c'est toujours chez un petit nombre qu'on trouve les choses qui ont de la perfection et de la valeur. [...] »
Smitho— Laissons donc là ces discours pour prêter un peu l'oreille au Nolain [Bruno] et considérer sa pensée. C'est déjà beaucoup s'il a désormais acquis assez de crédit pour qu'on le juge digne d'être entendu.
Teofilo—Il n'en demande pas davantage. Maintenant, à vous de voir avec quelle vigueur sa philosophie maintient et défend ses positions, avec quelle force elle révèle la vanité et les tromperies des sophistes, comme l'aveuglement de la foule et de la philosophie vulgaire."
Giordano Bruno, Le Banquet des Cendres, I.


Importance Scientifique de Bruno


« Il ne faut pas oublier que nous devons tout à Bruno, et que, si aujourd’hui nous pouvons faire ces recherches, c’est grâce à lui. »
Kepler à Galilée. Lettres en 1597 et dans Dissertatio cum nuncio sidereo. Voir également la lettre de Martin Hasdale à Galilée datée du 15 avril 1610, où il lui dit que Kepler avait exprimé son admiration pour Galilée, bien qu'il regrette que, dans ses œuvres, ce dernier n'ait pas mentionné Copernic, Giordano Bruno et plusieurs Allemands qui avaient anticipé de telles découvertes, y compris Kepler lui-même.



Le Principe de Relativité

 

« Il n'y a pas de haut ni de bas, pas de disposition absolue dans l'espace. Il n'y a que des positions relatives aux autres. Partout il y a un incessant changement de positions relatives à travers l'Univers et l'observateur est toujours au centre des choses ».

Giordano Bruno, Cause, Principe, Unité, V.

"La terre pas plus que tout autre monde n'est au centre" "Ceux qui habitent la lune se croient au centre "
Giordano Bruno, L'Infini, L'univers et les Mondes, II.

"Si nous supposons une personne à l'intérieur d'un navire en mouvement au milieu des eaux, qui ne sait pas que l'eau est en mouvement, ni ne voit les rives, il ne sera pas au courant du mouvement du navire"
Giordano Bruno, L'Infini, L'univers et les Mondes, III.

« Toutes choses qui se trouvent sur la Terre se meuvent avec la Terre. La pierre jetée du haut du mât  reviendra en bas, de quelque façon que le navire se meuve».

Giordano Bruno, Le Banquet des cendres, III

Note: toute la physique  depuis Galilée, et revue par Einstein, est basée sur le principe de relativité énoncé ici par Bruno.


Astronomie


" Si nous pouvions observer le mouvement de chacune [des étoiles], nous trouverions qu'aucune étoile ne suit jamais le même cap à la même vitesse; ce n'est que leur grande distance de nous qui nous empêche de détecter leurs variations [ de mouvement]" "nous ne discernons que les plus grands soleils, des corps immenses. Mais nous ne discernons pas les terres car, étant beaucoup plus petites, elles nous sont invisibles. De même, il n'est pas impossible que d'autres terres tournent autour de notre soleil et nous soient invisibles en raison d'une distance plus grande ou d'une taille plus petite"
Giordano Bruno, L'Infini, l'Univers et les Mondes, III.




Hymne au levé du Soleil

 

" Les animaux nés pour contempler le soleil,
 après avoir attendu la nuit détestée,
 rendront grâce aux cieux miséricordieux et,
 prêts à gagner dans les cristaux globuleux
 de leurs yeux les rayons qu'ils ont tant attendus et languis,
 adoreront là à l'est, non seulement avec une adoration inattendue
 dans leur cœur, mais aussi avec des voix et des mains (apparition de l'homme)"

Giordano Bruno, Cause, principe, unité, I.




L’Infini Physique


 "Nous ne pouvons pas nier l'infini simplement parce que nous ne le percevons pas de façon sensible" "il n'y a
Statue brunorien à l'extérieur pour limiter l'univers"
Giordano Bruno, L'Infini, l'Univers et les Mondes, Epitre.

 

« Si la toute-puissance ne rend pas le monde infini, elle est impuissante à le faire; et s'il elle n'a pas le pouvoir de le créer à l'infini, alors elle doit manquer de vigueur pour le conserver pour l'éternité [...] si une puissance active infinie actionne un être corporel et dimensionnel, cet être doit nécessairement être infini; sinon, il y aurait dérogation à la nature et à la dignité du créateur et de la création » « si Dieu crée tout ce qu'il peut faire, l'Univers ne saurait être fini » « qui nie l'effet infini, nie la puissance infinie»

Giordano Bruno, L'Infini, l'Univers et les Mondes, I.

" Dans ce champ spacieux qu'est l'air ou le ciel, ou le vide, dans lequel sont tous ces mondes qui contiennent des animaux et des habitants pas moins que notre propre terre, car ces mondes n'ont pas moins de vertu ni une nature différente de celle de notre terre"

Giordano Bruno, L'Infini, l'Univers et les Mondes, Epitre

" Il existe une infinité de terres, une infinité de soleils et un éther infini - ou, comme le disent Démocrite et Épicure, un plein infini et un vide infini, l'un placé dans l'autre".
Giordano Bruno, L'Infini, l'Univers et les Mondes, II.
Note: à propos du vide infini et de la matière infinie décrits par Leucippe et Démocrite comme coexsitant l'un dans l'autre, voir notre commentaire sur le rien et le tout.

" Il n'y a qu'un seul espace général, une seule vaste immensité que nous pouvons librement appeler  Vide ; il y a d'innombrables globes comme celui-ci sur lequel nous vivons et grandissons. Nous déclarons cet espace infini, étant donné qu'il n'est point de raison, convenance, possibilité, sens ou nature qui lui assigne une limite. Il y a une infinité de mondes similaires aux nôtres et de même nature".

Giordano Bruno, L'Infini, l'Univers et les Mondes, V.

" Alors sera ouverte la porte de la compréhension des vrais principes de la nature, et nous pourrons avancer à grands pas sur le chemin de la vérité qui a été caché par le voile d'illusions sordides et bestiales et qui est resté secret jusqu'à nos jours, [..] depuis qu'a succédé à la lumière du jour des anciens sages, la nuit trouble des sophistes téméraires".
Giordano Bruno, L'Infini, l'Univers et les Mondes, III.


" Ce sont des racines amputées qui germent à nouveau. Ce sont des antiques choses qui se réveillent. Ce sont des vérités cachées qui se découvrent. C’est une nouvelle lumière qui après une longue nuit, pointe à l’horizon de notre connaissance et peut à peu s’approche du méridien de notre intelligence [...] Approuvant et confirmant ce que Democrite, Epicure et beaucoup d'autres ont dit, qui ont envisagé la nature avec des yeux plus ouverts, et n'étaient pas sourds à ses voix importunes".

Giordano Bruno, L'infini, l'Univers et les Mondes, V.



Dieu est la Nature, l'Univers Infini, la Monade


"Notre conception ou définition de la divinité diffère de la commune".

Giordano Bruno, Cause, Principe, Unité III.


" Je dis que Dieu est l'infini tout-entier parce qu'il imprègne l'ensemble du monde entier et chaque partie de celui-ci de manière globale et à l'infini".
L'Infini, L'!Univers et les Mondes, I.


