Les problèmes des conceptions spiritualistes/idéalistes


  Le spiritualisme et même le spiritualisme intégral avec ses variantes intellectualisées (idéalisme/phénoménologie) dominent dans la "philosophie", pourtant je n'ai trouvé nulle part de réponses aux problèmes majeurs associés à cette conception de la réalité. D'après nombre de partisans de ce genre de doctrine, le monde matériel n’existerait en fait que dans notre esprit, comme pendant un rêve, pourtant:

Le problème du cerveau: Toute position qui fait de la conscience un principe premier par rapport à la matière, la rend donc irréductible, inexplicable, et inaltérable par des phénomènes matériels (le problème de l'interaction de l'âme et du corps). Ceci entre en conflit avec les sciences médicales  qui montrent que le fonctionnement de la conscience dépend de processus neurobiologiques dans le cerveau :

« …l’existence de certaines molécules (alcool, somnifères, drogues, hallucinogènes, antidépresseurs...) capables de perturber le fonctionnement de la conscience était déjà un argument ancien pour suggérer que l’esprit repose sur des bases matérielles. De même, l’expérience de l’éveil et du sommeil montre à chacun de nous que sa conscience se met en marche et en veille comme une machine. Aujourd’hui, notre capacité à suivre la pensée à l’aide de l’imagerie cérébrale et de modèles mathématiques confirme que celle-ci se situe bien dans le cerveau. Cette conclusion est également soutenue par les patients atteints de lésions dans diverses régions des hémisphères cérébraux et affectés de troubles précis, dont parfois des perturbations qui touchent même la capacité à former des sentiments. Ainsi, un grand nombre d’observations suggère que l’esprit est un processus reposant sur des bases matérielles et fonctionne selon des lois rationnelles. »
Extrait de « l’Amour de la Raison universelle »


Le problème de l'accord des consciences sur le monde externe: Tous les jours, différents esprits s’accordent sur la nature du monde perceptible, ce qui ne seKant comprend qu'avec l’existence d’une substance indépendante de la subjectivité des consciences, et que nous identifions habituellement comme étant la matière. Or, pour de nombreux "philosophes" spiritualistes, le monde matériel existe en fait uniquement dans nos esprits. Pour expliquer l'accord des différentes consciences, ils doivent cependant  réintroduire une entité qui fait le même travail que la matière absolue afin de garantir l'objectivité des observations: c'est par exemple "l'ordre préétabli" (par Dieu) chez Leibniz. Déjà, dans le spiritualisme de Berkeley, il y avait quelque chose qui créait l'illusion du monde matériel, et que l'évêque Berkeley identifie dogmatiquement lui aussi au Dieu du monothéisme... et ces aveux illustrent bien la faiblesse de ces pensées anti-matérialistes. En effet, le spiritualiste nie tout d'abord qu'une réalité externe et absolue (communément appelée la matière) détermine nos représentations, mais il est quand même obligé d'introduire quelque chose d'équivalent derrière les phénomènes, qui est la cause de nos perceptions ! Kant s'est également pris dans cette contradiction, et à la suite des remarques de Jacobi, il a dû proposer une deuxième édition de sa critique de la Raison pure pour essayer de pallier au problème, mais je ne vois pas qu'il y soit parvenu, ni lui, ni personne d'autre. En résumé, si l'on rejette l'existence de la matière vue comme une entité indépendante et préexistante aux consciences, il faut savoir que l'on sera obligé de réintroduire quelque chose d'encore plus douteux et de moins bien établi que la matière pour la remplacer.
    Schopenhauer était conscient du problème. Dans son texte intitulé "le point de vue idéaliste", il tente de réaliser un dépassement en admettant que "le sujet connaissant est un produit de la matière", tout en continuant de nier l'existence d'un monde matériel externe à la conscience. Il nous propose ainsi une synthèse prétendument subtile entre spiritualisme et matérialisme, mais qui en l'absence d'élément décisif pour soutenir la cohérence d'une telle curiosité inintelligible, est à mes yeux seulement une contradiction dissimulée.
      Notons enfin, que même dans le cas où le spiritualiste croit qu'il est le seul esprit au monde (idéalisme absolu), le même problème réapparaît car il devra constater qu'il a un gigantesque inconscient (tout l'univers matériel) qui lui échappe, s'impose à lui et à ses erreurs et fait donc là aussi office de réalité externe, indépendante de sa conscience.
      En conclusion, si l'on admet la nécessité d'un élément objectif entre les consciences, la matière apparait  comme la solution la plus simple à ce problème. Certes, ce raisonnement ne nous dit pas ce qu'est réellement la matière, ni tout ce que ce concept pourrait cacher ou renfermer, mais il nous indique qu'il existe une entité objective et indépendante des consciences dont nous allons désormais pouvoir essayer de percer les secrets en physicien.
 

Le problème de l'ancestralité: La science contemporaine décrit des événements passés (ex: la naissance du système Schopenhauersolaire, l'explosion Cambrienne) ayant complètement précédés l’apparition de toute conscience humaine. Il n'y avait aucune conscience pour observer de tels événements. Mais alors si le monde matériel est une illusion fabriquée par notre esprit au cours du temps, ces évènements n'ont jamais existé, même dans cette illusion. Schopenhauer nous dit en effet: "Les processus géologiques ayant précédé toute vie sur la terre se sont effectués sans aucune conscience; non dans la leur, puisqu'ils n’en ont pas: non dans une conscience étrangère, parce qu’il n’en existait pas. Ils n’avaient donc pas, par manque de tout sujet, d’existence objective, c’est-à-dire qu'ils n’existaient pas du tout; or, que signifie alors leur « s’être effectué ? » C’est au fond une simple hypothèse" (Parerga et Paralipomena, Philosophie et science de la nature). Les fossiles et les datations radioactives sont des faits avérés. Ils sont bien plus qu'une simple hypothèse.




Le spiritualisme est historiquement un produit de la superstition. Contrairement au matérialisme qui a connu de fantastiques dévelopements à travers la science, le spiritualisme n'a pas connu de progrès significatifs depuis des millénaires. Cette conception n'a jamais permis de résoudre aucun grand problème théorique ou pratique. Même ses diverses tentatives de reformulation par les auteurs précités ne parviennent pas à l'établir avec une cohérence interne. Le spiritualisme contient des problèmes structurels qui demeurent insolubles, et entre en contradiction avec des faits solidement établis par la science. Le spiritualisme réunit donc toutes les qualités qui définissent habituellement une absurdité.


Revue critique : la corruption de la philosophie par le spiritualisme et la religion  

Erreurs et Contradictions dans la critique de la Raison pure

Einstein sur Kant  


Paul Janet. Qu'est ce que l'idéalisme ?

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