Les contradictions et problèmes non-résolus des conceptions spiritualistes/idéalistes


    Le spiritualisme et ses variantes intellectualisées (idéalisme/phénoménologie) dominent dans la "philosophie" académique, pourtant je n'ai trouvé nul part de réponses aux problèmes majeurs associés à cette conception de la réalité. D'après cette doctrine, le monde matériel n’existe en fait que dans notre esprit, comme pendant un rêve, pourtant:

Le problème de l'accord des consciences sur le monde externe: Tous les jours, différents esprits s’accordent sur la nature du monde perceptible, ce qui ne seKant comprend qu'avec l’existence d’une substance indépendante de la subjectivité des consciences, et que nous appellons la matière. Or, le spiritualiste affirme que le monde matériel existe en fait uniquement dans dans son esprit. Pour expliquer l'accord des différentes consciences, il doit réintroduire une entité qui fait le même travail que la matière absolue et qui créé l'illusion du monde: par exemple "l'ordre préétabli" chez Leibniz. Déjà, chez l'évêque Berkeley, il y avait quelque chose qui créait l'illusion du monde, et que Berkeley identifie dogmatiquement au Dieu du monothéisme... et cet aveu illustre l'inconsistance de cette position. En effet, le spiritualiste nie tout d'abord qu'une réalité externe et absolue (la matière) détermine nos représentations, mais il est quand même obligé d'introduire quelque chose d'absolu derrière les phénomènes, qui est la cause de nos perceptions ! Kant s'est pris dans cette contradiction, et il a dû réécrire sa critique de la Raison pure pour essayer de pallier au problème, mais je ne vois pas qu'il y soit parvenu, ni lui, ni personne d'autre.  En résumé, si l'on rejette l'existence de la matière considérée comme étant indépendante et préexistante aux consciences, il faut savoir que l'on sera obligé de réintroduire quelque chose d'encore plus douteux et de moins bien établi que la matière pour la remplacer.
    Schopenhauer était conscient du problème et lui prétend réaliser une synthèse en admettant que "le sujet connaissant est un produit de la matière", tout en continuant de nier l'existence d'un monde matériel externe à la conscience. Il nous propose un mariage qui se veut subtil entre spiritualisme et matérialisme, mais qui en l'absence d'élément décisif pour soutenir la cohérence d'une telle bizarrerie inintelligible, est donc seulement une contradiction dissimulée.
     En conclusion, si l'on admet la nécessité d'un élement objectif entre les consciences, la matière est le mot le plus simple pour désigner cette entité. L'idéaliste quand il est cohérent et honnête, n'est en fait simplement qu'un matérialiste critique, qui réalise qu'il ne sait pas ce qu'est réellement la matière, et s'interroge sur sa nature profonde, et sur tout ce qu'elle pourrait renfermer ou masquer. Notons enfin, que même dans le cas où le spiritualiste croit qu'il est le seul esprit au monde, le même problème réapparaît car il devra constater qu'il a un gigantesque inconscient (tout l'univers matériel) qui lui échappe, s'impose à lui et fait donc là aussi office de réalité externe, indépendante de sa conscience.

Le problème du cerveau: Toute position qui fait de la conscience un principe premier par rapport à la matière, la rend donc irréductible, inexplicable, et inaltérable par des phénomènes matériels. Ceci entre en conflit avec les observations  basiques du fonctionnement de l'esprit, et avec la médecine qui montre que le fonctionnement de la conscience est affecté par des drogues et dépend de processus neurobiologiques dans le cerveau.

Le problème du fossile: La science contemporaine décrit des événements astronomiques (ex: naissance du système Schopenhauersolaire), ou l’existence passée d’espèces vivantes (ex: dinosaures) ayant complètement précédés l’apparition de toute conscience humaine. Il n'y avait aucune conscience pour observer de tels événements. Mais alors si le monde matériel est une illusion fabriquée par notre esprit au cours du temps, ces évènements n'ont jamais existé, même comme illusion. Schopenhauer nous dit en effet: "Les processus géologiques ayant précédé toute vie sur la terre se sont effectués sans aucune conscience; non dans la leur, puisqu'ils n’en ont pas: non dans une conscience étrangère, parce qu’il n’en existait pas. Ils n’avaient donc pas, par manque de tout sujet, d’existence objective, c’est-à-dire qu'ils n’existaient pas du tout; or, que signifie alors leur « s’être effectué ? » C’est au fond une simple hypothèse" (Parerga et Paralipomena, Philosophie et science de la nature). Les fossiles, les datations radioactives, de simples hypothèses ???  




Le spiritualisme est une conception qui ne se justifie pas par sa cohérence interne, et qui ne résoud aucune grande question. Par ailleurs, cette hypothèse entre en contradiction avec des faits solidement établis et apporte des problèmes qui demeurent insolubles. Le spiritualisme réunie donc toutes les qualités qui définissent habituellement une absurdité.


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