«L'Un infini est parfait, dans la simplicité de lui-même absolument rien ne peut être mieux ou plus grand, c'est le tout unique, Dieu, la nature universelle, occupant tout l'espace à partir de quoi rien, sauf l'infini peut en donner une image parfaite»

Giordano Bruno, De innumerabilibus, immenso et infigurabili


« Dieu est la Monade, source de tous les nombres. L'absolument simple, fondement simple de toute grandeur et substance de toute composition ; supérieur à tout accident, infini et immense. La nature est nombre nombrable, grandeur mesurable et réalité déterminable. La raison est nombre nombrant, grandeur mesurante, critère d'évaluation. À travers la nature, Dieu influe sur la raison. La raison, à travers la nature, s'élève vers Dieu. »

Giordano Bruno, De triplici minimo, I.

Note: La définition de Dieu chez Bruno varie selon ses textes ce qui s'explique à l'intérieur de sa philosophie grâce au concept d'unité (voir plus bas).


Panthéisme/Paganisme

 

"Ainsi sommes-nous conduits à découvrir l’effet infini de la cause infinie ; et à professer que ce n’est pas hors de nous qu’il faut chercher la divinité, puisqu’elle est à nos côtés, ou plutôt en notre for intérieur, plus intimement en nous que nous ne sommes en nous-mêmes."
Giordano Bruno, Banquet des cendres, I.


« [Les anciens Égyptiens et Romains] n’adoraient pas Jupiter, comme s’il était la divinité, mais ils adoraient la divinité telle qu’elle était dans Jupiter» « La Divinité se révèle elle-même en toutes choses ... Tout a de la divinité latente en soi». «La Nature, c'est Dieu dans les choses».

Giordano Bruno, L’expulsion de la bête triomphante, troisième dialogue, II
Note: Bruno est le précurseur du panthéisme de Spinoza et de la religiosité cosmique d'Einstein



Intellectualisme – Visions cosmique



" La nature descend à la production des choses, et l'intellect monte à leur connaissance, par une seule et même échelle." "plus on se rapproche de l'intelligence de l'un, plus on s'approche de tout".
Giordano Bruno, Cause, Principe et Unité, V.

« C'est à l'intellect qu'il appartient de juger et de rendre compte des choses que le temps et l'espace éloignent de nous»
.
Giordano Bruno, L'univers, l'infini et les mondes I.

« La Lumière Divine est toujours en l'homme, se présentant aux sens et à la compréhension, mais l'homme la rejette».

Giordano Bruno, cité dans "Life and Teachings of Giordano Bruno" Coulson Turnbull (1913).



Immortalité matérialiste

 

" Grâce à cette science, nous atteindrons certainement ce bien que d'autres sciences recherchent en vain. Car voici la philosophie qui aiguise les sens, satisfait l'âme, agrandit l'intellect et conduit l'homme à la vraie félicité à laquelle il peut parvenir, qui consiste dans un certain équilibre, car elle le libère de la recherche ardente du plaisir et du sentiment aveugle du chagrin; elle le fait se réjouir du présent et ni craindre ni espérer pour l'avenir. Car cette Providence ou Destin ou Lot qui détermine les vicissitudes de notre vie individuelle ne désire ni ne permet que notre connaissance de l'un dépasse notre ignorance de l'autre, de sorte qu'à première vue nous sommes douteux et perplexes. Mais quand nous considérons plus profondément l'être et la substance de cet univers dans lequel nous sommes immuablement installés, nous découvrirons que ni nous, ni aucune substance ne souffrons la mort; car rien n'est en effet diminué dans sa substance, mais toutes choses errant dans l'espace infini subissent un changement d'aspect. [...] En aucun cas la nature des choses ne pouvait être anéantie quant à sa substance, sauf en apparence [...] Ainsi, Démocrite et Épicure qui soutenaient que tout dans l'infini subit un renouvellement et une restauration, comprirent ces choses plus véritablement que ceux qui voudraient à tout prix croire en l'immuabilité de l'univers, alléguant un nombre constant et immuable de particules d’une matière identique qui subit une transformation perpétuelle, l’une dans l’autre".

Giordano Bruno, L'Infini, l'Univers et les Mondes, Epitre.

Note: Bruno évoque ici l'équivalent de l'éternité des essences chez Spinoza, l'éternel retour chez Nietzche ou l'immortalité matérialiste dans l'Amour de la Raison Universelle. Bruno était sur la bonne voie, mais comme il n'a pas rompu avec le dualisme, il va finalement l'interpréter en terme de métensomatose (voir plus bas).

" Pythagore, qui ne craignait pas la mort mais la voyait comme une transformation, est parvenu à cette conclusion. [...] Salomon a également déduit cela, en disant: «il n'y a rien de nouveau sous le soleil, mais ce qui est, a déjà été". " Voyez donc comment notre esprit ne doit pas être affligé, comment il n'y a rien qui devrait nous effrayer: car cette unité est stable dans son unité et demeure ainsi pour toujours. Elle est éternelle, tandis que chaque aspect, chaque visage, chaque autre chose est vanité et néant - en effet, en dehors d'elle, il n'y a rien. Ces philosophes qui ont découvert cette unité ont trouvé leur sagesse bien-aimée. Car la sagesse, la vérité et l'unité sont en effet la même chose, même si tout le monde ne l'a pas compris, car certains ont adopté la manière de parler, mais pas la manière de comprendre les véritables sages. Aristote, entre autres, n'a pas découvert l'un, ni l'être, ni le vrai, parce qu'il n'a pas reconnu l'être comme l'Un. [...] Avec ses explications néfastes et ses arguments irresponsables, ce savant aride pervertissait le sens des anciens et entravait la vérité".

Giordano Bruno, Cause, Principe, Unité, V.



La Compatibilité de la Liberté et de la Nécessité

 

« Liberté, volonté, nécessité sont tout à fait la même chose"
Giordano Bruno, L'Expulsion de la bête triomphante, II, I.

" [L']action [de l'univers] est déterminée par la nécessité, puisqu'elle procède de cette volonté suprêmement immuable, où immuabilité et nécessité ne sont donc qu'une seule et même chose. C'est pourquoi nous percevons l'identité complète de la liberté, du libre arbitre et de la nécessitéet, de plus, nous reconnaissons que l'action et la volonté, la potentialité et l'être ne sont qu'un." ""Il ne peut pas vouloir faire autre chose que ce qu'il veut" "Cette nécessité et ce libre arbitre sont compatibles". "Ces syllogismes sont démontrables. Néanmoins, je loue quelques dignes théologiens  qui ne les acceptent pas. Pour avoir soigneusement examiné la question, ils savent que les gens grossiers et ignorants sont incapables de concevoir comment, sous cette nécessité, le libre arbitre et la dignité ou les récompenses de la justice peuvent survivre. C'est pourquoi, confiants ou désespérés sous un destin irrévocable, ils deviennent inévitablement très méchants."

Giordano Bruno, L'infini, l'Univers et les Mondes, I

Note: Comme chez Spinoza, la compatibilité de la nécessité/déterminisme et de la liberté est affirmée, mais elle n'est pas bien expliquée. Vous trouverez une proposition d'explication moderne à cette compatibilité dans le chapitre "la liberté et le déterminisme" de l'Amour de la Raison Universelle.


Pas d'essence du Mal dans le biologique / le naturel

" DISCONO. Que dites-vous de la mort, de la corruption, des vices, des défauts, des monstres? Pensez-vous qu'ils ont aussi une place dans ce qui est tout ce qui peut et qui est en acte tout ce qui est en puissance?
  TEOFILO. Ces choses ne sont ni acte ni puissance, mais défaut et impuissance trouvées dans les choses dépliées, parce qu'elles ne sont pas tout ce qu'elles peuvent être et sont obligées de devenir ce qu'elles peuvent être. "
Giordano Bruno, Cause, Principe, Unité, III.

Note: On retrouve ce naturalisme morale chez Spinoza, bien qu'une trop grande généralisation de l'idée de perfection naturelle conduise à conserver l'idée de providence dans le biologique, ce qui est à mon avis une des limites de la pensée de Spinoza et de Bruno pour qui "ce monde compris comme fini est dit opportun, bon et nécessaire" (L'Infini, l'univers, les Mondes, I).


l'Unité: le Tout est Un


" L'univers est tout ce qu'il peut être, d'une manière dépliée, dispersée et distincte, tandis que son premier principe est tout ce qu'il peut être d'une manière unifiée et indifférenciée, puisque tout est là dans son ensemble, absolument une seule et même chose sans différence ni distinction."
  "Si, par conséquent, le soleil était tout ce qu'il pouvait être et possédait tout ce qu'il était disposé à posséder, il serait simultanément partout et en toutes choses; il serait si parfaitement mobile et rapide qu'il serait également absolument stable et immobile." "La divinité est dite éternellement stable et tout à fait rapide dans sa course d'un bout à l'autre "
Giordano Bruno, Cause, Principe, Unité, III

   " Bien que je prétende que toute cette multiplicité se rassemble en un seul être indivisible qui est au-delà de toute sorte de dimension, j'affirme toujours que cet être est la matière dans laquelle tant de formes sont unies [...] permettant de conclure qu'il y a une seule matière, une seule puissance, par laquelle tout ce qui existe le fait en acte" " la matière possède à la fois, toujours et ensemble, tout ce qu'elle peut posséder et est tout ce qu'elle peut être; dans ce dernier cas, [l'univers] a tout ce qu'il peut posséder et est tout ce qu'il peut être, mais à des moments différents et selon un certain ordre de succession "
   " La forme qui comprend toutes les qualités n'est en elle-même aucune; ce qui comprend tous les figures n'en possède pas lui-même; ce qui possède tout être sensible n'est pas, pour cette raison, accessible aux sens. Ce qui possède tout être naturel est hautement indivisible; ce qui possède tout être intellectuel est encore plus fortement indivisible; ce qui possède tout ce qui peut être est le plus fortement indivisible de tous."
   "[Le Tout] a toutes les mesures et a toutes les espèces de figures et dimensions. Parce qu'il les a toutes, il n'en a aucune, car ce qui est tellement de choses différentes n'est nécessairement aucun d'eux en particulier". "Il ne diffère pas du tout dans la puissance absolue et l'acte absolu, et, parce qu'il est absolument tout, il est donc absolument pur, simple, indivisible et unifié. S'il possédait des dimensions finies, un être fini, une propriété finie et une individualité finie, il ne serait pas absolue, il ne serait pas tout".
Giordano Bruno, Cause, Principe, Unité, IV.

  " L'être - la substance, l'essence ~ est Un, et puisque celui-ci est infini et illimité, tant en termes de durée que de substance, comme en termes de grandeur et de vigueur, il n'a la nature ni d'un principe ni de ce qui est fondé sur des principes"  "L’infini est sans doute l'Un" "L'être unique et suprême, dans lequel l'acte réalisé ne diffère pas de la puissance, peut être tout à fait et est tout ce qu'il peut être" "Parce qu'il comprend tout, qu'il ne prend pas les choses l'une après l'autre, et ne souffre d'aucun changement ni par lui, ni en lui-même, il est, par conséquent, tout ce qu'il peut être, et en lui (comme je l'ai dit l'autre jour), l'acte ne diffère pas de la puissance". 
   " En suivant de près le raisonnement des philosophes naturels et en laissant les logiciens à leurs fantasmes, on découvre que tout ce qui cause la différence et le nombre est pur hasard, pur figure" " Dans l’infini, le point, la ligne, la surface et le corps ne diffèrent pas. Car là, la ligne est surface car, en se déplaçant, elle peut devenir surface, et là la surface se déplace et devient corps, dans la mesure où elle peut se déplacer et devenir, par son écoulement, un corps." "Ceux qui disent que l'Un est le principe substantiel signifient que les substances sont comme des nombres, et ceux qui pensent que le principe substantiel est un point signifient que les substances des choses sont comme des figures tous s'accordent à poser un principe indivisible"
  " [Le tout] n'a pas de mouvement local puisqu'il n'y a rien en dehors de lui vers lequel il peut être déplacé, étant donné qu'il est le tout. Il ne s'engendre pas parce qu'il n'y a pas d'autre être qu'il puisse anticiper ou désirer, puisqu'il possède tout l'être. Il n'est pas corrompu parce qu'il n'y a rien d'autre dans lequel il pourrait se changer, étant donné qu'il est tout. Il ne peut diminuer ou augmenter parce qu'il est en infinité ou à partir de laquelle rien ne peut être ajouté ou soustrait, puisque l’infini n'a pas de parties mesurables. Il n'est pas modifiable en termes de disposition, car il ne possède aucun extérieur auquel il pourrait être soumis et par lequel il pourrait être affecté. De plus, puisqu'il comprend tous les contraires de son être dans l'unité et l'harmonie, et puisqu'il ne peut avoir aucune propension à un autre et à un nouvel être, ou même à une manière
d'être puis à une autre, il ne peut être sujet à changement selon aucune qualité".
    "Alors pourquoi les choses changent-elles? Pourquoi la matière particulière se transforme-t-elle en d'autres formes? Ma réponse est que la mutation ne vise pas un autre être, mais un autre mode d'être. Et c'est la différence entre l'univers et les choses de l'univers: car l'univers contient tout l'être et tous les modes d'être, tandis que chaque chose de l'univers possède tout l'être mais pas tous les modes d'être"
Giordano Bruno, Cause, Principe, Unité, V

" De la même manière, que toutes les dimensions d'une sphère sont non seulement égales (la longueur étant égale à la profondeur et à la largeur) mais même identiques, car dans une sphère que vous appelez profondeur, vous pouvez en même temps appeler longueur et largeur. De façon analogue, dans l'essence divine, la hauteur de la sagesse est une avec la profondeur du pouvoir et l'étendue de la bonté. Toutes ces projections sont égales car elles sont infinies".

Giordano Bruno, Cause, Principe, Unité, V et Fureurs Héroïques, I, V.

"Vérité, Providence, Liberté et Nécessité, Unité, Essence et Entité consistent toutes en un seul absolu"
Giordano Bruno,
L'Expulsion de la bête triomphante, II, I.

" Notre philosophie n'est nullement opposée à la raison. Elle réduit tout à une seule origine et relie tout à une seule fin, et fait coïncider les contraires, de sorte qu'il y a un fondement primordial à la fois d'origine et de fin."
Giordano Bruno, L'Univers, l'Infini et les Mondes, V.

Note:
L'Ethique de Spinoza se conclut en unifiant "salut, béatitude, liberté et amour de Dieu" (Ethique, V, XXXVI , Scholie). Une Unité est également la conclusion de l'Amour de la Raison Universelle (voir le "bilan des équivalences" servant de résumé à la fin de la deuxième partie).


La Partie et le Tout / Le Macrocosme et le Microcosme

 

« Je dis que Dieu est tout infini, parce que tout en lui se trouve dans le monde en son entier et totalement dans chacune de ses parties, au contraire de l'infinité de l'univers, laquelle est totalement dans le tout, et non dans ces parties finies.»
Giordano Bruno, L'infini, l'Univers et les Mondes, I.

« Ce qu’on peut dire de chaque parcelle du grand-tout, atome, monade, peut se dire de l’univers comme totalité».
Giordano Bruno, Cause, Principe et Unité

Note: Spinoza dira que comprendre une chose singulière, c'est comprendre Dieu (Ethique, V, XXIV).


"A une nouvelle conception du cosmos, doit correspondre une nouvelle conception de l'homme" "Si cela est vrai, et c'est vrai ! Alors Dieu n'est pas au-dessus de nous, hors du monde, mais partout dans chaque particule de matière inerte ou vivante. Il est la matière même !"
Giordano Bruno (film 1973).


" Quelle que soit la chose que nous prenons dans l'univers, elle a en elle-même ce qui est entier partout, et donc comprend, à sa manière, l'âme du monde entier (bien que, comme nous l'avons dit, elle ne la comprend pas totalement), et ce monde l'âme est entière dans chaque partie de l'univers. C'est pourquoi, même si l'acte est un et constitue un être unique, où qu'il se trouve, il ne faut pas penser qu'il existe dans le monde une pluralité de substance et de ce qui est réellement "

Giordano Bruno, Cause, Principe et Unité, V


Simplicité Logique

   " L'homme qui pourrait réduire à une seule proposition toutes les propositions disséminées dans les principes d'Euclide serait le géomètre le plus abouti et le plus parfait; de même, le logicien le plus parfait serait celui qui aurait réduit toutes les propositions en logique à une seule. " "Tendons vers le principe et le fond des choses, nous progresserons vers l'indivisibilité, et nous ne devons jamais croire que nous sommes arrivés au  premier être et la substance universelle jusqu'à ce que nous atteignons cet indivisible où tout est compris."
Giordano Bruno, Cause, Principe, Unité, V.


 la Causalité physique

    " Puisque l'univers est infini et immobile, il n'est pas nécessaire d'en rechercher la force motrice" " Il n'y a, en fait, aucun  primum mobile" "la croyance en un mobile primum est un vain fantasme" " En nombre donc, et en multitude, il y a une possibilité infinie de mouvement et un mouvement infini. Mais dans l'unité et la singularité, la force motrice est immobile infinie, l'univers est immobile infini. Et le nombre et la magnitude infinis coïncident avec l'unité et la simplicité infinie dansun seul principe tout à fait simple et indivisible, qui est la vérité et l'être . Il n'y a donc ni primum mobile,  ni ordre de celui-ci du second et des autres corps mobiles ni vers un corps ultime ni encore vers l'infini. Mais tous les corps mobiles sont tout aussi proches et également éloignés du pouvoir moteur premier et universel" " Ainsi, à partir d'une seule force motrice infinie et universelle dans un seul espace infini, il n'y a qu'un seul mouvement universel infini dont dépendent une infinité de corps mobiles et de forces motrices, dont chacune est finie à la fois en taille et en puissance" "Un espace infini n'est pas impossible mais nécessaire [...], un tel effet infini est la cause infinie."

Giordano Bruno, L'infini, l'Univers et les Mondes, I et V

" Aucune puissance ou impulsion naturelle n'est sans sa raison d'être, qui est en fait la règle de la nature qui ordonne les choses"

Giordano Bruno, Les Fureurs Héroïques, II, 4.



Contre Aristote: du Dualisme au Monisme dualiste


    "Aristote n'a apporté aucun âge d'or à la philosophie" " Qui a du bon sens et ne voit pas le profit récolté par Aristote, le maître de lettres d'Alexandre, quand il a utilisé son noble intellect pour contredire et faire la guerre à la théorie pythagoricienne et à la théorie des philosophes naturels ? " "Aristote lui-même était le bourreau d'autres philosophes divins".
Giordano Bruno, L'infini, l'Univers l'Infini et les Mondes, V et Les Fureurs Héroïques, II, 2.


    " [Les matérialistes Démocrite, Epicure…] veulent que les formes ne soient rien de plus que certaines dispositions accidentelles de la matière. Et moi bien longtemps j'ai adhéré à cet opinion par cela seul qu'elle a des fondements qui correspondent plus à la nature que ceux qu'Aristote, mais après mure réflexion eu égard à plus d'objets nous trouvons qu'il est nécessaire de reconnaitre dans la nature deux sortes de substance: l'une qui est forme, l'autre qui est matière"
[toutefois....] "Je voudrais savoir si, compte tenu de la grande union que cette âme du monde et la forme universelle de la matière, on ne pouvait pas admettre une tout autre manière de philosopher, appartenant à ceux qui ne sépare pas l'acte de l'essence de la matière, et qui comprennent la matière comme une chose divine [...] Une telle philosophie, me semble-t-il, ne mérite pas d'être rejetée"
    
" Ce principe, appelé matière, peut être considéré dans deux façons: premièrement, comme puissance; deuxièmement, comme substrat" "cette puissance passive correspond si parfaitement à la puissance active que l'une ne peut exister d'aucune façon sans l'autre, de sorte que, si le pouvoir de faire, de produire et de créer a toujours existé, il en est de même du pouvoir d'être fait, produit et créé, car une puissance implique l'autre. Je veux dire qu'en posant l'un, nous posons nécessairement l'autre" "la puissance active et la puissance passive sont, à la fin, une seule et même chose" "le pouvoir d'être accompagne l'être en acte et ne le précède pas, car si ce qui peut exister se faisait, il existerait avant d'être fait" ""acte et puissance sont la même chose"

     " En quoi consiste l'être substantiel de Socrate?», Ils répondront: «En socratéité»; si vous demandez ensuite: «Que voulez-vous dire par socratité?», ils répondront: «La forme substantielle et la matière propre de Socrate». Mais laissons de côté cette substance qui est matière et demandons: «Quelle est la substance en tant que forme? Certains d'entre eux répondront: «C'est son âme». Demandez-leur: "Qu'est-ce que cette âme?" S'ils disent que c'est l'entéléchie et la perfection d'un corps possédant une vie potentielle, remarquez que c'est un accident. " "Les formes n'existent pas sans matière, dans lesquelles elles sont générées et corrompues, et dans le sein desquelles elles jaillissent et dans lesquelles elles sont ramenées. Par conséquent, la matière, qui reste toujours féconde et identique, doit avoir la prérogative fondamentale d'être reconnue comme le seul principe substantiel; comme ce qui est et demeure pour toujours, et toutes les formes réunies ne doivent être prises que comme des dispositions variées de la matière, qui vont et viennent, cessent et se renouvellent, de sorte qu'aucune n'a de valeur comme principe. C'est pourquoi nous trouvons des philosophes qui, après avoir réfléchi à fond l'essence des formes naturelles, [...] ont finalement conclu que ce ne sont que des accidents et des particularités de la matière, de sorte que, selon eux, c'est à la matière que nous devons accorder le privilège d'être acte et perfection, [...] c'est-à-dire, à leur avis, la matière, qui pour eux est un principe nécessaire, éternel et divin, comme c'est le cas pour Avicebron, le Maure, qui l'appelle " Dieu qui est en tout ".

     " Vous voyez donc à quel point l'excellence de la puissance est grande, et si vous aimez enflammer l'essence de la matière, dans laquelle les philosophes vulgaires n'ont pas pénétré, vous pouvez, sans nuire à la divinité, la traiter de manière plus élevé que Platon l’a fait dans sa République et son Timée. Ces idées ont scandalisé certains théologiens parce qu'ils ont trop valorisé la matière. Cela s'est produit  [...] parce que les théologiens, ayant été élevés sur les opinions d'Aristote, ne considéraient la matière qu'au sens du substratum des choses naturelles, ne les avait pas bien comprise. Ils ne voient pas que, selon d'autres, la matière est comprise comme étant commune aux mondes intelligibles et sensibles".
    " L'univers a un premier principe pris comme une unité, et n'est plus considéré comme doublé en principe matériel et en principe formel" "bien qu'en descendant le long de l'échelle de la nature, il y a deux substances, une spirituelle et une matérielle, les deux sont finalement réduits à un être et à une racine ".

Giordano Bruno, Cause, Principe et Unité, dialogue III.

Note: Bruno réactive les thèses panthéistes de David de Dinant (XIIe siècle) qui avait affirmé que Dieu était la matière. Malgré son unité, Bruno conserve donc malgré tout deux substances indépendantes pour l'âme et la matière qui fusionnent en une seule substance seulement plus tardivement chez Spinoza.

Note: A propos de l'intelligibilité de la matière, voyez notre page sur Démocrite.



   " Voulez-vous que je continue et vous fasse voir toutes les absurdités dans lesquelles Aristote se met? Il dit que la matière existe en puissance, mais demandez-lui: quand sera-t-elle en acte? Avec une grande foule, il répondra: Quand il aura une forme. Mais insistez et demandez: quand cela se produit, qu'est-ce qui commence à exister? [..] Comment pouvez-vous accorder la puissance, alors, à quelque chose qui ne sera jamais en acte et ne possédera pas d'acte? " [..]
   " Si la forme, conformément à son être fondamental possède, non seulement logiquement - dans le concept et dans la raison - mais aussi physiquement dans la nature, une essence simple et invariable, alors la forme doit exister dans la puissance perpétuelle de la matière, qui n'est pas distincte de l'acte, comme je l’ai plusieurs fois expliqué dans mes différentes discussions concernant la puissance."
   " Toutes les formes naturelles émergent et dérivent de la puissance de la matière." "Même dans ces choses inférieures, l'acte coïncide finalement - sinon entièrement, au moins dans une large mesure - avec la puissance"
Giordano Bruno, Cause, Principe et Unité, IV



Epicurisme

« Si vous ne jouissez du prochain
Comment jouirez-vous du lointain?
On fait une erreur sans remède
En boudant l'objet qu'on possède
Pour convoiter toujours celui
Qu'entre les mains d'autrui l'on vit
Quel est l'amoureux de son reflet
Qui s'est à tout jamais
Ou tel le matin qui se noie
En chassant L'ombre de sa proie

Laisser donc l'ombre, aimez le vrai
Sans sacrifier le temps qui est
Je rêve aussi d'un jour meilleur
Mais pour ma paix et mon bonheur
Je mets au futur l'espérance
Et au présent la jouissance
Voilà le moyen d'obtenir
Double plaisir »

Giordano Bruno, Le Banquet des cendres, I



Le Libérateur

 

bruno   « Le Nolain [lui-même] a libéré l'esprit humain et la connaissance, qui étaient enfermés dans une étroite prison à l'air turbulent et ne pouvaient que difficilement contempler les étoiles dans l’immensité que par certains orifices ; leurs ailes ayant été coupées, jusqu'à ce qu'il vole pour déchirer le voile de ces nuages, et découvre ce qui se tenait vraiment là-haut, nous débarrassant des chimères de ceux qui, étant sortis de la boue et des grottes de la terre, se donnant pour des Mercures et des Apollons descendus du ciel, ont présenté comme autant de vertus, d’idées divines et de rigoureux principes d’innombrables folies, grossièretés et vices infinis et ont rempli le monde d’impostures, éteignant la lumière qui rendait les âmes des anciens divines et héroïques, approuvant et confirmant la ténébreuse obscurité des sophistes et des ânes. A l’esprit divin et providentiel qui chuchote intérieurement à l’oreille, la raison humaine opprimée, ne peut que pleurer sur son sa déchéance, dans ses intervalles de lucidité, écrasée par son asservissement. [...]

 Voici alors apparaître l'homme qui a franchi les airs, traversé le ciel, parcouru les étoiles, outrepassé les limites du monde, dissipé les murailles imaginaires des sphères - du premier, du huitième, du neuvième, du dixième rang ou davantage - postulées par de vains calculs mathématiques ou par une aveugle et vulgaire philosophie (...). C'est lui qui, avec les clefs de sa compétence, a ouvert par ses recherches ceux des cloîtres de la vérité auxquels nous ne pouvons avoir accès. Il a mis à nu la nature, que des voiles enveloppaient »

Giordano Bruno, Le Banquet des Cendres, I.


   
« Ce n'est pas le premier venu qui peut se charger les épaules d'un tel fardeau: il faut pouvoir le porter, comme le Nolain [Bruno], ou du moins comme Copernic le déplacer vers le but sans rencontrer trop de difficultés. De plus, les détenteurs de cette vérité doivent se garder de la communiquer à n'importe qui, s'ils ne veulent […] apprendre à leurs dépens ce que les cochons font des perles et récolter pour fruit de leur travail et de leur peine ce que produit d'ordinaire la sotte et téméraire ignorance, alliée à la présomptueuse grossièreté qui lui tient toujours fidèlement compagnie. Les ignorants que nous pouvons instruire, les aveugles que nous pouvons éclairer, sont ceux dont la cécité n'est pas imputable à une incapacité naturelle ou à un manque d'intelligence et de discipline, mais à une perception et à une réflexion insuffisante: en pareil cas, l'acte seul leur fait défaut et non la faculté. Poussés par une sorte d’envie paresseuse, certains ont assez de malignité et de scélératesse pour se dresser avec orgueil et colère contre quiconque fait mine de les instruire: doctes et docteurs aux yeux des autres et, qui pis est, à leurs propres yeux, ils ne peuvent souffrir qu'un audacieux fasse preuve d'un savoir dont eux-mêmes sont dépourvus. Vous allez les voir s'enflammer de rage et de fureur. […]
Giordano Bruno, Le Banquet des Cendres, I.



Déclaration de guerre aux professeurs d'Oxford


À celui qui n'est pas content

Si j'ai meurtri ta chair d'un coup de dents cynique,
Toi seul est à blâmer, misérable roquet.
Ton bâton et ton fer sur moi n'ont point d'effet :
Mieux vaudrait t'abstenir de me faire la nique.
C'est parce que tu m'as traité indignement
Que je tanne ton cuir et te fais ton affaire
Dussé-je choir ensuite et mordre la poussière,
Ta honte désormais s'inscrit dans le diamant.
Ne va pas dévêtu voler le miel d'avette
Ne mords pas dans mon pain, s'il te casse les dents
Ne sème pas, pieds nus, d'épines dans mon champ.
Prends garde aux araignées, toi qui n'est qu'un insecte ;
Ne va pas, souriceau, dans la mare aux reinettes
Et n'étant qu'un poulet, du renard méfie-toi.
À l'Évangile ajoute foi,
Car il le dit et le répète :
Qui sème l'erreur dans nos champs
Récoltera le châtiment.

Giordano Bruno, Le Banquet des Cendres




Seul contre Tous

" Je n'ai jamais commis d'actes de vengeance par vanité sordide ou par faible intérêt personnel, mais par dévouement pour la majesté offensée de ma mère bien-aimée, la philosophie".
Giordano Bruno, Cause, Principe et Unité, I.

" Personne n'aime sincèrement le vrai et le bien sans s'énerver contre la multitude, tout comme personne ne ressent l'amour vulgaire sans être jaloux et craintif pour la chose aimée".
Giordano Bruno, Les Fureurs Héroïques, II, 4


" Nous deviendrons certainement plus grands que ceux que le public aveugle adore, car nous atteindrons la vraie contemplation de l'histoire de la nature qui est inscrite en nous-mêmes, et nous suivrons les lois divines qui sont gravées dans nos cœurs".

Giordano Bruno, L'Infini, l'Univers et les Mondes, Epitre

" Si j'avais conduit une charrue, fait paître un troupeau, entretenu un jardin, façonné un vêtement: personne ne me regarderait, peu m'observeraient, rarement un me reprendrait; et je pourrais facilement satisfaire tous les hommes. Mais puisque j'explorerais le domaine de la nature, prenais soin de la nourriture de l'âme, favorisais la culture du talent, devenais expert comme Dédale des voies de l'intellect; voici, que l'un menace de me découvrir, un autre m'assaille à sa vue, un autre mord en m'atteignant, un autre qui m'a attrapé me dévore; pas un, ni peu, mais ils sont nombreux, voire presque tous. Aussi savez-vous pourquoi je déteste la foule, je déteste le troupeau vulgaire et dans la multitude je ne trouve aucune joie. C'est l'Unité qui m'enchante. Par sa puissance, je suis libre mais servile, heureux de douleur, riche de pauvreté et rapide même de mort. Par sa vertu, je n'envie pas ceux qui sont libres quoique libres, qui pleurent au milieu des plaisirs, qui endurent la pauvreté dans leur richesse et une mort vivante. Ils portent leurs chaînes en eux; leur esprit contient son propre enfer qui les abaisse; dans leur âme se trouve la maladie qui se perd, et dans leur esprit la léthargie qui fait mourir. Ils sont sans la générosité qui affranchirait, la longue souffrance qui exalte, la splendeur qui illumine, la connaissance qui donne la vie. Par conséquent, je ne fuis pas avec lassitude le chemin difficile, ni n'abstiens paresseusement mon bras de la tâche actuelle, ni ne me retire désespéré de l'ennemi qui m'affronte, ni ne détourne mes yeux éblouis de la fin divine. Pourtant, je suis conscient que je suis surtout considéré comme un sophiste, cherchant plutôt à paraître subtil qu'à révéler la vérité; un camarade ambitieux diligent plutôt pour soutenir une nouvelle et fausse secte que pour établir l'ancien et le vrai; un piège d'oiseaux qui poursuit la splendeur de la renommée, en étalant devant l'obscurité de l'erreur; un esprit inquiet qui saperait l'édifice d'une bonne discipline pour établir le cadre de la perversité.
    C'est pourquoi, mon seigneur, que les puissances célestes dispersent devant moi tous ceux qui me haïssent injustement; que mon Dieu me soit toujours gracieux; que tous les dirigeants de notre monde me soient favorables; que les étoiles me donnent de la semence pour le champ et de la terre pour la semence, afin que la récolte de mon travail paraisse au monde utile et glorieuse, que les âmes soient éveillées et que la compréhension de ceux qui sont dans les ténèbres soit illuminée. Car assurément je ne feins pas; et si je me trompe, je le fais sans le savoir; ni dans la parole ou l'écriture, je ne lutte pour la victoire, car je considère que la réputation du monde et le succès creux sans vérité sont haineux pour Dieu, les plus vils et les plus déshonorants. Mais je m'épuise, me vexe et me tourmente par amour de la vraie sagesse et du zèle pour la vraie contemplation. Je vais le manifester par des arguments concluants, dépendant de raisonnements vifs, dérivés d'une sensation régulée, instruits par de vrais phénomènes; car ceux-ci, en tant qu'ambassadeurs dignes de confiance, émergent des objets de la Nature, se rendant présents à ceux qui les recherchent, évidents pour ceux qui les regardent attentivement, clairs pour ceux qui les appréhendent, certains et sûrs pour ceux qui les comprennent. Ainsi je vous présente ma contemplation concernant l'univers infini et les mondes innombrables".

Giordano Bruno, L'Infini, l'Univers et les Mondes, Epitre


" Voyons comment ce citoyen et serviteur du monde, fils de son père le Soleil et de sa mère la Terre, voyons comment le monde qu'il aime trop doit le hair, le condamner, le persécuter, et le faire disparaitre".
Giordano Bruno, L’expulsion de la bête triomphante, épitre explicative



Anti judéo-christianisme


« Le christianisme semble la cause originelle de la décadence historico-universelle, parvenue à son sommet avec la réforme luthérienne. Le christianisme retourne à ses principes originels d’ânerie et de pédanterie et prépare sa propre mort. Erasme a bien vu la folie ». “Je crois à la puissance et aux gestes héroïques indispensable pour le développement de la civilisation. Et alors viendra la sagesse antique, victorieuse du christianisme paulien et luthérien, pour rénover l’homme, la science et la civilisation. Hébraïque et chrétien s’éloigneront dans la nuit et la décadence. Un autre monde affleura à la lumière du jour. Cette religion nouvelle sera intrinsèquement civile et naturelle »
Giordano Bruno, cité par Jean Rocchi, l’errance et l’hérésie p170-171.


Jesus-Christ et l'inversion des valeurs par la religion



Dans l'Expulsion de la Bêtre Triomphante, Bruno met en scène un conseil des dieux réuni par Jupiter pour une réforme de grand ampleur du ciel [= la religion], où il est notamment traité du cas d'Orion[=version parodique de Jésus].

 
« Le miraculeux Orion[=Jesus] épouvante les divinités avec l’imposture, l’adresse, la gentiellesse inutile, le vain prodige, l’artifice, la bagatelle et la filouterie et qui comme des guides, des conducteurs et des potiers dirigent la jactance, la veine gloire, l’usurpation, la rapine, la fausseté, et de nombreux autres vices"

Giordano Bruno, L’expulsion de la bête triomphante, épitre explicative

"     -Neptune a demandé: Que ferrez-vous faire de mon favori, de mon beau mignon, je veux dire de cet Orion qui fait (comme disent les étymologistes) uriner le ciel?
      - Ici, Momos répondit: - Permettez-moi de proposer. Il nous est tombé dessus, tout comme dit le proverbe de Naples, comme les macaronis dans le fromage! Ceci, parce qu'il sait faire des merveilles et, comme le sait Neptune, il peut marcher sur les vagues de la mer sans couler, sans se mouiller les pieds; et avec ça par conséquent il pourra faire bien d'autres belles bontés. Envoyons-le parmi les hommes; afin qu’il leur fasse croire que le blanc est noir, que l'intellect humain s’aveugle quand il voit; que ce qui selon la raison semble excellent, bon et même très bon est lâche, scélérat et extrêmement mauvais; que la nature est une ignoble putain, que la loi naturelle est une canaillerie; que la nature et la divinité ne peuvent contribuer à la même bonne fin, et que la justice de l'une n'est pas subordonnée à la justice de l'autre, mais que ce sont des choses contraires, comme les ténèbres et la lumière; que toute la divinité est la mère des Grecs [=les chrétien], et c'est comme une belle-mère ennemie des autres peuples; par laquelle personne ne peut être reconnaissant envers d'autres dieux que grecque, ou devenant grec[=chrétien], parce que le plus grand scélérat et poltron que connu la Grèce, puisqu’il appartenait au peuple des dieux, est incomparablement meilleur que l’homme le plus juste et le plus magnanime qui est pu venir de Rome au temps de la République, et de n’importe quel autre peuple, quoique meilleur en coutumes, science, courage, jugement, beauté et autorité. Parce que ce sont des dons naturels et méprisés par les dieux, et laissés à ceux qui ne sont pas capables de plus grands privilèges: comme sautiller sur les eaux, faire danser les écrevisses et cabrioler les boiteux, permettre aux taupes de voir sans lunettes et autres gracieusetés de la même farine. Il convaincra avec cela que toute la philosophie, la contemplation et la magie naturelle qui peuvent rendre semblables à nous les dieux, ne sont que folie; que chaque acte héroïque n'est rien d'autre que coquinerie; et que l’ignorance est la plus belle science du monde, car elle peut être achetée sans effort et ne rend pas l'âme affectée par la mélancolie.
   Avec cela, il pourra peut-être rappeler et restaurer le culte et l'honneur que nous avons perdu, s'arrangeant pour que l'on tienne des vauriens pour des dieux parce qu’ils sont grecs [=chrétiens] ou devenus tels. Mais c’est avec crainte, ô dieux, que je vous donne ce conseil car certains chuchotements à mon oreille me disent qu'il se pourrait se la garder pour lui en faisant croire que le grand Jupiter n'est pas Jupiter, mais que Orion est Jupiter; et que tous les dieux ne sont que des chimères et des fantasmes. Il me semble donc que nous ne permettions pas qu’il continue ses tours de passe-passe grâce auxquels sa réputation l’emporterai sur la notre.
      Ici le sage Minerve répondit: - Je ne sais pas, O Momos, en quel sens tu dis en même temps ces conseils et cette mise en garde. Je pense que ton discours est ironique; parce que je ne te crois pas si stupide que tu penses que les dieux mendient pour leur réputation et quant à ces imposteurs, leur fausse réputation est fondée sur l'ignorance et la bestialité de quiconque les estime […] Donc, si vous considérez que l’on a adoré comme Jupiter non seulement Orion qui est grec et homme de quelque valeur, mais aussi un membre de l'une des nations les plus indignes et la plus corrompue au monde [=les hébreux], on n’honorera jamais en lui Jupiter [..].
      - Savez-vous maintenant, dit Jupiter, ce que j’ai décidé le concernant pour éviter tout nouveau scandale ? Je veux qu’il redescende; et ordonne qu’il perde tous les pouvoirs de faire ces impostures, tours de passe-passe et autres merveilles qui ne servent à rien; car avec ça je ne veux pas qu’il vienne détruire ce qui se trouve d'excellent et de digne et qui consiste en des choses nécessaire à la république du monde […].
        - Qu’il déguerpisse déclara Minerve. »
Giordano Bruno, L’expulsion de la bête triomphante, III, III

 

« Il nous faut revenir à la simplicité, à la vérité et à la persévérance, renversant les conceptions morales qui sont maintenant imposées dans le monde, selon lesquelles les œuvres et affections héroïques ne valent rien, où croire sans penser est la sagesse, où les impostures humaines sont fait pour passer comme des conseils divins, la perversion de la loi naturelle est considérée comme une piété religieuse, étudier est une folie, l'honneur est placé dans les richesses, la dignité dans l'élégance, la prudence dans la méchanceté, la finesse dans la trahison, le savoir-vivre dans la fiction , la justice dans la tyrannie, le jugement dans la violence »

Giordano Bruno, L’expulsion de la bête triomphante, épitre explicative
Note: Bruno est ici le précurseur de
Nietzche et de sa dénonciation de l'inversion des valeurs par le christianisme


" Les imbéciles dans ce monde ont été ceux qui ont établi les religions, les cérémonies, les lois, la foi, les règles de vie. Les plus grands ânes du monde sont ceux qui, dépourvus de toute compréhension et instruction, et dépourvus de toute vie civile et coutume, pourrissent en pédanterie perpétuelle ceux qui, par la grâce du ciel, reformeraient une foi obscure et corrompue, éviteraient les cruautés de la religion pervertie et élimineraient les abus des superstitions, réparant les rentes dans leur vêtement. Ce ne sont pas eux qui s'adonnent à une curiosité impie ou qui sont toujours à la recherche des secrets de la nature et qui tiennent compte des courses des étoiles. Observez s'ils se sont occupés des causes secrètes des choses ou s'ils ont toléré la destruction des royaumes, la dispersion des peuples, les incendies, le sang, la ruine ou l'extermination; s'ils cherchent la destruction du monde entier pour qu'il leur appartienne: afin que la pauvre âme soit sauvée, qu'un édifice soit élevé dans le ciel, que le trésor soit déposé dans cette terre bénie, sans souci de la renommée , profit ou gloire dans cette vie frêle et incertaine, mais seulement pour cette autre vie la plus certaine et éternelle."

Giordano Bruno, La Caballe du Cheval Pegase.






Les Limites de son rationalisme: Bruno Pythagoricien


   Bruno trouve que Platon a travaillé "pour sa gloire personnelle plus que pour la vérité" (Cause, Principe et Unité, V). Bruno admet que Platon a certes considéré l'hypothèse du mouvement de la Terre mais "avec timidité et inconstance bien que c'était pour lui moins un objet de science que de foi" (Le Banquet des Cendres, III). Il va jusqu'à faire dire "que Platon est un gars ignorant, Aristote un âne et leurs disciples des insensés, stupides et fanatiques" (l'infini, l'univers et les mondes, III). Bruno assimile Platon aux "philosophes vulgaires" (voir ci-dessous), et se réclame au contraire des "vrais philosophes de l'antiquité" (Le Banquet des Cendres, IV) qui ont considéré l'existence d'autres mondes, idée à laquelle s'opposait Platon. Pour Bruno, "Pythagore est meilleur et plus pur que Platon" (Cause, Principe et Unité, V) et "les philosophes les plus excellents du mondes sont Empédocle (pythagoricien) et Epicure" (Expulsion Bête Triomphante, II,II).

    Au vu de sa doctrine, Bruno nous apparait effectivement à mi-chemin entre un pythagoricien et un épicurien. Que faut-il comprendre par le terme pythagoricien ? Pythagore c'était un peu le rationalisme de Démocrite et l'irrationalisme spirituo-religieux de Platon en même temps ! Pythagore mêlait une conception très rationnelle de la matière, à de l'irrationnel mystico-religieux et il a eu deux grands successeurs (Démocrite et Platon) qui ont dissocié sa pensée. D'un côté, les idées rationalistes de Pythagore ont été reprises et développées par Démocrite, tandis que l'irrationalisme a été (via Philolaos) développé par Platon. Et bien Bruno est le Pythagore de la renaissance ! Il mélange le rationnel et l'irrationnel et son Démocrite s'appellera Spinoza, tandis que son Platon sera Leibniz.

    En effet, si l'on trouve chez Bruno, déjà sous une forme assez aboutie de nombreuses idées-clef de Spinoza, le principal défaut de Bruno est paradoxalement de ne pas avoir été suffisamment radical, de ne pas s'être complètement débarrassé du néoplatonisme (alors dominante chez les intellectuels de la renaissance) et de la superstition qu'il combattait, mais d'avoir essayé d'adapter sa nouvelle philosophie à l'ancienne philosophie moyenâgeuse. Bien qu'il déclare être "le fléau d'Aristote", Bruno ne rejette pas les causes finales, contrairement à Françis Bacon, Descartes et Spinoza.
  
Si Bruno pouvait revenir parmi nous aujourd'hui et découvrir les sciences que nous connaissons, il serait émerveillé de voir à quel point il était dans la bonne direction et combien certaines de ses idées étaient justes et ont triomphé, mais il réaliserait aussi certainement qu'il n'a finalement pas été suffisament loin (même s'il était déjà au-delà de ce qui était audible par ses contemporains) et a rétrospectivement manqué de discernement, en cherchant à faire cohabiter d
es vieux concepts plutôt que de trancher encore plus nettement en faveur de la nouvelle philosophie. Il faisait lui-même ce reproche à Nicolas de Cues à qui il doit beaucoup: "il n'a pas écarté tous ces faux principes imbibés dans la doctrine habituelle dont il s'était séparé" (Infini, Univers, Mondes, III).
     En conclusion, chez Bruno le surnaturel, la transcendance, le dualisme, la cause première sont réinterprétés, atténués et tendent à s'estomper, mais ils
ne sont pas franchement et clairement rejettés ce qui fut d'ailleurs la source de certaines de ses erreurs, brièvement évoquées ci-dessous. Malgré donc des erreurs et des insuffisances, on peut malgré tout rester admiratif devant l'extraordinaire chemin parcouru par Bruno depuis les enseignements délivrés au couvent dominicain.
 



Métensomatose

 

« L'âme n'est pas dans le corps localement, mais elle y est intrinsèquement comme sa forme, et extrinsèquement comme créateur de sa forme, semblable à celle qui forme les membres et façonne le composite de l'intérieur et de l'extérieur. C'est donc le corps qui est dans l'âme; l'âme est dans le mental, et le mental est Dieu ou est en Dieu »

Giordano Bruno, Fureurs Héroïques, I, troisième dialogue

« Toutes les âmes font partie de l'âme de l'Univers, et tous les êtres à la fin sont Uns. (...) Chaque acte apporte sa récompense ou sa punition dans une autre vie. Le passage dans un autre corps dépend de la façon dont il s'est conduit dans l'Un (...). Le but de la philosophie est la découverte de cette unité. »

Giordano Bruno, L'Expulsion de la bête triomphante, épitre explicative
note: Bruno reprend ici Pythagore et Platon avec la théorie de la
métempsychose exposée dans le Phédon.

« J'ai tenu et tiens les âmes pour immortelles parlant en tant que catholique, elles ne passent pas du corps au corps, mais vont au paradis, au purgatoire ou à l'enfer. Mais j'ai raisonné profondément, et, parlant en tant que philosophe, puisque l'âme n'est pas trouvée sans corps mais n'est pas corps, elle peut être dans un corps ou dans des autres, et passe du corps au corps. Ceci, s'il (ne soit pas prouvé) vrai semble au moins, vraisemblable »

Giordano Bruno, épreuve de Venise

Panpsychiste, il pense que tout est psychique

 

  « Toutes les formes de choses naturelles ont des âmes ? Toutes les choses sont donc animées ? demande Dicson. Theophilo, porte-parole de Bruno, répond : Oui, une chose, si petite et si minuscule qu'on voudra, renferme en soi une partie de substance spirituelle ; laquelle, si elle trouve le sujet [support] adapté, devient plante, animal (...) ; parce que l'esprit se trouve dans toutes les choses et qu'il n'est de minime corpuscule qui n'en contienne une certaine portion et qui n'en soit animé. »

   « Je concède toute chose ont en elles une âme, une vie, selon la substance et non suivant l’acte et l’opération des péripatéticiens et de tous ceux qui définissent la vie et l’âme suivant des raisons trop grossières […]. La table comme tel n’est pas animée ni le cuit ni le verre comme tels. Mais entendus comme chose naturelles et composés  ils ont en eux matière et forme. Considérez un être aussi minime soit-il, il a en soi un part de la substance spirituelle et selon les dispositions du sujet , il devient plante ou animal par ce que l’esprit se trouve en toute chose. »

Giordano Bruno, Cause, Principe et Unité, II.


Hylozoïste, il pense que tout est vivant

 

« La Terre et les astres (...), comme ils dispensent vie et nourriture aux choses en restituant toute la matière qu'ils empruntent, sont eux-mêmes doués de vie, dans une mesure bien plus grande encore ; et vivants, c'est de manière volontaire, ordonnée et naturelle, suivant un principe intrinsèque, qu'ils se meuvent vers les choses et les espaces qui leur conviennent »

Giordano Bruno, Le Banquet des cendres

Magie

 
Note: Bruno avait un attrait pour la magie (comme Kepler et Newton), quoi que le mot magie est source de confusion chez lui, car il distingue la magie noire de ce qu'il apelle "la magie naturelle".

La magie « relève de la connaissance des secrets de la nature avec une capacité d'imiter la nature dans ses œuvres et des faire des choses qui apparaissent merveilleuses aux yeux du vulgaire »

Giordano Bruno, cité Par Jean Rocchi, dans l’errance et l’hérésie p 244





Aperçu de ses Œuvres complètes en Français


Voici des traductions automatiques/préliminaires de certaines oeuvres de Bruno offrant un premier aperçu du contenu de ses livres en français et pouvant servir d'aide à la lecture de ses oeuvres disponibles en italien, latin ou en anglais disponibles ailleurs sur internet. Des traductions en français de
meilleur qualité, mais de certaines oeuvres seulement, sont disponbiles aux éditions Belles-Lettres.

 


•    «  De la Cause, du Principe et de l’Un » / De la causa, principio, et Uno (1584).

Une réflexion métaphysique contre Platon et Aristote qui le mène à réhabiliter la matière via un point de vue quasi-panthéiste.

 

•     « L’Univers, l’Infini et les Mondes »,  / De l'infinito universo et Mondi (1584).
Une défense du concept d'univers infini et un rejet des objections d'
Aristote.


•    « Des fureurs Héroïques » / De gl' heroici furori (1585).
L'élan de la philosophique
contemplative et spéculative identifié à un élan amoureux qui pousse à s'unir à la divinité immanente.


•    De triplici minimo et mensura (1591).
Traité sur l'infiniment petit d'un point de vue
démocritéen.




Présentation Générale de l'essai: "L'Amour de la Raison Universelle"


         ►
Spinoza: Difficultés et Interprétation

         ► Démocrite: Présentation

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